Le gouvernement ouvre la voie à des cessions d’actifs de grands groupes français

Cela faisait des semaines que le gouvernement hésitait. Cette fois, c’est tranché et annoncé. L’exécutif  va céder des parts que possède l’Etat dans trois entreprises : La Française des Jeux, Aéroports de Paris et Engie. Des cessions d’actifs qui seront, entre autres, rendues possibles par la loi Pacte.

Le projet de loi de ce « Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises » intégrera des dispositions pour modifier les règles actuelles qui régissent la participation de l’Etat dans ces trois entreprises. Le texte abaissera les seuils de détention de l’Etat. La loi impose en effet à l’Etat de détenir au moins 50% du capital d’ADP. Or, il en possède 50,6%.

Pour l’instant, on ne sait pas encore à quel point l’Etat va se délester de ses actifs. Dans une interview aux Echos, Bruno le Maire, le ministre de l’Economie, botte en touche. Ces décisions seront prises une fois la loi Pacte adoptée fin 2018 ou début 2019. Mais selon une source proche du dossier, la part de l’Etat dans la Française des Jeux pourrait baisser de manière drastique et descendre à 25 ou 30% avec une introduction en Bourse contre 72% actuellement.

Vinci parmi les investisseurs possibles

Autre inconnue : l’identité des futurs investisseurs. Mais pour la reprise des parts dans ADP, Vinci fait, selon Reuters, figure de favori. Le groupe français possède déjà 8% du capital d’ADP et ne cache pas ses ambitions. En tous cas, l’identité du repreneur sera scrutée,  la présence d’investisseurs chinois dans certains aéroports régionaux a fait polémique. Dans ce contexte, le gouvernement se réserve un droit de regard sur les futurs investisseurs qui pourraient acquérir une concession pour 70 ans. Par ailleurs, une part du capital sera revendue aux particuliers, Emmanuel Macron souhaitant développer un actionnariat populaire.

Avec cet argent frais, le gouvernement souhaite alimenter un fonds de 10 milliards d’euros pour l’innovation lancé en début d’année. Près de 8 milliards et demi d’euros de titres EDF et Thalès (possédés par l’Etat) avaient été mobilisés. Ces cessions pourraient remplacer cet argent placé à titre provisoire. Un choix contesté par une mission sénatoriale. Par ailleurs, Bercy n’exclut pas d’utiliser une part du fruit de ces cessions pour désendetter l’Etat.

Appel à la grève

Ces projets suscitent en tous cas de vives inquiétudes. En particulier au sein du groupe ADP, promis à la privatisation. Ce mercredi matin, quelques dizaines de manifestants sont venus accueillir le ministre de l’Economie, Bruno le Maire à son arrivée au siège. Et Force Ouvrière a déjà lancé un appel à la grève et à la manifestation le 18 juin, le jour de la présentation de la loi Pacte en conseil des ministres.

Cette privatisation en rappelle une autre : celle des autoroutes en 2005. Cela fait craindre une augmentation des redevances versées par les compagnies aériennes. Au-delà du prix, à Air France, on s’inquiète surtout de la qualité des prestations.

Pour contrer les critiques, depuis hier soir, Bruno le Maire assure le service après-vente. Il promet qu’il n’y aura aucun impact sur les salariés et martèle que le désengagement financier n’est pas synonyme de dérégulation. Le gouvernement est en train de définir un cahier des charges pour le futur concessionnaire. Il devrait garantir un nombre de rotations, et définir le niveau des redevances. Mais, Air France n’est pas complètement rassurée sur les modalités de régulation.

Photo de garde : AFP – Brendan Smialowski
Pauline Gleize
Article tiré de RFI le 13 juin 2018

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