Des dizaines de millions de réfugiés climatiques d’ici 2050

Dans un rapport des universités de Berkeley et d’Oxford, des chercheurs alertent sur l’importance des futures migrations liées au réchauffement.

Une nouvelle étude rendue publique cette semaine dans l’Environmental Research Letters, conjointement publiée par l’université californienne de Berkeley et celle d’Oxford au Royaume-Uni, tente de faire le point sur le nombre de réfugiés qui chercheront à quitter leurs pays au cours des prochaines décennies, à cause de la montée du niveau des mers, de l’insuffisance des récoltes, de l’augmentation des événements météorologiques extrêmes. Des dizaines de millions de personnes seront concernées.

Pour lancer cet avertissement, des chercheurs ont établi un modèle de probabilités tenant compte de l’importance de populations concernées, des caractéristiques géographiques et des évolutions climatiques déjà en cours et prévisibles. Des spécialistes de l’université de New York ont notamment pris comme exemple la partie sud du Bangladesh où 2 millions d’habitants seront contraints de fuir uniquement à cause de l’élévation du niveau de la mer, qui commence à envahir une région dont l’altitude est parfois inférieure à 1 mètre.

Des prévisions effrayantes

Toutes les régions du monde exposées à l’envahissement, définitif, périodique ou temporaire, par des eaux salées, verront leurs populations contraintes à la migration, soit dans leurs pays vers les capitales déjà hypertrophiées, ou plus loin. Vers d’autres pays du Sud où en direction de l’Europe. Les chercheurs responsables de ce rapport prospectif sur le nombre des réfugiés climatiques à venir, se sont, honnêtement et logiquement, refusés, sauf pour le Bangladesh, à donner des chiffres précis. Mais lorsque l’on prend en considération les espaces frappés par les sécheresses, les inondations marines, la chute des productions agricoles et les événements climatiques dévastateurs, les prévisions deviennent effrayantes.

Selon les sources, d’ici à 2050, le nombre des réfugiés climatiques, c’est-à-dire ceux qui ne pourront survivre qu’en fuyant ailleurs, est estimé entre 100 et 400 millions. Cette dernière estimation étant celle des services secrets des États-Unis, établie il y a deux ans dans un rapport déjà oublié. D’après les chercheurs, pour les affiner et les préciser, il suffit aux nations occidentales d’utiliser l’outil qu’ils viennent de mettre au point en se servant de l’exemple et des paramètres élaborés pour le Bangladesh :

Nous espérons que l’outil que nous avons développé puissent être utilisé par les scientifiques et les planificateurs politiques pour voir comment il faudra examiner les déplacements de ces réfugiés du climat et imaginer des stratégies économiques et politiques pour faire face à ces défis.

Les inconnus de l’histoire de la planète

Mais tant que les réfugiés climatiques ne seront pas pris en compte, reconnus en tant que tels et dotés d’un statut par les Nations unies et les instances internationales, ces populations chassées par les conséquences du dérèglement climatique resteront des oubliés et des « inconnus » de l’histoire de la planète. Lorsque l’on examine l’évolution de nombreux pays africains, d’Asie et du pourtour méditerranéen, il est facile d’imaginer que les mouvements migratoires actuellement connus par l’Europe, ne représentent qu’une infime partie du flot d’hommes, de femmes et d’enfants qui chercheront à trouver, dans les pays déjà pauvres et dans les nations développés, un espace de survie. Des dizaines d’Aquarius ne suffiront pas pour sauver ces millions de personnes fuyant les catastrophes climatiques alors que les centaines de camps du HCR accueillent déjà 65 millions de personnes chassées par les guerres et les conflits politiques.

Claude-Marie Vadrot
Article tiré de Politis  le 15 juin 2018

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