Colombie – Vieille droite et jeune président

Le candidat de droite Ivan Duque a remporté dimanche le second tour de l’élection présidentielle en Colombie, et va succéder à Juan Manuel Santos à l’issue d’un duel inédit avec un représentant de gauche, Gustavo Petro.

C’est donc le jeune président de bientôt 42 ans Ivan Duque, représentant la vieille droite extrémiste colombienne, qui a été élu ce dimanche 17 juin avec 53,9% des voix. Son opposant, l’ex-guérillero et ancien maire de Bogotá Gustavo Petro, a obtenu 41,8% avec son mouvement la Colombie Humaine, ce qui représente un score jamais vu pour la gauche en Colombie. La participation de 52%, un peu moins élevée qu’au premier tour du 27 mai dernier reste un record pour une élection présidentielle colombienne.

Composer avec l’opposition

Inconnu il y a quatre ans à peine et quasi novice en politique, l’avocat Ivan Duque a été propulsé sur le devant de la scène par l’ancien président Alvaro Uribe (2002-2010) sous le mandat duquel, au nom d’une politique dite de «sécurité démocratique», les pires exactions du conflit colombien ont été commises. Alvaro Uribe, qui fut aussi un des présidents les plus populaires de Colombie, invita d’abord Ivan Duque à faire partie de la liste de son parti le Centre Démocratique (CD) aux élections sénatoriales de 2014, avant de le désigner comme son favori aux primaires du parti pour la présidentielle de 2018. Ivan Duque venait de passer une dizaine d’années à la Banque interaméricaine du développement (BID) à Washington et avait servi d’assistant à Alvaro Uribe pour plusieurs missions. Mais mis à part ses quatre années de sénateur, il n’a jamais eu de charge politique. Le nouveau président succède à Juan Manuel Santos qui après huit ans de gouvernement et la récompense du prix Nobel de la Paix 2017, laisse un pays extrêmement changé, notamment du fait de l’accord de paix signé en novembre 2016 avec l’ancienne guérilla des Forces Armées Révolutionnaires de Colombie devenu le parti de la Force Alternative Révolutionnaire de Colombie (Farc). Pour le gouverner, Ivan Duque devra composer avec une opposition sérieuse menée par Gustavo Petro qui –comme le prévoit la Constitution– deviendra d’emblée sénateur.

Accord de paix : des «corrections» à venir

Ivan Duque, que ces détracteurs appellent communément «El que dijo Uribe» (celui désigné par Uribe), a «remercié Dieu et le peuple colombien» à l’annonce des résultats du 17 juin pour avoir remporté cette victoire. Il a affirmé, entouré de sa femme, de ses trois enfants, de sa mère et de son équipe de campagne, qu’il gouvernerait pour «tous» les Colombiens, a appelé «à la réconciliation» et a assuré que son gouvernement «symbole d’une nouvelle génération» lutterait contre «la corruption et le clientélisme», fléau de la vie politique colombienne depuis des décennies. Or, parmi ses soutiens –qui appartiennent à un large spectre de la droite colombienne incluant les partis chrétiens, les églises évangélistes, les conservateurs, une partie du parti libéral et évidemment la droite dure uribiste qui s’est opposée ces huit dernières années farouchement au président Santos et à l’accord de paix – plusieurs sont, c’est de notoriété publique, mouillés dans des scandales de ce type.

Tandis que la justice ouvre régulièrement des enquêtes visant Alvaro Uribe notamment pour ses liens avec les mafias et les paramilitaires. Les priorités du gouvernement d’Ivan Duque sont, a-t-il affirmé dans son discours de victoire «la sécurité, la justice et l’incitation aux investissements privés». Il a aussi précisé qu’il apporterait des «corrections» à l’accord de paix dont la mise en œuvre a déjà pris beaucoup de retard. Le conseil politique du nouveau parti de la Farc a, aussitôt connu le résultat de l’élection, «assuré de sa disposition à se réunir avec le président élu» pour exposer son point de vue. Au QG de Gustavo Petro, la foule de supporters, déçue de la défaite, mais boostée par le score inédit de cette nouvelle gauche colombienne, criait déjà «Résistance, résistance».

Photo : AFP – Raul Arboleda
Anne Proenza 
Article tiré de Libération  le 18 juin 2018

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