La CGT défend la «vraie modernité» de la fonction publique

A défaut de pouvoir dialoguer avec le gouvernement, le syndicat majoritaire chez les fonctionnaires avance ses propositions. Objectif : redonner du pouvoir d’achat et des emplois à un secteur public malmené par les réformes jupitériennes.

«Proposer.» Le mot est repris par toutes les centrales, ces derniers temps. Face à un exécutif qui fait la sourde oreille à leurs revendications, les syndicats de la fonction publique cherchent à contre-attaquer. Première organisation du secteur (avec 23,1% des voix aux dernières élections professionnelles de 2014), la CGT a mis sur la table, mardi, ses propositions d’avenir pour les fonctionnaires, lors d’un point presse au siège du syndicat à Montreuil. Histoire de ne pas se laisser cantonner au rôle d’opposant systématique que veut lui faire endosser le gouvernement. Et parce que, dit-elle, bien qu’elle «combat[te] sans ambiguïté des orientations synonymes d’importants reculs sociaux», elle «ne considère pas pour autant que la situation actuelle soit satisfaisante».

Objectif : «Faire de l’ensemble des services publics et plus particulièrement de la Fonction publique des outils démocratiques au service de l’intérêt général.» Ce qui constituerait une «vraie modernité», selon Philippe Martinez, secrétaire général de la grande centrale syndicale. Dans son programme, pêle-mêle : plus de diversité grâce à la mise en place d’un «sas d’entrée» dans la fonction publique pour les sans diplôme (avec un concours aux épreuves simplifiées permettant de devenir stagiaire et d’être formé) ; de meilleures passerelles entre les trois versants de la fonction publique ; plus de «démocratie sociale», avec notamment de nouvelles compétences pour les comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT).

Dialogue social inexistant

La semaine dernière, avec FO et Solidaires, le syndicat de Martinez avait claqué la porte d’une réunion de travail sur la «simplification du dialogue social» dans le cadre de la concertation lancée fin mars par le gouvernement. L’objet du clash, justement : la perspective d’une fusion du CHSCT avec une autre instance de représentation du personnel, le comité technique (CT), traitant de l’organisation des services. Depuis le début de la concertation, la CGT dénonce un dialogue social inexistant avec l’exécutif. «Une mascarade», selon Baptiste Talbot, secrétaire général de la fédération CGT des Services publics.

Lundi, en confirmant le gel du point d’indice (qui sert à calculer la rémunération des agents) en 2019, Olivier Dussopt, le secrétaire d’Etat à la Fonction publique, n’a pas réchauffé les relations. «On est sorti assez en colère», résume Talbot. Certes quelques «mesures périphériques», – comme une revalorisation des jours épargnés sur un compte épargne temps – vont «permettre de limiter la casse», reconnaît-il. «Mais cela concerne une minorité.» Surtout, avec une inflation en hausse (2% en mai), ce gel de l’indice va entraîner une «baisse du pouvoir d’achat pour les fonctionnaires», alerte la CGT. Elle réclame des augmentations salariales, à hauteur de 2%. Coût de la mesure : 3,6 milliards, ou plutôt 2,4 milliards net, une fois déduits les gains en cotisations sociales engrangés par l’Etat, précise le syndicat.

Rétablir l’ISF

Autre revendication : la création d’entre 75 000 et 100 000 emplois de fonctionnaires, pour un budget de 2,2 à 3 milliards d’euros par an, là où Macron prévoit d’en supprimer 120 000 d’ici 2022. Enfin, la suppression du jour de carence (jour non indemnisé en cas d’arrêt maladie des fonctionnaires, qui selon le gouvernement rapporte 170 millions d’euros par an). Pour financer l’ardoise – entre 4,8 et 5,6 milliards d’euros, selon les calculs de la CGT – la centrale réclame une réforme fiscale (en élargissant notamment l’assiette de l’impôt sur le revenu à l’ensemble des revenus financiers et de patrimoine). Dans la même veine, elle propose de rétablir l’impôt sur la fortune (chiffré à 3 milliards de recettes) ou encore de baisser de 5% les aides aux entreprises (6 milliards d’euros d’économies).

Reste à construire le rapport de force pour faire avancer ces revendications«Le 28 juin sera le premier rendez-vous de la rentrée sociale de septembre», assure Martinez qui se réjouit d’avoir signé un communiqué commun avec FO pour l’occasion. Ce jour-là, il y aura «des grèves, des rassemblements, des manifestions, c’est en discussion au niveau de chaque territoire», précise-t-il. Et ensuite ? «Une plateforme plus précise des demandes au niveau interprofessionnel» sera travaillée au mois de juillet. Rien de plus précis. En attendant, la CGT qui reconnaît que la dernière manifestation des fonctionnaires, le 22 mai, avait peu mobilisé, entend «mener campagne dans les territoires en invitant les citoyens» à parler de l’avenir des services publics, explique un autre cégétiste. Et tenter, peut-être, de les convaincre de rejoindre la mobilisation. «En tant que syndicats, on s’adresse d’abord aux salariés. Mais, là, il faut qu’on dise à la population qu’on a besoin d’elle dans la bataille», conclut Mireille Stivala, secrétaire générale de la branche Santé de la CGT.

Photo : AFP – Bertrand Guay
Amandine Cailhol
Article tiré de Libération  le 19 juin 2018

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