Turquie – Les électeurs aux urnes pour un scrutin sous haute surveillance

En Turquie, quelque 56 millions de citoyens, dont la moitié âgés de moins de 30 ans, sont appelés aux urnes pour des législatives (à un tour) et le premier tour de la présidentielle au terme d’une campagne éclair puisque la date du scrutin a été avancée de 18 mois par le président sortant et candidat à sa succession Recep Tayyip Erdogan. Un scrutin sous haute surveillance dans un pays polarisé car l’enjeu de ces élections est considérable : le vainqueur sera doté de pouvoirs renforcés et l’indétrônable président turc a cette fois-ci trouvé un rival en la personne de Muharrem Ince.

Ce scrutin s’annonce comme le plus serré depuis l’avènement de Recep Tayyip Erdogan au pouvoir il y a 15 ans. On l’a vu encore hier samedi, avec la forte mobilisation notamment, de l’opposition pour le dernier grand meeting du candidat Muharrem Ince à Istanbul. Plusieurs centaines de milliers de personnes ont participé à cette rencontre. Car, pour la première fois depuis très longtemps, il y existe pour l’opposition, en partie unie, de déstabiliser Recep Tayyip Erdogan. Peut-être même de remporter la majorité à l’Assemblée nationale ce soir même si le président sortant a lui aussi mobilisé ses partisans grâce notamment à la puissante machine électorale et médiatique de l’AKP.

Le rapport de force est difficile à établir. Les instituts de sondage le disent : peu nombreux sont les électeurs à exprimer leurs intentions : la répression de ces dernières années se fait sentir. Ainsi, selon les enquêtes le président-candidat pourrait à peine dépasser la barre des 40% ou bien carrément atteindre les 60 %.

La crainte d’éventuelles fraudes

La campagne a passionné l’électorat déjà traditionnellement très mobilisé lors des élections avec des taux de participation supérieurs à 80 % en général. Une participation qui pourrait même être encore plus élevée cette fois-ci selon les instituts de sondage.

Tous les partis d’opposition craignent des irrégularités lors de cette journée d’élection. Et dans la rue et les cafés, on ne parle que de ça. Une crainte alimentée par cette anecdote: en début de semaine, sur l’écran d’une chaîne de télévision, en plein débat, sont apparus sur l’écran des résultats du premier tour accordant la majorité absolue à Erdogan. Les réseaux sociaux se sont enflammés… la chaîne l’a assuré: il ne s’agissait que d’un test !

Aussi on attend dans les bureaux de vote jusqu’à 500 000 observateurs à travers le pays. Des ONG indépendantes ont formé des bénévoles depuis plusieurs semaines, il y aura aussi des observateurs des partis politiques. Les avocats de Turquie eux ont mis en place un centre de crise pour envoyer des spécialistes là où des irrégularités auraient été dénoncées.

Une plateforme de suivi électoral de l’opposition

Pour le politologue Ahmet Insel, l’opposition -pour se faire entendre- doit d’une part mobiliser les électeurs, et d’autre part lutter contre de possibles fraudes. Une opposition hétéroclite certes (islamistes, ultra-nationalistes laïcs…) mais unie dans son rejet du président à la poigne de fer. Faire en sorte que «les bulletins qui sont rentrés dans les urnes sortent intacts le soir des élections. Pour cela, les cinq partis d’opposition – y compris donc le Parti démocratique du Peuple -, ont constitué une plateforme de suivi électoral, qui aujourd’hui, dès la fermeture des urnes, vont centraliser toutes les informations qui vont venir.

Des militants, des représentants du parti présents dans les bureaux de vote aux quatre coins de la Turquie – il y a 163 000 urnes en Turquie –, vont transmettre [leurs informations] à cette plateforme pour empêcher, justement, qu’il y ait des fausses transcriptions, des erreurs de transcription ou des fraudes organisées. C’est une première en Turquie ».

Enfin, le gouvernement a également annoncé le déploiement de policiers en nombre pour assurer la sécurité: 38000 policiers notamment, seulement pour la ville d’Istanbul.

Photo de garde : Reuters/osman Orsal
avec notre envoyée spéciale, Anissa el-Jabri et notre correspondant, Alexandre Billette
Article tiré de RFI . le 24 juin 2018

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