Migrants – Six milliards dans la poche des mafias !

La politique de fermeture de l’Europe a pour effet de favoriser les trafics. Pour la première fois, l’ONU les a chiffrés. Sur les 30 grandes voies repérées dans le monde, trois sont en Méditerranée.

Réorienter les missions de Frontex [l’agence européenne de garde-frontières] vers le sauvetage et l’ouverture de voies légales sans conditions » : c’est la proposition de Ian Brossat, chef de file des communistes pour l’élection européenne de 2019 (lire aussi pages 4 et 5). Une exigence maintes fois formulées par les ONG qui interviennent auprès des réfugiés.

Des voies légales : la seule option pour ne pas contraindre les populations à prendre des risques insensés pour parvenir en Europe. Pour ne pas recenser 1000 morts en Méditerranée sur les 6 premiers mois de l’année 2018 comme vient de l’annoncer l’ONU. Pour tarir le business des trafiquants. Car le premier effet des politiques sécuritaires est de favoriser les trafics.

Pour la première fois, le sujet a été étudié par l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) qui vient de publier les résultats. Le trafic de migrants a généré un revenu estimé à « 7 milliards de dollars pour les trafiquants » en 2016 (6 milliards d’euros). « La demande de services de contrebande est particulièrement élevée parmi les réfugiés qui, faute d’autres moyens, peuvent avoir besoin d’utiliser des contrebandiers pour atteindre une destination, fuyant leurs pays d’origine », campe le rapport.

2150 dollars la traversée Libye-Italie pour un Syrien

L’ONU identifie trente grandes voies de trafics dans le monde. Trois sont en Méditerranée : de la Libye vers l’Italie, de la Turquie vers la Grèce, du Maroc vers l’Espagne. Des réseaux distincts amènent les personnes jusqu’au point d’embarquement et les font traverser. Le trafic entre la Libye et l’Italie est le plus lucratif et est estimé à 250 millions d’euros sur le total de 350 millions par an que représenterait le business sur les trois voies repérées en Méditerranée.

Rompue aux trafics en tous genres, l’organisation de l’ONU a repéré que ces trafiquants reprenaient les « routes traditionnellement utilisées par les contrebandiers de différents produits » et que le « trafic de migrants semble lié à celui de la drogue ».

Véritables « businessmen », les trafiquants « adaptent » leurs tarifs aux « moyens économiques des migrants ». Une traversée de la Libye vers l’Italie est ainsi facturée 850 euros à une personne de l’Afrique Subsaharienne quand elle est proposée à 2150 euros à un Syrien. Les « prestations » proposées diffèrent selon le client. Les conditions les plus rudimentaires et dangereuses sont proposées aux Africains. Les tarifs sont enfin fonction de la demande et de la « pression » officielle. La signature d’accord entre l’UE et la Turquie a ainsi eu pour effet de faire quasiment doubler les tarifs de traversée. Cet accord, passé en mars 2016, permet à l’Europe de refouler les réfugiés vers la Turquie qui reçoit en échange 1,5 milliard d’euros.

L’agence de l’ONU s’inquiète particulièrement de l’impact du trafic sur les enfants. En 2016, près de 34 000 enfants non-accompagnés sont arrivés en Europe. « Ce crime transnational s’attaque aux plus vulnérables des plus vulnérables », a déclaré Jean-Luc Lemahieu, directeur de l’analyse des politiques et des relations publiques de l’ONUDC. « C’est un crime mondial qui nécessite une action mondiale ».

Angelique Schaller 
Article tiré de la Marseillaise  le 26 juin 2018

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