Le droit à l’eau, un combat politique quotidien

Article de Gabriel Amard (orateur national du mouvement) paru le 28 juin 2018 sur gabrielamard.eu.

Je participe à l’organisation de la votation citoyenne organisée par La France insoumise dans la métropole de Toulouse pour passer en régie publique de l’eau. Au-delà de l’opportunité de la fin de la délégation de service public à Toulouse (dont voici les arguments), je souhaite partager avec vous ma philosophie sur la question.

L’eau fait partie de ces biens communs indispensables à la vie humaine et à la vie (tout court) sur Terre. Trois jours sans eau et nous sommes morts. C’est l’égale d’un rayon de soleil et de l’air que nous respirons, disait Danielle Mitterrand. Chacun sent bien qu’elle ne peut pas être l’objet d’une appropriation par quelques un·e·s, ni qu’on puisse la traiter comme une marchandise, et faire du profit avec. Comment faire si certains ne peuvent se payer l’eau ? On les laisse mourir de soif ? On leur coupe l’eau ou on restreint le débit ? Cela vous paraît absurde et inhumain n’est-ce pas ? Pourtant les coupures d’eau sont pratiquées régulièrement en France par les multinationales du secteur, qui n’hésitent à plonger des familles entières dans la détresse absolue, la soif, des problèmes d’hygiène insolubles.

Le droit à l’eau, c’est le droit à vivre tout simplement. Vous ne payez pas (encore !) l’oxygène contenu dans l’air que vous respirez. Pour l’eau, c’est pareil. C’est un bien commun. Cela signifie cinq principes :
– l’eau n’est appropriable par personne, puisque c’est la propriété de toutes et tous ;
– l’eau doit être gérée collectivement, car tout le monde en a besoin pour vivre ;
– l’eau est une ressource à protéger, à préserver, car elle peut se dégrader et se raréfier ;
– nul ne doit être privé d’eau, son accès sans réserve doit être garanti à toutes et tous quelque soit la nationalité, le niveau de revenu, le lieu de vie ;
– l’eau n’est pas une marchandise, elle n’a donc pas de prix.

Ces cinq principes vont de soi dès que l’on prend le temps de réfléchir à la question. C’est une succession de suites logiques. Et c’est la raison pour laquelle il existe en France 24 000 régies publiques de l’eau, bien gérées, de manière cohérente en bon usage des deniers publics.

Pourtant, ces principes viennent aussi heurter de plein fouet une autre réalité. En France, les multinationales Véolia, Suez, et La Saur se taillent la part du lion en matière de chiffres d’affaires : elles se disputent 6300 contrats. C’est peu face aux 24 000 régies publiques. Mais c’est là où l’argent coule à flots, où des plus-value extraordinaires se réalisent. Tout y passe : sous-investissement (pour dépenser moins) dans les tuyaux générant des fuites énormes (un cinquième de l’eau distribuée !), rémunération mirobolante des actionnaires, des factures élevées, des frais publicitaires et de communication extravagants. Voilà du côté milliards d’euros brassés annuellement. Du côté des pratiques, on constate non seulement les coupures d’eau envers les plus faibles, mais aussi des marchés truqués, du lobbying à tous les étages, du conseil municipal à la Commission européenne, des pressions politiques en tous genres.

Vous me direz « Il faut bien potabiliser l’eau ? La distribuer ? Puis l’assainir ? » Tout cela coûte de l’argent, et si l’eau n’est pas une marchandise, elle n’est pas pour autant gratuite, il y a bien quelqu’un qui paye à la fin ! Oui, quelqu’un paye en effet, et c’est bien là l’enjeu : réaliser l’idée d’un bien commun qui n’est pas une marchandise, accessible à tous, gérée collectivement, de manière à préserver la ressource.

Ce faisant, on peut écarter certaines options de gestion et en opter pour d’autres. Si la ressource est rare et tarissable, il n’est pas possible d’inciter à la surconsommation d’eau, en baissant le coût unitaire du mètre cube à mesure que la consommation augmente. Si l’eau doit être accessible à chacun.e sans conditions de ressources, son accès vital – pour boire, pour se laver, pour faire la vaisselle – doit être garanti : les premiers mètres cubes peuvent être gratuits, quelque soit les revenus. Si l’eau est une propriété collective, alors sa gestion doit être publique et citoyenne : publique, parce que les « actifs » publics appartiennent à la collectivité, et citoyenne, parce qu’il ne faut surtout laisser la gestion à des « sachant·e·s », qu’ils ou elles soient élu·e·s, technocrates ou ingénieurs. Les citoyen·ne·s, les associations et collectifs d’usager·e·s, de protection de l’environnement doivent participer activement à la gestion, et contrôler l’usage de la ressource. Si l’eau n’est pas une marchandise, c’est qu’on ne fait pas de bénéfices sur le service rendu aux habitant·e·s, ni pour soi, ni pour la structure gestionnaire. L’argent économisé par une gestion plus rigoureuse (sans actionnaire, sans frais publicitaires, mais aussi sans les impôts économiques dont toute entreprise s’acquitte) dégage des marges de manœuvre pour des investissements de long terme dans les infrastructures. Ces investissements permettent d’améliorer le rendement du réseau, de réduire les fuites (parfois vertigineuses), et d’améliorer la qualité du service. Résultat ? En moyenne, en régie publique, la facture d’eau baisse de 30% par rapport à la gestion privée.

Naturellement, c’est vers une régie publique locale co-gérée avec les citoyen·ne·s, les associations et les collectifs que l’on réfléchit. Ensuite, grâce au livret programmatique, dans les ateliers des lois sur l’eau, et au sein des associations et des collectifs, le modèle de la gestion publique se réfléchit, se travaille et s’affine au contact des arguments contradictoires, et de l’exercice de la démocratie.

Loin des Assises de l’eau organisées par le Gouvernement qui ne donne pas la parole aux citoyen·ne·s et aux associations, un autre modèle s’invente un peu partout en France. Il trouve un formidable point d’appui dans la campagne pour la régie publique à Toulouse métropole et la votation citoyenne qui s’y organise.

La ville rose peut devenir un ancrage fort d’une reconquête de l’eau en France contre les multinationales et leurs lobbys. J’espère de tout cœur que la votation citoyenne permettra d’organiser un rapport de force favorable pour cela.

Article tiré de la France insoumise  le 28 juin 2018

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