Management par la terreur, burn-out, suicide – Ce modèle ne peut plus durer

Comment ne pas se souvenir de cette vague de suicides et de tentatives de suicide qui avait frappé les employés de France Télécom il y a maintenant une dizaine d’années ?

A l’heure des multiples privatisations de grandes entreprises annoncées (où déjà misent à l’œuvre) par le gouvernement, que ce soit la SNCF, Aéroport de Paris ou encore la FDJ, Valéry Michaux porte un regard critique sur la gestion humaine de ces changements institutionnels et financiers. Elle prend un exemple du passé, celui de France Télécom Orange.

Comment ne pas se souvenir de cette vague de suicides et de tentatives de suicide qui avait frappé les employés de France Télécom il y a maintenant une dizaine d’années ? Selon la direction, plus de 35 personnes s’étaient données la mort entre 2008 et 2009. Des chiffres affolants qui accusent violemment un « management de la terreur » de la part de l’entreprise française comme l’écrivait dans sa lettre d’adieu un de ses salariés.

Cette politique était due à l’ouverture  à la concurrence auquel faisait face France Telecom après un désengagement de l’Etat dans son capital (sous la barre des 50 %). Cette ouverture a aboutit à un vaste plan de licenciement (plus de 22 000 postes) et de changements de poste. Un plan tellement monstrueux qu’il a créé selon les mots de l’Inspection Générale du Travail, « un climat professionnel anxiogène ».

L’institution poursuit en pointant du doigt la « brutalité » des méthodes managériales qui « ont eu pour effet de porter atteinte à leur [des salariés] santé physique et mentale ». Au point de pousser plusieurs dizaines de personnes au suicide.

L’enseignante-chercheuse Valery Michaux s’est interrogée sur ces pratiques de management. Pour elle, ces dernières ont rendu invisible les signaux de malaise et de dépressions chez les salariés de France Telecom. Pourquoi ? Du fait de mauvaises « conduites de changement », c’est-à-dire les « façons dont on peut « conduire », en interne, de telles mutations ».

Or ces conduites à avoir pour les cadres qui mettent en place les changements dans l’entreprise sont souvent éloignées voire totalement opposées de ce que constitue la réalité. Ainsi, un des grands outils utilisés face au management par l’incertitude, le stress et même la peur est la « courbe du deuil ». Cette courbe est tirée des travaux de la psychiatre Elisabeth Kübler-Ross. Elle met en avant les différentes phases par lesquelles des personnes en soins palliatifs passaient pour accepter leur mort certaine.

 

Cette courbe est donc un outil qui s’est élargi et qui a permis à plusieurs psychologues de comprendre certaines choses et de sortir cet outil de son contexte initial et ainsi de l’utiliser dans d’autres cas de figure. Elle est donc par exemple enseignée aux cadres, responsables du management chez France Telecom. Elle serait un moyen de comprendre dans quelle phase psychologique chaque personne se trouve pour faciliter la réorientation professionnelle ou le départ de l’entreprise par exemple.

Cependant, cette utilisation s’est avérée particulièrement inefficace du fait du nombre très importants de changements à encaisser pour les employés de l’entreprise française. Ainsi, comme le conclue l’auteure,

« si la courbe de deuil est utile pour certains professionnels dans des contextes très précis, lorsqu’elle est conduite dans le domaine de la conduite du changement, elle montre ses limites voire ses effets néfastes ».

Des effets qui ont poussé plusieurs dizaines de personnes à la mort rappelons-le.

Valéry Michaux souligne donc dans cet article l’inadéquation des formations de management, formations basées sur des sciences erronées ou mal utilisées et qui ne prennent pas en compte les personnalités individuelles de chacun. Revenir à une échelle humaine semble donc être une priorité pour  éviter ce type de drame. Ce texte questionne aussi les bienfaits d’une privatisation des entreprises. Des bienfaits économiques peut-être, mais de larges méfaits humains en contrepartie.

Malheureusement s’il faut choisir entre l’économique et l’humain, on sait que sous le gouvernement Macron, le premier sera toujours privilégié. Aux risques de faire face au même type de drame que chez France Télécom.

Pierre Jequier-Zalc
Article tiré de La relève et la peste  le 29 juin 2018

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