En Indonésie, la morale fait exploser le sida chez les homosexuels

Human Rights Watch a enquêté sur les conséquences sanitaires et sociales du harcèlement de la communauté LGBT.

Des dizaines d’hommes nus, accroupis sous les yeux de policiers, ou alignés, le visage masqué, dans un commissariat. Toute l’année 2017, ces photos prises lors des descentes de police dans les clubs pour hommes ont glacé le sang et répandu la peur parmi la communauté homosexuelle d’Indonésie. Selon Human Rights Watch, qui a publié ce lundi une enquête sur le sujet, le harcèlement policier et les discours de haine sont des causes directes de l’explosion des cas de sida parmi les homosexuels.

Désormais, selon l’ONG, un quart des homosexuels et des bisexuels du pays sont porteurs du VIH, soit cinq fois plus qu’il y a dix ans. La fermeture des lieux de rencontre, les irruptions policières dans les discothèques, chambres d’hôtel et même dans des fêtes privées, empêche les associations de mener les campagnes de prévention et d’information. Les préservatifs, parfois utilisés comme «preuve» d’un comportement immoral, sont stigmatisés.

«Gay-bashing»

Pourtant, l’homosexualité est légale en Indonésie, pays laïc de 260 millions d’habitants habité par 90% de musulmans (seule la province d’Aceh applique la charia). Les arrestations, qui ont atteint le chiffre record de 300 l’année dernière, se font donc sur la base d’une loi «antipornographie».

Le harcèlement policier se déroule dans un climat généralisé de «gay-bashing», comme l’écrivait le Jakarta Post en février. En janvier 2016, le ministre de l’Enseignement supérieur avait lancé la charge en déclarant que les LGBT devaient être écartés des campus. Sous la pression des partis islamistes, les politiques jouent la surenchère auprès de l’électorat très conservateur à l’approche des scrutins législatifs et présidentiels de 2019. Ces derniers mois, les applications de rencontre LGBT ont été interdites et le ministre de la Santé a annoncé la publication d’un guide classant l’homosexualité comme «trouble mental», et des parlementaires réclament la criminalisation du sexe hors mariage et entre adultes de même sexe consentants.

Pour Human Rights Watch, «l’ostracisme et les discriminations généralisées à l’encontre des populations les plus exposées au risque de contracter le VIH, ainsi qu’à l’encontre des personnes déjà contaminées, ont découragé des populations vulnérables au VIH de chercher à accéder aux services de prévention et de traitement»Un responsable d’association, cité dans le rapport, précise : «Nous voyons de plus en plus de personnes gays qui attendent d’être vraiment malades avant de chercher du secours ou même de poser des questions au sujet du VIH.»

Selon l’Onusida, l’Indonésie a vu depuis 2010 une baisse de 22% des nouvelles infections dans l’ensemble de la population. Mais dans le même temps, le nombre de morts du sida a bondi de 68%.

Photo : AFP – Juni Kriswanto
Laurence Defranoux
Article tiré de Libération  le 3 juillet 2018

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