La France va accueillir environ 130 réfugiés de l’Aquarius et du Lifeline

La France s’était engagée à prendre en charge une partie des rescapés de ces deux bateaux humanitaires, dont le sort a divisé l’Union européenne. Le taux de protection accordé cette fois-ci est légèrement supérieur à la moyenne. 

Ce sont les bateaux dont les chefs d’Etat européens ne veulent plus entendre parler, mais sans lesquels davantage de personnes trouveraient la mort en Méditerranée. Les navires que plusieurs leaders européens accusent de «faire le jeu de passeurs», mais qui continuent malgré tout à sécuriser le passage des migrants qui embarquent, depuis la Libye ou la Tunisie, dans des rafiots de fortune pour gagner l’Europe.

En juin, le ministre de l’Intérieur italien Matteo Salvini refusait à l’Aquarius, navire opéré par SOS Méditerranée et Médecins sans frontières, de débarquer en Sicile comme il le faisait habituellement. Après de longues heures de tergiversations, lors desquelles la France a brillé par son silence, c’est finalement l’Espagne qui lui a permis d’accoster. Puis, c’est le Lifeline, de l’ONG Mission Lifeline, qui a dû poireauter en mer, juste aux portes de l’Europe. Finalement débarqués à Malte, ses passagers devaient encore gagner l’un des huit pays européens qui étaient convenus d’accueillir ceux qui pouvaient prétendre au statut de réfugié – pour les autres, le Premier ministre maltais avait été clair, ce serait la porte, «immédiatement».

Ce mercredi, Pascal Brice, le directeur général de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), qui avait dépêché des délégations à Valence (Espagne) et à La Valette (Malte), a annoncé que la France accueillerait environ 80 réfugiés issus de l’Aquarius, et 52 issus des quelque 230 passagers du Lifeline. Un chiffre éloigné des 286 passagers de l’Aquarius qui avaient demandé l’asile en France, selon une liste dressée par les autorités espagnoles et consultée par l’Agende France Presse, mais qui correspond au taux de protection habituel (un peu plus d’une demande sur quatre est acceptée, si l’on additionne l’asile et la protection subsidiaire). Si l’on considère en outre que 135 personnes sur les 286 ont été auditionnées par l’Ofpra en Espagne, le taux de décisions positives est supérieur à la moyenne.

Des délégations similaires à celle de la France, venues d’Irlande, des Pays-Bas, du Portugal, ou encore de Belgique, se sont rendues à Malte. «Face à la tentation de l’externalisation, nous faisons la démonstration que nous pouvons instruire la demande dans de bonnes conditions», a estimé Pascal Brice, qui a aussi précisé que la majorité des personnes protégées par la France étaient originaires du Soudan et de l’Erythrée. Elles seront bientôt conduites sur le territoire français, où un titre de réfugié leur sera délivré. Les rescapés suivants pourraient être moins bien lotis, les Etats de l’Union européenne s’étant mis d’accord, lors d’un sommet la semaine dernière, sur la création de centres fermés, nommés «centres contrôlés» dans lesquels les migrants sauvés des eaux resteraient le temps que leur demande d’asile soit étudiée. Mais la mise en œuvre du projet, non contraignant, est très incertaine, seule l’Espagne s’est portée volontaire.

Photo : AFP – Matthew Mirabelli
Kim Hullot-Guiot
Article tiré de Libération  le 3 juillet 2018

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