Barcelone, pour une Europe, « à bras ouverts »

Après le refus de l’Italie et de Malte, notre reportage à Barcelone à l’occasion de l’arrivée des soixante rescapés du bateau humanitaire Open Arms

A deux pas des Ramblas et de la Ciutat vella, l’atmosphère du port de Barcelone tranchait vivement, mercredi matin, avec celle, frénétique, de sa nuit. Arrivés du Burkina-Faso, du Mali, du Cameroun, de Côte-d’Ivoire, du Soudan du sud, de République centrafricaine, de Guinée Conakry, d’Érythrée, d’Éthiopie, d’Égypte, de Syrie, de Libye et de Palestine, c’est dans une atmosphère pesante que sont arrivées vers onze heures les soixante rescapés de l’Open Arms.

Sauvés de la noyade par le navire humanitaire le 30 juin dernier au large des côtes tripolitaines nombre d’entre eux ont subi  » abus, exploitation, violence et esclavage en Libye» a souligné Oscar Camps, président et fondateur de l’association de sauvetage barcelonaise. Rejoignant les 500 réfugiés venus d’Andalousie arrivés au cours des quinze derniers jours dans la ville, ils ont été répartis en plusieurs groupes après examen de leur état de santé par la Croix rouge et ont vite été acheminés dans les centres prévus pour eux par les autorités de la capitale catalane avec une autorisation de résidence d’une trentaine de jours sur le territoire espagnol délivré par les autorités gouvernementales nationales.

Le navire de sauvetage de l’association Proactiva Open arms aura mis près de quatre jours pour atteindre Barcelone depuis l’avis de son interdiction d’accoster en Italie et à Malte. Quatre jours d’une semaine qui, une nouvelle fois, a été tragique, avec plusieurs naufrages et près de 200 nouveaux morts portant à plus de 1 000 le nombre de réfugies noyés en Méditerranée depuis le début de l’année selon l’Organisation internationale des migrations (OIM). Un scénario parallèle à celui qui avait mis l’Aquarius et Valence au centre de l’actualité il y a deux semaines, un mini-sommet et un sommet officiel européens pour rien entre les deux événements sinon pour répondre aux injonctions des extrêmes droites de l’UE et aux besoins promotionnels de dirigeants européens semblant, au mieux, n’avoir pas voulu prendre la mesure de la situation en Méditerranée.

A la surprise des Mossos d’Esquadra qui ont vite définit un périmètre de sécurité autour du monument, deux membres de l’association Proactiva open arms ont escaladé les soixante mètres de la colonne Colomb faisant face au vieux port afin de lui accrocher un grand gilet de sauvetage au bras pour l’arrivé des naufragés. Figure de proue du mouvement des « cités refuges » lancée à l’initiative d’Ada Colau en 2015, Barcelone avait été le théâtre, en février 2017, d’une manifestation rassemblant près de 500 000 personnes dans le cadre de la campagne Vollem acollir. A l’occasion de l’arrivée de l’Open arms, ce sont, aux côtés des associations, les autorités municipales et régionales qui se sont mobilisées après s’être engagées à leur accueil suite au feu-vert qui lui a été donné par le premier ministre Pedro Sanchez. L’événement s’est achevé avec l’organisation d’une conférence de presse et d’un concert de soutien aux réfugiés au Musée maritime.

« NOUS AVONS SAUVÉ 60 PERSONNES MAIS NOUS EN AVONS LAISSÉ MOURIR 340 »

Une semaine après le Conseil européen du 28 juin et plus de deux semaines après l’accostage de l’Aquarius à Valence, le discours des intervenants, à l’image de celui des militants, des membres des associations et des institutions municipales, départementales et régionales impliquées s’est aiguisé pour dénoncer l’impasse actuelle. Autour de l’alcadesa de Barcelone et d’Oscar Camps, en présence des quatre députés européens Javi López (PSOE)Miguel Urbán (Podemos), Eleonora Forenza (Refundazione comunista) et Ana Miranda (Bloque Nacionalista Galego)  ayant participé à la dernière mission de l’Open arms,  la conférence de presse à pris le ton  d’un contre-sommet européen.

« Nous avons sauvé 60 personnes mais nous en avons laissé mourir 340 » a gravement déclaré Oscar Camps soulignant l’obstruction à leur mission qui leur a été imposée par les autorités officielles :  « Arriver ici nous a coûté  nos trois jours et retourner nous coûtera peut-être quatre jours et 300 morts de plus ».  Se  déclarant « heureux mais triste triste », il a dénoncé en particulier les accusations portées par les représentants d’États et de gouvernements européens, Emmanuel Macron en tête, contre les ONG impliquées dans le sauvetage des réfugiés en mer Méditerranée au mépris du droit de la mer et des conventions internationales. Si Miguel Urbán, cofondateur de Podemos a dénoncé dans les dernier événements un « naufrage européen » et si  Javi López a pointé la « mesquinerie de l’Europe », Eleonora Forenza, membre de la refondation communiste a tenu pour sa part à souligner, dans la langue de Dante, le fait  que « le peuple italien ne doit pas être confondu avec le gouvernement actuel  qui restera dans les mémoires pour ses crimes en Méditerranée ». En joue également, la  « politique de mort et de cruauté des Etats européens »   selon les mots d’Ada Colau .

Jérôme Skalski 
Article tiré de l’Humanité  le 9 juillet 2018

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