À Aix, Le Maire tape sur le modèle social français

Les rencontres économiques ont vu défiler pendant trois jours plusieurs membres du gouvernement, dont la dernière apparition fut dimanche, celle de Bruno Le Maire qui a une nouvelle fois tapé sur le modèle social français.

« Les métamorphoses du monde», tel était le thème sur lequel ont planché de vendredi à dimanche tout le gotha de l’ultra-libéralisme bon chic, bon genre des rencontres économiques d’Aix-en-Provence.

Après la ministre du travail Muriel Penicaud, le premier ministre Edouard Philippe, Bruno Le Maire, ministre de l’économie et du budget, a clôturé le défilé du gouvernement .

Dans sa présentation, la journaliste -et pour le coup « animatrice »-, Léa Salamé a rappelé que le slogan qui l’avait porté pendant sa campagne pour les primaires de droite « le renouveau c’est Bruno », incarne la « plus belle prise de droite du gouvernement ». Mais en guise de « renouveau », l’intéressé a surtout distillé les bonnes vieilles recettes du libéralisme à la Reagan. Avec un seul axiome : « pour traiter les problèmes à la racine, il faut refuser la facilité ». Entendez par là, « en finir avec la politique de redistribution ». Et qu’importe si l’essentiel des prestations sociales sont financées par les cotisations des salariés ; cette part du salaire que l’on accepte de mettre au pot commun. La solidarité n’est pas la tasse de thé de ce gouvernement.

En France, le problème numéro 1, selon Bruno Le Maire, c’est l’éducation, la formation et la qualification. « On ne peut plus accepter qu’il y ait 8, 9% de chômeurs et des industriels qui recherchent désespérément des chaudronniers », insiste le ministre, avançant un argument usé jusqu’à la corde. A son arrivée au gouvernement, celui qui a mis en application avec zèle la politique de Macron en faveur des riches, avec la suppression de l’Impôt sur la fortune (ISF) et les allégements de charges aux entreprises, affirme que pour « innover, il faut du capital ». Dommage, il le laisse filer !

Un pacte taillé pour les actionnaires

Le chemin tout tracé pour y parvenir, s’appelle désormais Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises (Pacte). Présenté au début du mois de juin en Conseil des ministres : une accumulation de mesures qui répondent aux attentes libérales des actionnaires. Le projet de loi Pacte a pour vocation d’aider « les PME à se développer », affirme Le Maire. Cela passe par un affaissement des droits des salariés avec la suppression des seuils sociaux (qui fixent les obligations légales des entreprises) et la cession d’actifs de l’état avec la privatisation d’Engie, de la Française des jeux et d’Aéroport de Paris (ADP). « C’est parce que ces entreprises se portent bien, qu’elles ont de la valeur », justifie le ministre.

Interrogé par un étudiant qui voulait savoir pourquoi le gouvernement s’en prenait au modèle social français et avait ajourné le plan pauvreté, Bruno Le Maire assène: « notre modèle français ne marche pas, c’est pour cela qu’il faut le changer ».

Position strictement idéologique car les études prouvent le contraire à l’instar du dernier rapport de la DRESS, le service statistique du ministère de la santé dont le travail démontre l’efficacité du système de redistribution, véritable bouclier contre la pauvreté. Sur le plan pauvreté justement, le ministre justifie le report du projet à la rentrée. « Je préfère que l’on prenne quelques semaines de plus et qu’il soit meilleur ». Et d’annoncer une mesurette : « Je pense qu’il est indispensable pour tous les Français modestes que nous parvenions à un vrai plafonnement des frais bancaires pour que personne ne soit en difficulté parce qu’il est obligé de payer des frais bancaires insupportables et trop lourds », a-t-il expliqué.

Selon l’UFC Que Choisir, en moyenne, un client standard verse chaque année 34 euros de frais liés à un solde débiteur. Pour le consommateur en difficulté, c’est presque dix fois plus : 296 euros en moyenne. En 2016, un foyer en difficulté sur cinq a vu s’envoler plus de 500 euros de son porte-monnaie.

Catherine Walgenwitz
Article tiré de la Marseillaise  le 10 juillet 2018

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