Agriculture – Et en même temps, la loi tourne le dos à la promesse du président

A Rungis, en octobre 2017, Emmanuel Macron s’était adressé au monde paysan. Il voulait modifier « la loi pour inverser cette construction du prix qui doit partir des coûts de production ». Au Parlement, en juillet 2018, les députés du groupe LaREM au sein de la Commission mixte paritaire (CMP)  de l’Assemblée et du Sénat multiplient les manœuvres pour retarder le vote de la loi, afin qu’elle ne puisse pas être utilisée cet automne dans la négociation entre les distributeurs et leurs fournisseurs. Faut-il voir là le fonctionnement pervers du « et en même temps » si cher au président Macron ? A vous de de juger à partir des faits.  

On se souvient que le président Macron avait promis lors de son discours de Rungis, le 17 octobre 2017, que la loi que voterait sa majorité parlementaire en 2018, changerait les choses dans le cadre de la négociation annuelle sur les prix entre la distribution et ses fournisseurs. Cela devait aller dans le sens d’une juste rémunération des paysans. « Nous vivons, en effet, dans un pays où les agriculteurs ne peuvent plus vivre du juste prix payé(…) Je souhaite donc que nous mettions un terme très clair à ce qui est  devenu une dérive (…) Nous modifierons la loi pour inverser cette construction du prix qui doit pouvoir partir des coûts de production», avait-il dit ce jour là.

Voilà qui semblait clair et qui fut entendu avec espoir dans le monde paysan. Mais, ces dernières semaines, des députés du groupe LaREM avaient été en pointe pour tenter d’inclure dans la loi l’interdiction du glyphosate en France d’ici trois ans, sans exiger la même disposition dans les autres pays membres de l’Union européenne. Cela revenait à introduire une distorsion de concurrence au détriment de paysans français dans un espace européen sans le moindre tarif douanier.

On se souvient que les syndicats paysans, notamment la FNSEA, avaient relevé cette contradiction pointant aussi les risques induits par les accords de libre échange que la Commission européenne mène avec les pays du Mercosur  après avoir conclu un accord du même type avec le Canada, lequel a reçu l’approbation du président Macron. Ajoutons que ce dernier ne trouve rien à redire sur le lancement des négociations en vue d’aboutir à des accords semblables avec l’Australie et la Nouvelle Zélande tandis que la Commission européenne serait proche de la conclusion d’un accord de libre échange, encore plus dangereux pour nos paysans, avec les pays du Mercosur.

TOUJOURS PLUS DE PESTICIDES ET D’INSECTICIDES AU BRÉSIL

Et voilà que l’on apprenait hier qu’une majorité de parlementaires brésiliens venaient d’inscrire à l’ordre du jour de leur Assemblée un projet de loi visant à « accélérer la mise sur le marché de pesticides» produits par les firmes au service de l’agrobusiness. Pour mieux les faire admettre par la population, les désherbants et les insecticides seraient rebaptisés « produits phytosanitaires » ou « produits de contrôle environnemental». La députée Tereza Christina  qui a fait inscrire ce texte dans le calendrier du Parlement brésilien a fêté ce succès « dans un restaurant chic de Brasilia compagnie du gratin de l’agrobusiness », indique la correspondante du Monde au Brésil. Elle relève aussi que dès 2013, 38% des fruits et légumes analysés au Brésil contenaient des traces de pesticides.

Hier aussi, la FNSEA a, avec quarante partenaires impliqués dans la production agricoles où dans des organismes liés à l’agriculture et à la protection des plantes, annoncé un « contrat de solutions » visant à réduire les intrants chimiques dans notre agriculture. On se gardera ici de considérer que ce travail engagé depuis des mois va déboucher sur des solutions miracles. Les personnalités qui l’ont  présenté hier à la presse ne le prétendent d’ailleurs pas. Mais le document de près de 100 pages remis aux journalistes fait état d’une sélection de « 36 solutions porteuses pour le premier contrat ». Le texte présenté hier précise que « ce premier travail n’est évidemment pas exhaustif  et nous avons l’ambition de le poursuivre pour couvrir progressivement un champ plus large en termes de solutions apportées pour l’ensemble des filières, qui pourront se combiner dans des approches de « systèmes » et des approches de territoires ». Les partenaires promettent qu’un « suivi sera opéré tous les six mois  au sein du comité de pilotage».

AVOIR DES RÈGLES ET DES CONDITIONS DE PRODUCTION HOMOGÈNES

Présente à cette conférence de presse, Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, a tenu à situer ce travail dans le contexte économique qui est aussi le vécu quotidien du monde paysan en ces termes : « l’Espace européen c’est le marché unique avec un règlement unique applicable à tous. Nous ne devons pas conclure des accords commerciaux intempestifs avec des pays qui n’ont pas les mêmes règles que nous. Nous ne voulons pas importer des produits des agricultures dont nous ne voulons pas chez nous et nous voulons des règles et des conditions de productions homogènes. L’économie est têtue et notre agriculture ne peux pas être un jardin d’Eden merveilleux avec des frontières passoires ».

DES DÉPUTÉS LREM AU SERVICE DE LECLERC, CARREFOUR ET AUCHAN

Mais revenons à la loi promise par Emmanuel Macron pour une plus juste rémunération des hommes et des femmes qui travaillent pour nourrir le pays. Hier aussi, on apprenait par deux communiqués, l’un des Jeunes Agriculteurs et l’autre de la FNSEA, que les parlementaires des groupes LaREM remettaient en cause toute possibilité d’accord entre l’Assemblée nationale et le sénat dans le cadre de la Commission mixte paritaire (CMP) sur les critères à retenir concernant la formation des prix. Le syndicat Jeunes Agriculteurs a dénoncé « un stratagème pour rouvrir l’ensemble des débats, en particulier sur la question délicate des indicateurs (…). Doit-on rappeler que les négociations commerciales commencent à la fin de l’été et s’intensifient justement en septembre et octobre? », interroge ce syndicat.

Ainsi donc, Emmanuel Macron et le gouvernement semblent bien avoir demandé aux parlementaires godillots estampillés LaREM  de retarder l’adoption de la loi par des manœuvres dilatoires afin que les centrales d’achat des grandes enseignes n’aient pas à en tenir compte concernant l’évolution des coûts de production de l’amont dans le cadre de la négociation sur les prix qu’ils paieront à leurs fournisseurs entre mars 2019 et février 2020.

Dans son communiqué, la FNSEA note que « sur la question centrale des coûts de production, il s’agit juste de mettre à disposition des producteurs une référence neutre et indiscutable dans leur relation avec l’aval de la filière. Sans ce garde fou efficient, que peuvent peser les agriculteurs face à quatre centrales d’achat qui concentrent à elles seules 94% du marché alimentaire national ? Les députés de la majorité, membre de la CMP, ont délibérément ignoré cette réalité. Pire, c’est sur cette disposition qu’ils ont fait capoter la CMP, alors même qu’elle avait été votée conforme entre les deux assemblées», précise la FNSEA.

Tout indique donc que ces « députés de la majorité » étaient mandatés par le gouvernement et le président de la République pour que ne soit pas tenue en 2019 la promesse fait par ce même président le la République le 11 octobre  2017 dans son discours de Rungis !

Photo  : AFP – Joël Saget
Gérard Le Puill

Article tiré de l’Humanité  le 12 juillet 2018

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