Marseille-Saint-Charles, du business de gare à la privatisation ?

Le scénario de valorisation de la gare du Nord est transposable à Marseille où 12,5 millions de voyageurs jonglent déjà entre les boutiques.

En abandonnant au Groupe Auchan, le chantier pour l’extension et l’exploitation commerciale de la gare du Nord à Paris dans la perspective juteuse des Jeux olympiques, la SNCF a réveillé le spectre d’une privatisation rampante de ses 3 000 gares. 400 d’entre elles sont déjà largement ouvertes au privé par Retail & Connexions, sa filiale en charge des commerces en gare. L’État reste certes propriétaire. Mais pour combien de temps encore ? Cette délégation déguisée à Paris réduit la participation de la SNCF à 34% au sein d’une société d’économie mixte. Le montage contractuel opaque et complexe sert d’abord les intérêts d’un partenaire privé dont la préoccupation n’est pas l’acheminement des voyageurs. « Les gares ferroviaires se transforment en véritables centres commerciaux rejetant en arrière-plan les espaces ferroviaires jugés moins rentables », dénonce la fédération CGT des Cheminots qui rappelle que « la gare du Nord – et la SNCF de manière générale – a besoin d’investissements pour améliorer le confort des voyageurs, la qualité de service et la régularité. Mais cela ne doit pas être le prétexte pour transformer une gare en centre sportif, culturel et commercial. » Ce scénario de valorisation commerciale est-il transposable à la gare Saint-Charles déjà très infiltrée par la sous-traitance, la filialisation et les boutiques ? « Oui, absolument et ils l’ont en tête », affirme Jean-Marc Coppola, conseiller municipal de Marseille (PCF) qui met en garde : « On peut être d’accord sur l’amélioration du confort et de l’accueil des voyageurs. Mais on ne peut pas multiplier les espaces commerciaux au détriment de l’activité de transport. » à ses yeux, ce qui guide d’abord la SNCF et les pouvoirs publics, « c’est de faire du business et c’est tout. Le transport, les déplacements multimodaux ils n’en ont rien à faire. » De rappeler combien s’enflamme le prix du foncier dans l’enceinte et aux abords d’une gare de centre-ville.

Un corridor au « taux de captation » élevé

La modernisation en 2008 de cette gare, historiquement enclavée depuis sa création en 1848, a coûté 1 milliard d’euros aux contribuables « sans jamais régler la thrombose ferroviaire qui l’étouffe », insiste Jean-Marc Coppola. Réussite architecturale, l’extension lumineuse est dédiée à une galerie marchande de 140 mètres de long, pour 17 commerces, un dédale dans lequel les voyageurs slaloment ou se posent avant d’atteindre les quais. Cet argent public a surtout servi à la SNCF à concéder 5 145m² de surfaces de vente sous le régime des autorisations d’occupation temporaire du domaine public. L’exiguïté des espaces favorise les conflits d’usage et nuit à la fluidité pourtant recherchée dans une gare, tout en éloignant les services publics comme les objets trouvés, les toilettes ou la « Maison des Mobilités » curieusement fermée. à Saint-Charles, on trouve un McDo avec terrasse intérieure et extérieure, un Monop’ Daily, d’autres kiosques de restauration rapide, pas moins de quatre kiosques Relay de presse, des boutiques de babioles pour touristes mais aussi un bureau de poste et une pharmacie. Ce long corridor mercantile a vu défiler 12,5 millions de voyageurs en 2016 avec un potentiel de doublement à l’horizon 2040, selon l’Agence d’urbanisme de la Métropole (Agam) qui veut ouvrir la gare à 360° sur tout le quartier, en faire « un lieu privilégié aux fonctions tertiaires, universitaires et culturelles ». C’est dire si ce « nœud ferroviaire » où se jettent chaque jour 236 trains sur 16 voies en cul-de-sac fait le jeu des marchands. L’attente, les retard sont ici l’assurance que le voyageur finira bien par acheter un journal, un livre, une boisson, prendre un repas ne serait-ce que pour s’asseoir, un défi au vu du nombre de voyageurs contraints de se reposer par terre.

Le « taux de captation » de clientèle est élevé en gare : un usager sur trois entre dans un point de vente où au final deux tiers transforment leur détour en achat. Dans les grandes gares, le panier moyen du consommateur-voyageur peut atteindre 20 euros. Le commerce de gare est juteux. Il a généré pour la SNCF 1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2016. On comprend pourquoi les aménagements commerciaux sont plus rapides que les investissements ferroviaires d’une gare qui a toujours 30 ans de retard.

David Coquille
Article tiré de la Marseillaise  le 13 juillet 2018

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