Climat – La France, mauvaise élève de l’après Cop 21

Un peu plus de trente mois après l’adoption à Paris d’un texte visant à contenir le réchauffement climatique sous la barre de +2°C en 2100 par rapport  à la température moyenne du milieu  du XIXème siècle, la France  fait déjà  figure de mauvais élève.  Il  ne suffisait donc  pas de nommer Nicolas  Hulot  ministre de la Transition écologique et solidaire  pour que les  meilleures décisions  soient prises dans ce domaine.
Le ministère dirigé par Nicolas Hulot vient de produire  un document de travail portant sur la révision de la feuille de route  énergétique  et de sa stratégie bas-carbone. L’Agence France Presse (AFP)  a consulté ce document. Lequel  indique que le budget carbone de la France  sera plus élevé que prévu entre  2019 et 2023. Selon les chiffres relevés par l’AFP à partir du document de travail du ministère, ce bilan «pourrait atteindre  pour la période 2014-2018  458 millions de tonnes de CO2 contre 440 millions initialement prévu. Et 442 millions de tonnes de CO2  entre  2019 et 2023, contre  398 millions de tonnes attendu ».  Selon le document du ministère, ce retard serait surtout imputable aux retards pris dans les secteurs des transports  et de l’isolation  des bâtiments.  On sait , en effet ,  que les transports sur route ne cessent de se développer, accentuer  par le nouveau rôle donné  aux capitales régionales  pour  concentrer les activités   économiques  au détriments des villes moyennes et petites , et encore plus des  cantons ruraux. Ajoutons que la réforme en cours de la SNCF va encore réduire la place du rail qui n’émet pourtant que 2% des émissions de CO2 imputables aux transports  pour 11% des voyageurs et marchandises  transportés.
La  politique  de métropolisation  des activités se traduit par un allongement permanent  de la distance entre le domicile et le travail pour les salariés  qui n’ont souvent que la voiture pour se rendre au boulot. On peut même dire  que la politique visant à sortir  les  véhicules  diesel  de la circulation, via la prime au retrait, augmente les émissions de CO2, dans la mesure où beaucoup  de gens remplacent  leur voiture diesel  par un véhicule à essence  qui consomme davantage   de carburant  et émet donc plus de CO2. Certes, les émissions de particules fines des voitures particulières diminuent de ce fait. Mais comme  beaucoup  de vieilles voitures diesel sont revendues en Afrique, cette politique française de la réduction du diesel   chez nous contribue  à l’augmentation mondiale  des émissions de CO2.

LE BILAN CARBONE CACHÉ  DES DÉLOCALISATIONS DE PRODUCTIONS

Le document  du ministère de la Transition écologique et solidaire  estime que le retard  pris jusqu’en 2023 sera « rattrapé»  entre  2024 et 2028 grâce aux progrès  revus à la hausse  dans  l’industrie, le secteur de l’énergie et l’agriculture. On peut en douter sérieusement   et pour de nombreuses raisons. Ces dernières  décennies, l’amélioration du bilan carbone de l’industrie sur le sol français  est imputable aux délocalisations de productions  dans les pays à bas coûts de main d’œuvre. Ainsi, la seule industrie du pneu a perdu 11.700 emplois entre 2006 et 2015 du fait des délocalisations de production  avec moins de CO2 émis en France, mais davantage émis globalement  par pneu utilisé en  France (1).
On peut aussi se demander comment  le secteur de l’énergie électrique  va améliorer son bilan carbone en France  si la loi de transition énergétique votée en 2015  sur proposition de Ségolène Royal  demeure la feuille de route du gouvernement. En  effet, vouloir  ramener   la production des centrales nucléaires à 50% de notre production électrique d’ici 2025 ou 2030  impliquera  de  relancer cette même  production électrique  à partir du fioul et du gaz, surtout si on ferme les trois ou quatre centrales au charbon  encore en activité.

ON NE SORT PAS DU NUCLÉAIRE COMME ON SORT DE SA DOUCHE 

Car  les éoliennes et le solaire ne produisent de l’électricité que par intermittence, ce qui rend indispensable le recours aux énergies fossiles  chaque fois que l’on manque de vent et de soleil. N’oublions pas non plus que la production des éoliennes comme les panneaux photovoltaïques implique une grosse  consommation  de métaux rares  dont l’extraction   émet beaucoup   de gaz à effet de serre. Vouloir sortir rapidement du nucléaire quand les centrales nucléaires produisent  environ  73% de notre   en 2018  revient à augmenter le recours  aux énergies fossiles  pour la production électrique alors le gouvernement dit vouloir réduire de 30% le recours à ces mêmes énergies fossiles d’ici  2030.On ne sort pas du nucléaire  comme on sort de sa douche  un jour de canicule.

LE BILAN CARBONE DE L’AGRICULTURE NE SERA PAS BON EN 2018

 Dans la loi de transition énergétique  votée en 2015, il était prévu   que les énergies renouvelables couvriraient 32% de nos besoins en électricité en 2030. Il s’agissait du résultat cumulé de l’éolien, du solaire, de l’hydraulique  et du biogaz, ce dernier impliquant des cultures dédiées  de l’agriculture, lesquelles  sont souvent  du maïs qui ne sert plus à nourrir le bétail mais que l’on fait fermenter dans la fosse à purin. Cet objectif est déjà révisé à la baisse  d’un point  et ce point de baisse risque d’être suivi par d’autres.
La note du ministère de la Transition énergétique et solidaire prévoit aussi une baisse des émissions de CO2 de l’agriculture dans les prochaines années. Mais ce bilan ne  dépend pas seulement de la bonne volonté des paysans.  En ce mois de juillet  2018, la chaleur persistante  transforme  les prairies en paillassons, ce qui diminue  considérablement  leur capacité à stocker du carbone  tandis qu’il faut utiliser des graines de céréales pour nourrir le bétail, faute d’herbe.  Il est déjà acquis  que le bilan carbone de l’agriculture française ne sera pas bon en 2018 du fait de cet été chaud dont les paysans ne sont nullement responsables.
(1) Voir à ce propos  le chapitre 2 du dernier livre de Gérard Le Puill , « Réinventons l’économie dans un monde fini » paru en mai 2018,  éditions du Croquant , 208 pages, 15€ 
Gérard Le Puill
Article tiré de l’Humanité  le 21 juillet 2018
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