Charles Berling – « On sent en Europe un extrémisme malsain, nauséabond, qu’on a déjà vu à l’œuvre »

Charles Berling et Pascale Boeglin-Rodier, co-directeurs du Liberté et de Châteauvallon, scène nationale de Toulon, étaient la semaine dernière sur « l’Aquarius ».

Pourquoi cette visite sur l’Aquarius ?

C.B. : Pour comprendre la situation dans laquelle se trouve l’équipage ; pour se rendre compte concrètement des conditions de navigation, de sauvetage ; pour voir de près ce qu’il se passe.

P.B.R. : Et, naturellement, pour continuer à apporter notre soutien [le Liberté a accueilli cet hiver une Nuit de la lecture au profit de SOS Méditerranée, ndlr]. L’objet de la visite était de réfléchir ensemble sur la manière d’aider l’association et sur les moyens de faire bouger les choses, car pour l’instant nous n’avons pas la solution.

Qu’en retenez-vous ?

C.B. : Ce qui est frappant, c’est que ces jeunes gens sont bien organisés et essaient de faire en sorte d’être le plus efficace et le plus humain possible dans des situations extrêmement dramatiques. Ils ont développé une certaine expérience du sauvetage. Ça se sent.

P.B.R. : Tout est à peu près au point, ils ont amélioré des techniques, le matériel, le personnel humain est là. Et ils sont bloqués à quai. Pendant ce temps, en quatre semaines, quelque 600 migrants sont morts en Méditerranée.

Vous dénoncez cette entrave de l’action des ONG ?

C.B. : Bien sûr. C’est bouleversant, terrible. C’est le fruit de non-décisions européennes, et l’Europe se montre sous un jour trop divisé. Les décisions politiques tardent à venir parce qu’elles sont prises par des gens qui ne voient pas la réalité de près. Or, les ONG sont en contact direct avec cette misère. A Toulon, nous avons forcément des contacts avec la Marine nationale, et tout marin a le devoir absolu de ne pas laisser quelqu’un mourir en mer. Évidemment la situation politique est complexe, mais c’est d’abord une tragédie humaine. Il faut la traiter comme telle.

P.B.R. : Ce qui se passe au niveau des ports est scandaleux. On se cache derrière une décision politique européenne qui ne vient pas, mais le droit maritime international impose à un pays, quel qu’il soit et qui dispose d’un port, d’accueillir des personnes en danger. Ces éléments législatifs ne sont pas appliqués. Un jour, il faudra rendre compte de ce qu’on n’a pas fait.

L’engagement des intellectuels est-il important selon vous ?

C.B. : On ne peut pas participer à la pensée, à la construction culturelle de l’Europe et ignorer ces faits-là. On doit absolument rester conscients des grandes orientations politiques d’un continent comme l’Europe. Nous nous sentons totalement concernés. Je vous assure que lorsque vous vivez des soirs comme ce 20 janvier [la Nuit de la lecture au Liberté, ndlr], au contact de ces migrants, de SOS Méditerranée, que vous entendez ces jeunes gens s’exprimer sur les horreurs qu’ils ont vécues, alors qu’ils ont parfois à peine seize ans, qu’ils le disent dans un français impeccable, vous comprenez alors qu’ils sont reliés à nous par une culture, par un langage. En les rencontrant, on prend conscience à quel point ils sont proches de nous et à quel point nous sommes proches d’eux. C’est une question d’universalisme.

A l’heure de la victoire de la France [lors de la Coupe du monde de foot, ndlr] avec une équipe composée de Français issus de la diversité, certains ont été atterrés d’entendre que l’équipe croate de sang pur allait mettre en pièces une équipe française trop bigarrée, trop colorée. On sent en Europe un extrémisme malsain, nauséabond, qu’on a déjà vu à l’œuvre. Nous essayons de ne pas fermer les yeux, de ne pas nous voiler la face, et d’agir quand on le peut.

P.B.R. : Nous ne pouvons pas, d’une part, dans nos salles, présenter des pièces de théâtre qui interrogent le monde, passé et présent, en faire part au public, et d’autre part fermer les yeux sur ce qu’il se passe autour de nous. Ce serait totalement incohérent.

Article tiré de la Marseillaise . le 25 juillet 2018

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