«La vague de chaleur en Europe porte l’empreinte du changement climatique»

Selon une étude du réseau World Weather Attribution publiée vendredi, les périodes de canicule comme celle qu nous connaissons actuellement seront de plus en plus fréquentes.

«Il y a vingt ans le changement climatique était une notion abstraite que l’on visualisait dans les projections scientifiques. Il est incroyable aujourd’hui de voir la vague de chaleur en Europe porter l’empreinte de ce réchauffement du climat», déclare Geert Jan van Oldenborgh, chercheur à l’Institut météorologique royal des Pays-Bas. Avec plusieurs climatologues du réseau international World Weather Attribution, il publie vendredi une étude attribuant la vague de chaleur extrême que connaît l’Europe depuis le mois de mai, de la Scandinavie à la Grèce, au réchauffement mondial dû aux activités humaines.

C’est un exercice complexe qu’ont accompli ces chercheurs. A partir de relevés météorologiques dans sept stations à travers l’Europe (Irlande, Pays-Bas, Danemark, Norvège, Suède et deux en Finlande), ils ont pu établir notamment que le changement climatique a multiplié la probabilité d’extrêmes caloriques par 2 à Dublin en Irlande, par 3,3 à De Bild aux Pays-Bas, et même par 5 à Copenhague.

«Les modèles de projection scientifiques correspondent aux observations faites sur le terrain», explique Friederike Otto, directrice adjointe de l’Institut sur les changements environnementaux de l’Université d’Oxford, au Royaume-Uni, qui a aussi participé à cette étude. En Europe centrale, on observe même une hausse des températures plus rapides que prévu. «Avec ce rapport, nous voulons montrer que le réchauffement du climat n’est pas seulement une moyenne mondiale mais qu’il existe d’importantes disparités dans ce que vivent les humains, même au sein de l’Europe», reprend la chercheuse.

Une série de records mondiaux

En ce qui concerne la vague de chaleur que connaît la Scandinavie depuis deux mois, les scientifiques du World Weather Attribution estiment que le changement climatique provoqué par l’homme augmente les probabilités de tels extrêmes dans la région, sans pouvoir établir à quel point. La variabilité des phénomènes météorologiques atmosphériques est trop aléatoire pour définir un chiffre précis.

Selon l’Administration nationale océanique et atmosphérique (NOAA)américaine, l’Europe a vécu son deuxième mois de juin le plus chaud enregistré, juste derrière celui de la canicule de 2003. Certains pays, comme le Royaume-Uni et le Danemark ont même changé de couleur passant du vert au jaune, comme le montrent les images satellites de l’Agence spaciale européenne.

Le continent européen n’est pas le seul touché. 41,1°C à Kumagaya, au nord-ouest de Tokyo. 51,3°C à Ouargla en Algérie. 48,9°C à Chino, dans la banlieue de Los Angeles. 36,6°C dans l’agglomération de Montréal. 42,7°C à Bakou en Azerbaïdjan. 40,5°C à Tbilissi, en Géorgie. 32,5°C à Kvikkjokk, en Suède, près du cercle polaire. Autant de records de chaleur (depuis le début des relevés) atteints pendant le seul mois de juillet. Ces extrêmes provoquent sécheresses, incendies et pics de consommation d’électricité à travers le monde. En Californie, le parc Yosemite vient de déclarer son ordre d’évacuation le plus étendu depuis trente ans alors que l’incendie appelé Ferguson continue de ravager ce lieu de nature emblématique américain. Au Japon, 22 000 personnes ont été hospitalisées la semaine dernière à cause de la chaleur étouffante.

Dans son dernier rapport général publié en 2014, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) alertait sur le fait que la température moyenne mondiale a déjà augmenté de 0,85°C entre 1880 et 2012, principalement à cause des activités humaines et des émissions de gaz à effet de serre. «Le réchauffement du système climatique est sans équivoque, et depuis les années 50, beaucoup des changements observés sont sans précédent sur plusieurs décennies, voire sur un millénaire, conclut le texte. L’atmosphère et les océans se sont réchauffés, les quantités de neige et de glace ont baissé, et le niveau de la mer a augmenté.»

Aude Massiot
Article tiré de Libération  le 27 juillet 2018

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