Les gauches déposent bien leur motion de censure

Les insoumis ont trouvé un accord avec les socialistes et les communistes.

C’est fait ! Les députés de gauche ont déposé une motion de censure contre le gouvernement. La décision a été prise après les multiples bastons contre la majorité, notamment la présidente de la commission d’enquête parlementaire, Yaël Braun-Pivet. Ils l’accusent de «bafouer» la démocratie en contrôlant la liste des convoqués, une «obstruction» qui empêche selon eux la commission de mettre au jour les dysfonctionnements dans l’affaire Benalla. Les députés de gauche pointent également les pratiques et les «dérives» d’un pouvoir «concentré» dans les mains d’un seul homme, Emmanuel Macron.

Résultat : mardi, dans l’hémicycle, c’est André Chassaigne qui portera la motion de censure. Le communiste a été désigné après une réunion avec les socialistes et les Insoumis. Jean-Luc Mélenchon a proposé un tirage au sort pour choisir le guide, la socialiste, Valérie Rabault a lancé le nom du communiste. Le débat n’a pas traîné. Le député de la France Insoumise, Éric Coquerel : «On a trouvé que c’était une bonne solution, André a de l’expérience, il s’exprime bien et c’est le premier dans l’ordre alphabétique.» André Chassaigne parlera après Christian Jacob – Les Républicains avaient d’ores et déjà également déposé une motion de censure. Le Premier ministre, Édouard Philippe répondra à ses opposants dans la foulée.

«Fait politique»

Vendredi matin, Jean-Luc Mélenchon a convoqué la presse afin de s’épancher sur la motion de censure de «l’autre partie» de l’hémicycle, celle de gauche. Le chef des insoumis a débuté par un souvenir précis : «Le 19 juillet à 20 h 43, j’ai proposé aux groupes Nouvelle Gauche et communiste de signer une motion de censure.» Ils ont refusé. Trop tôt. Olivier Faure explique : «On ne pouvait pas signer une motion de censure avant la commission parlementaire, il faut faire les choses dans l’ordre. Et jeudi, face à l’autoritarisme et l’échec de la commission d’enquête nous avons changé nos plans, car il n’y avait pas d’autres choix.» La gauche qui mène un combat ensemble : la chose est rare.

La France Insoumise se frotte les yeux. Elle n’y croyait pas ou peu. Jean-Luc Mélenchon garde en mémoire le début du quinquennat et le vote de confiance au gouvernement : une majorité de députés PS avait opté pour l’abstention. «Aujourd’hui, ils veulent faire tomber le gouvernement avec nous, ils sont dans l’opposition», se félicite le tribun. Et ce n’est pas anodin, c’est un «fait politique» qui dépasse les murs du Palais Bourbon. Le leader de la France insoumise souligne le «bon état esprit» dans les discussions et ironise à moitié : «Le PS n’est plus « ni Macron ni Mélenchon ! »» Comprendre : le parti à la rose s’est rapproché de lui.

«On n’avait pas le choix !»

Le Parti socialiste guette les choses d’une autre manière. Valérie Rabault, la présidente du groupe à l’Assemblée : «Il suffit de jeter un œil sur nos votes dans l’hémicycle ces derniers mois pour s’apercevoir que nous sommes dans l’opposition.» Le premier secrétaire du PS, Olivier Faure poursuit avec des «nous» en cascade : «Nous sommes toujours les mêmes, ni Macron ni Mélenchon ! Nous sommes le PS, il ne faut pas lire ce qu’il n’y a pas écrit. Nous avons des convergences avec les insoumis et les communistes et nous avons besoin des uns et des autres pour déposer une motion de censure car nous sommes d’accord pour dire que la majorité ne respecte pas le Parlement.» Jeudi soir, le premier secrétaire s’est entretenu au téléphone avec Jean-Luc Mélenchon afin de mettre à plat la stratégie.

Pourtant, Olivier Faure n’était pas le plus chaud au départ. La peur d’offrir un moment de gloire au gouvernement : un discours du Premier ministre sous les applaudissements des députés et un vote sans suspense. L’opposition le sait, le gouvernement ne tombera pas. «Une motion de censure oblige un gouvernement à rendre des comptes», souligne Faure qui a été convaincu par les membres de la direction de son parti. Un élu : «On n’avait pas le choix ! Après la droite qui dépose sa motion de censure, on ne pouvait pas faire capoter celle de gauche. Et le moment est important, car on isole la majorité par la droite et par la gauche.» Une nouvelle version du fameux «en même temps».

Photo : AFP – Thomas Samson
Rachid Laïreche
Article tiré de Libération  le 27 juillet 2018

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