Marseille – La Halle Puget, nouveau camp de fortune face à un État impuissant

Absence de sanitaires, locaux inadaptés, État absent : à Colbert dans le centre-ville de Marseille, les tensions montent autour de la plate-forme d’accueil des demandeurs d’asile. Habitants, commerçants, migrants lancent un appel de détresse.

Aujourd’hui, elle n’a attendu « que » deux heures. Au bout de la file, son courrier. Des papiers de la sécurité sociale, de la paperasse à remplir, mais pas de visa. Ça sera pour une autre fois. « J’ai bon espoir », dit-elle en souriant avec un léger accent. Chogher vient d’Arménie.

Comme elle, des centaines de sans-papiers patientent chaque jour devant la plate-forme d’accueil pour demandeurs d’asile (PADA) installée depuis septembre 2017, rue des Pénitents Bleus, dans le 1er arrondissement de Marseille. C’est l’ONG Plate-forme Asile qui y est chargée de l’accueil et de l’accompagnement des demandeurs d’asile. La direction n’a pas répondu à nos appels.

Dans la chaleur étouffante de ce mois de juillet, familles avec enfants en bas âge, jeunes et moins jeunes s’agglutinent autour du local. Des témoins de Jehovah en chemisette patientent, prospectus en main. Chogher a la chance d’avoir un logement, elle dormira à l’abri cette nuit. Ce n’est pas le cas de tous. Beaucoup ont dû s’installer sous la Halle Puget située à proximité et transformée en campement de fortune.

Devant la fac d’économie, des matelas jonchent le sol, une mère donne le sein à son fils sur l’un d’eux. Aucun WC, aucune douche n’a été mis à disposition des demandeurs. Les rues aux alentours ruissellent d’urine et d’immondices. « Ca va dégénérer si on ne fait rien. On a tous peur d’un drame », craint Chistian Pellicani, élu (PCF) du 1er secteur.

Des bagarres ont éclaté la semaine dernière. Pour Sabine Bernasconi, maire des 1er et 7e arrondissements, l’État faillit à sa tâche en laissant pourrir la situation : « J’ai écrit à deux reprises au préfet et interpellé le ministre de l’Intérieur lors de sa dernière visite », s’exclame-t-elle. La préfète chargée de l’égalité des chances n’a pas répondu à nos questions, évoquant des délais trop courts. Seul élément de réponse de la part du service communication : « Nous avons constaté une augmentation du nombre de demandeurs d’asile de 22% depuis 2018 ».

Quartier à l’abandon

« La situation est de plus en plus explosive, il y a une dizaine de jours, une riveraine a mis le feu à un matelas qu’elle a jeté sur la porte de la PADA », relate Guy Nicolai, adjoint municipal à la sécurité (1 et 7). Le cœur du problème ? Des locaux inadaptés. Trop étroits, les migrants sont obligés d’attendre dehors. Les conséquences sont désastreuses pour le quartier. Le patron de la pizzeria située juste en face des locaux de la PADA a du tirer le rideau, : la file d’attente débordait sur sa terrasse.

A l’angle, Ali Driss gère le café Le 12. « C’est devenu invivable, ça créé des tensions et si ça continue ça va mener à de la violence », souligne t-il. « Et attention, je ne blâme pas les migrants, on est tous issus de vagues d’immigration », précise t-il. Plus haut dans la rue, Aimé Tortora tient une institution. 110 ans que sa boutique de chaussures est ouverte.

« On ne peut plus travailler, les clients font demi-tour quand ils voient autant de gens installés dans la rue », déplore-t-il. A quelques encablures de là, rue Sainte Barbe, Mireille Malzac gère l’apparthotel Staycity. Désespérée, elle raconte : « Nos clients étrangers nous le disent : alors, c’est ça la France ? »

Marius Rivière
Article tiré de la Marseillaise  le 1er août 2018

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