40°C… nos hôpitaux à l’épreuve de la canicule

Alors que Météo France vient de classer les Bouches-du-Rhône en vigilance orange canicule les hôpitaux sont en « état d’alerte ». à Marseille, les personnels des Urgences adultes du CHU Timone sont en grève depuis hier à l’appel de la CGT, pour un problème de sous-effectif plus que chronique.

La canicule de 2003 reste dans les mémoires. « Depuis, toutes les mesures ont été prises pour avoir dans tous les hôpitaux des pièces rafraîchies », a tenté de rassurer Agnès Buzyn, au micro de France Inter. Et la ministre de la Santé a raison sur ce point, après l’épisode noir qui avait provoqué 14 800 décès entre le 1er et le 20 août 2003, les hôpitaux français ont bénéficié d’un plan canicule qui peut être un facteur de progrès à certains égards.

A l’Assistante publique- Hôpitaux de Marseille (AP-HM), la surmortalité avait été nettement inférieure aux autres hôpitaux. Néanmoins des travaux de climatisation importants ont été réalisés et à ce jour la direction indique que « 90% des lits sont équipés ». Par ailleurs, la planification des fermetures de lits a été modifiée pour qu’elles soient désormais limitées en période estivale. L’AP-HM participe également à une veille sanitaire et recueille chaque jour, au niveau des urgences et du Samu, des indicateurs d’activité sur le nombre de transports, de décès et sur l’âge des patients. Ces indicateurs intègrent également la capacité d’accueil en hospitalisation par un recensement quotidien des lits disponibles. Des stocks de bouteilles d’eau, vaporisateurs et autres brumisateurs ainsi que de médicaments spécifiques ont été prévus, de même que des commandes supplémentaires de ventilateurs. La Ville joue aussi son rôle pour assurer en amont et en aval de l’hôpital la prise en charge des personnes âgées.

Une maladie chronique

La coordination des différents acteurs en cas de fortes chaleurs, mais aussi en cas de toute autre crise sanitaire imposant un dispositif d’urgence, ne s’en porte que mieux. Cette réorganisation était nécessaire, mais est-elle suffisante ? La réalité reste plus cuisante. « On doit surtout faire face à un afflux de patients qui trouvent porte close chez leur généraliste », souligne la direction de l’AP-HM. Quand les libéraux sont en congés, l’hôpital public demeure la meilleure des roues de secours. « En période estivale, ce qui compte c’est que les hôpitaux s’adaptent à leur bassins de vie », assurait Agnès Buzyn. Encore faut-il que leur enveloppe financière le leur permette.

Patrick Pelloux, le président de l’Association des urgentistes de France (Amuf) témoigne : « on est déjà à flux tendu. La canicule aggrave une situation déjà compliquée de travail dans les hôpitaux », qu’il qualifie de « chronique et permanente ». Il dénonce une « usure depuis quelques années » dans les hôpitaux où « on demande trop d’économies. On a fermé trop de lits, trop de structures hospitalières ». Ainsi, si le mercure remonte au niveau de 2003, « les centres hospitaliers ne pourraient pas faire face à la situation, déjà trop saturée et notamment dans des services » déjà engorgés hors période de canicule, tels Paris ou le Sud-Est de la France.

A Marseille, aux Urgences adultes du CHU la Timone, qui reçoivent plus de 250 personnes par jour en moyenne, on craint même « l’accident », précise une aide-soignante. « La situation est catastrophique, il y a pénurie de personnels, à force de fermetures de lits et d’économie sur les emplois », assure Danièle Ceccaldi responsable CGT AP-HM. Infirmières et aides-soignantes de nuit se sont mises en grève depuis hier soir, suite à un rendez-vous avec la direction de l’hôpital, jugé infructueux. « Cette situation des urgences n’a rien à voir avec la fatalité, c’est un choix de l’ARS et de l’AP-HM, qui ont oublié que l’hôpital ce n’est pas que des chiffres et de l’argent mais des malades, des personnels, de l’humain. Les conditions de soins des patients sont liées aux conditions de travail des soignants », rappelle Yves Castillo pour la CGT Timone. Le gros problème réside dans l’absentéisme. Si le taux de maladies courte durée chez les infirmières tourne autour de 10% selon la direction, il atteint « 20% chez les aides-soignantes de nuit aux urgences ». Mais aux grévistes qui réclament des « embauches de fonctionnaires », l’AP-HM continue à répondre heures sup’ et intérim.

Photo AFP
Myriam Guillaume
Article tiré de la Marseillaise  le 6 août 2018

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