Migrants – Avec la canicule, «les personnes qui vivent dans la rue sont à bout»

Manque de douche, d’urinoir, d’eau potable, d’abri… Dans le nord de la capitale, les chaleurs extrêmes de ces derniers jours rendent la situation encore plus difficile pour les réfugiés.

A Paris, c’est la canicule pour tous. Mais du côté des migrants, on suffoque. Plus d’un millier sont présents dans les rues de la capitale, où la chaleur n’est pas qu’un désagrément de plus mais un véritable catalyseur de problèmes. Frédérique Kaba, directrice des missions sociale à la Fondation Abbé-Pierre dénonce des «conditions de vie extrêmes à l’extérieur». Dans l’imaginaire collectif, les personnes sans domicile fixe sont plus en danger l’hiver que l’été. «C’est un mythe à déconstruire, il faut protéger les gens de la canicule, y compris et surtout l’été ! L’ampleur du problème est nationale et il existe un vrai risque sanitaire.»

Après les démantèlements de campements au mois de juin, les rampes d’eau provisoires ont été démontées. La mairie de Paris, interpellée sur les réseaux sociaux, en a depuis fait poser de nouvelles, mais toujours en nombre insuffisant selon les associations. Celles-ci soulignent néanmoins les actions menées par la ville : quelque 12 000 gourdes ont ainsi été distribuées durant le mois de juillet, et la municipalité revendique 18 bains douches ouverts cet été. Mais alors que les conditions météo rendent douches et urinoirs toujours plus indispensables, les infrastructures n’existent que très peu dans les quartiers qui concentrent la majorité des migrants. Selon la mairie, on dénombre sept urinoirs et deux cabines de douches entre la porte de la Chapelle et celle de la Villette. Trop peu pour le millier de migrants toujours présent après les évacuations des campements situés le long du canal Saint-Martin, rue des Poissonnier et sur le site dit du «Millénaire», près de la porte de la Villette.

«En un mot, c’est la merde»

Ces jeunes hommes majeurs ayant fui le recensement administratif post-évacuation stagnent désormais entre les portes de la Chapelle et de la Villette, et boulevard Ney. C’est là que se poste le camion de Médecins sans frontière deux fois par semaine. «On reçoit 80 visites en cinq heures de présence. Il y a un vrai problème d’urgence médicale, la canicule nous met en alerte rouge ! Ceux qui viennent nous voir ont d’importants problèmes dermatologiques, leurs pieds macèrent dans les chaussures toute la journée, voire la nuit, et comme ils ne se lavent pas régulièrement cela génère des infections, explique Corinne Torre, la chef de mission. Par ailleurs, il n’y a pas de lieu d’accueil alors les gens se retrouvent dehors. En un mot, c’est la merde.»

Aux difficultés sanitaires se cumule un épuisement lié à la chaleur, et l’air est électrique. Sarah, une bénévole du collectif Solidarité Migrants Wilson, qui distribue durant l’été des kits d’hygiène deux fois par semaine, s’agace : «En les voyant tous les jours, je peux dire que les personnes qui vivent dans la rue sont à bout.» La canicule rajoute de la tension à une vie qui n’en manque pas.

Au 56 boulevard Ney, les bénévoles du Collectif Wilson distribuaient depuis un an et demi jusqu’à 700 paniers-repas chaque jour. Mais depuis l’évacuation de «la colline du crack» située à proximité, toxicomanes et dealeurs se mêlent aux migrants venus chercher ce qui sera souvent leur seul repas quotidien. Les altercations et rixes récurrentes ont obligé le collectif à suspendre son activité jusqu’à septembre. Aurore, une des associations «couteau suisse» que la ville mandate souvent dans l’urgence, assure depuis les distributions. Même si l’ambiance reste tendue, chacun à droit à une compote, un bout de pain et un thé. Canicule ou pas canicule, le menu ne change pas.

Photo : Cyril Zannettacci
Victor Mauriat
Article tiré de Libération  le 7 août 2018

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