À Gardanne, un garage tend « La Perche » aux plus démunis

Solidarité. Depuis 1992, le garage « La Perche » permet aux personnes dans le besoin de réparer leurs véhicules à petit prix. Le lieu forme aussi des jeunes au milieu professionnel.

C’est dans la campagne de Valabre que Jacques Canaan a installé son « garage solidaire », à l’intérieur d’un vieux hangar de 1800 m². Son entreprise, il la résume en deux mots : social business. « Un patron dans le social, ça peut paraître antinomique », sourit l’homme de 80 ans, dont le chemin de vie fut pavé de drôles de dissonances : élevé chez les Jésuites avant de passer 6 ans à l’armée et 30 autres à la tête d’une entreprise à Marseille, Jacques Canaan a croisé la route de Marcel Dassault, Le Corbusier, Bernard Tapie et l’abbé Pierre. Le genre de parcours qui forge des patrons atypiques.

A « La Perche », Jacques Canaan s’est entouré de 6 salariés – lui ne se paie pas : « j’ai ma retraite ! » – qui encadrent des jeunes en décrochage scolaire, ou sommés par la justice de rentrer dans le droit chemin. C’est surtout la Protection judiciaire de la jeunesse qui les envoie ici : « Ces jeunes, beaucoup les considèrent comme irrécupérables. On ne s’occupe que de ceux qui sont capables de s’asseoir derrière un bureau. Les autres, on les laisse tomber. Pas moi »,explique Jacques.

Et d’enchaîner : « Je ne suis pas comme ces trouillards de nantis, incapables de considérer ces jeunes comme des êtres humains. Ici, on leur donne une combinaison, une boîte à outils et un coup de pied au cul. Ils sont encadrés par des seniors qui connaissent parfaitement le métier et sont capables de travailler sur n’importe quel modèle de voiture. En sortant, ils ont repris confiance et sont armés pour chercher du travail  ».

4 200 personnes aidées

L’autre particularité de La Perche, c’est son implication aux côtés des plus démunis. En partenariat avec les organismes sociaux, le garage reçoit des personnes précaires dont le véhicule nécessite des réparations. 85% des personnes reçues sont des femmes, généralement en situation de monoparentalité, car « elles constituent un public à risque, non préparé à ce domaine ».

Depuis 20 ans, plus de 4 200 personnes ont été aidées par les salariés de La Perche qui assurent des réparations à tout petits prix, mais sans concurrencer qui que ce soit : « des gens pourraient se présenter sans être en situation de précarité, ça nous mettrait en porte à faux avec les autres garages ». Alors, la règle est de passer systématiquement par les assistantes sociales.

Le volet associatif de La Perche lui permet de glaner quelques subventions « de moins en moins élevées et qui arrivent de plus en plus tard, alors les fournisseurs doivent attendre. Je les paye au lance-pierres, mais ils sont toujours là », précise Jacques Canaan qui, en revanche, ne décolère pas face à l’indifférence des banques.

« Elles devraient nous soutenir, mais au contraire, elles nous mettent des bâtons dans les roues. Pourquoi ? Parce que le mot solidarité leur fait peur. Quand je vais voir un banquier et que je lui parle d’être humain et d’aider les gens, lui me parle d’algorithme, de courbes de fonctionnement. Mais qu’est ce qu’on s’en fout ! »

Alors, pour écrire le nouveau chapitre de la Perche – l’achat du bâtiment puis la création d’une SCIC – Jacques Canaan lance un appel pour « trouver un banquier qui aurait du cœur, si ça existe ».

Sabrine Guintini
Article tiré de la Marseillaise . le 20 août 2018

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