Marseille – Les mineurs isolés toujours ignorés

Migrants. Mis à l’abri mais en « mal d’accompagnement éducatif, psychologique et social », les mineurs étrangers isolés demandent à être entendus du conseil départemental 13. Malgré deux manifestations devant le Département, ils demeurent sans réponse.

Après un parcours souvent terrifiant, semé de dangers pour parvenir jusqu’ici, c’est la douche froide qui attend les mineurs étrangers isolés : « Tout ce qu’on demande c’est une prise en charge positive. C’est la loi non ? On doit trouver de quoi s’en sortir avec un travail  ». Mais par deux fois déjà, le Département a ignoré leur requête, préférant envoyer la police.

Vendredi 10 août, une bonne trentaine de mineurs isolés étrangers s’est rassemblée devant les grilles de l’hôtel du Département, à Marseille. Tous sont sous OPP (Obligation de placement provisoire) et sous la responsabilité du service de l’aide sociale à l’enfance. Ils ont été mis à l’abri dans des hôtels par l’Addap 13 (Association départementale de développement des actions de prévention des Bouches-du-Rhône), ou la Dimef (direction des Maisons de l’enfance et de la famille) à qui le Département délègue la prise en charge. Une obligation légale pour les mineurs en France qui peine à être respectée, faute de moyens mis en œuvre.

Ce mouvement spontané n’a pas eu d’effet. Des militants de la CGT alertés ont tenté de les assister auprès de l’institution : « On veut juste les conditions d’accueil pour pouvoir avancer », explique un mineur qui tient à conserver l’anonymat, par crainte « de sanction sur mon dossier », précise-t-il. Mis à l’abri depuis près d’un an, il ne sera scolarisé qu’à la rentrée prochaine : « On est logé à l’hôtel mais on manque de vêtements, d’occupation, de formation, ajoute-t-il, le matin on se lève sans savoir quoi faire ? Il n’y a rien à faire, ça rend fou. »

L’angoisse est d’autant plus grande qu’ils approchent de la majorité : « Et si on a rien à 18 ans pour justifier une volonté d’intégration, on risque d’être expulsé ».

« Comme du linge sale »

Ils ont réitéré leur demande le lundi suivant. Cette fois, ils étaient une cinquantaine de personnes à exiger une réponse des membres du collectif El Manba venus en soutien. Sans plus de succès. Une charge policière a repoussé les manifestants : « On voyait des gens dans l’hôtel du département qui nous filmaient, nous prenaient en photo et personne ne venait nous rencontrer », explique l’un d’eux. Ils ont commencé à escalader les grilles bleues. La police a chargé : « Ils nous ont matraqués. Ceux d’El Manba ont été tabassés », témoigne le mineur.

Ces jeunes trimballent des tonnes d’angoisses : « On voulait des nouvelles d’Adama, aussi, celui qui s’est laissé tombé du 4e étage de l’hôtel Sainte-Marie. Il était très isolé. On a personne pour parler ». Trois d’entre eux ont été autorisés lundi après-midi à visiter le petit malien de 15 ans, hospitalisé et sorti du coma : « Ils n’ont pas de soutien psychologique et en ont tous besoin », explique une jeune femme qui les accompagne bénévolement. Elle déplore : « L’Addap et la Dimef se sont partagés les jeunes comme des paquets de linge sale, au lieu de se répartir les tâches ». Interrogé par nos soins, le Département décline tout entretien.

Myriam Guillaume
Article tiré de la Marseillaise  le 21 août 2018

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