Comment la France insoumise a installé son «phi» dans le paysage

En moins de deux ans, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon, qui tient ses rencontres d’été à Marseille à partir de ce jeudi, a réussi à imposer son nouveau logo comme un signe de rassemblement. 

Une boucle rouge (ou bleue) sur fond bleu (ou rouge). Au printemps, on a vu massivement le sigle de la France insoumise, brandi dans les manifestations et affiché sur les murs qui jalonnaient les cortèges. En moins de deux ans, le visuel s’est installé dans le paysage politique visuel et sera encore en vedette aux «AMfis» d’été de la France insoumise, qui débutent jeudi et jusqu’à dimanche à Marseille. A tel point que le signe «phi», bien antérieur à la naissance de Jean-Luc Mélenchon, est désormais associé à son mouvement.

Qu’est-ce que signifie ce signe ?

Contrairement à certaines rumeurs, rien à voir avec un quelconque logo maçonnique. Le logo des insoumis, dévoilé par Jean-Luc Mélenchon en octobre 2016, correspond à la 21e lettre de l’alphabet grec. Il fait donc référence à la Grèce antique, «par affection pour ceux qui nous ont appris la démocratie», avait expliqué le fondateur du mouvement. Le signe «phi» désigne également la philosophie et le «nombre d’or»«Le plus grand est dans le même rapport au plus petit qu’au tout. Comme l’est chaque être humain par rapport à son voisin, et notamment le plus démuni au reste de l’univers», avait justifié Jean-Luc Mélenchon.

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Notre nouveau symbole est un « phi » grec, comme le de « France insoumise »

Comment est née l’idée ?

«Avant la première convention de la France insoumise en octobre 2016, on souhaitait avoir un emblème qui identifie le mouvement et fasse le lien entre la présidentielle et les législatives, pour que les candidats puissent avoir ce symbole identificateur, raconte à Libération Manuel Bompard, directeur des campagnes de la France insoumise. Plusieurs symboles ont été proposés, c’est Corbière qui a trouvé le « phi », sur la base des initiales (phi pour FI, ndlr). Puis il y a eu un travail autour du symbole, « phi » pour philosophie, pour le nombre d’or…  Et ensuite le travail d’élaboration graphique. On voulait quelque chose de plutôt rond, avec toujours cette image de l’harmonie, pas quelque chose de brutal».

Pourquoi ça marche ?

«Ça fonctionne bien alors que ce n’était pas gagné, juge Philippe Moreau-Chevrolet, président de l’agence de communication MCBG Conseil. Il n’y a pas de signification évidente, ça peut être interprété comme un signe religieux, ésotérique. C’est le genre de symbole qu’on retrouve sur les bouquins de coaching de vie spirituelle. Ce n’est pas un bon logo en soi.» Si ça marche, selon lui, c’est qu’il y avait besoin d’un signe de ralliement pour la contestation et la France insoumise étant devenue la principale force de gauche, c’est le «phi» qui a remporté la mise.

Les communicants du mouvement, il faut dire, ont aussi aidé en le faisant largement circuler. «Ils ont adopté une communication très moderne, décentralisée. Ils laissent les gens faire des choses de leur côté. On n’est plus sur une logique de parti mais de mouvement. Le passage du Parti de gauche à la France insoumise c’est ça : la compréhension qu’on a passé la phase des partis.» Et le «phi» répond justement à cette logique de mouvement, assez flou pour ne pas être trop partisan. «Le côté un peu incompréhensible, purement graphique ne donne pas aux gens l’impression de faire de la pub pour une organisation politique dont ils ne veulent plus entendre parler. Ça véhicule plus un symbole d’un mouvement rebelle.»

Manuel Bompard d’ailleurs, ne parle pas de «logo» mais «d’emblème», moins connoté politiquement, et reconnaît l’intérêt de cette part de flou : «Chacun y met un peu ce qu’il veut, certains voient un poing en l’air, d’autres le 6 de la 6e République à l’envers… C’est quelque chose de souple, qui identifie un état d’esprit dans la société.» Le terme d’insoumis, qui s’est lui aussi installé dans le lexique politique, est aussi «très vague», juge Philippe Moreau-Chevrolet. «On est tous l’insoumis de quelqu’un ou on a envie de l’être.» Du flou pour que le plus de monde possible s’y retrouve, quelque chose de culturel plus que politique – «les insoumis, c’est presque un nom de film, il y a une forme de pop culture qui a infusé la politique», selon Philippe Moreau-Chevrolet, «c’est ce que Jean-Luc Mélenchon a fait de mieux en termes de communication depuis longtemps».

Photo Boris Allin/Hans Lucas pour Libé
Charlotte Belaich
Article tiré de Libération . le 23 août 2018

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