L’Europe, le grand sujet de la rentrée de LFI et du PCF

Les élections européennes de mai ont été au centre des Universités d’été de la France insoumise (LFI) à Marseille et du PCF à Angers. Parmi les questions épineuses : le rassemblement à gauche face à Macron.

Rassembler, clarifier : le pari de LFI

Temps fort des AMFiS 2018 de la France Insoumise, le discours prononcé, samedi en fin d’après-midi, au Parc Chanot à Marseille, par Jean-Luc Mélenchon devant plus d’un millier de personnes. Plaçant l’écologie au coeur de son propos, celui-ci a déroulé pendant deux heures une critique féroce de la politique du gouvernement et de l’Europe telle qu’elle va, incapable, face aux lobbies, de prononcer une interdiction claire et nette du glyphosate ou tergiversant sur celle de la pêche électrique.

Macron et l’Union européenne, les deux sont liés : le premier est qualifié de « petit copiste de la Commission européenne et de Madame Merkel », et les réformes du code du travail, de la SNCF ou celle à venir des retraites sont toutes des demandes de la Commission. Jean-Luc Mélenchon entend donc faire des européennes de 2019 « un référendum anti-Macron » et promet d’infliger au président « une raclée démocratique ».

Pour gagner son pari, la FI a besoin de fédérer les opposants (d’où le rapprochement avec Emmanuel Maurel, leader de l’aile gauche du PS) et de gagner des électeurs parmi ceux des écologistes ou les socialistes. S’il a lancé quelques piques aux partis, comme Génération-s de Benoît Hamon ou Europe-Ecologie-Les Verts (EELV) qui prétendent « changer les choses en Europe à traité constant », Jean-Luc Mélenchon a gommé de son discours toute référence à une éventuelle sortie de l’UE en cas de prise du pouvoir en 2022 : pour en finir avec les dogmes libéraux, le plan A serait la renégociation des traités, le plan B, « on le fait quand même ! »

Pour garder ses propres électeurs et militants, la FI a besoin aussi de clarifier : que signifient vraiment des termes comme « fédérer le peuple », « souveraineté populaire », « révolution citoyenne » ? Ce sera la tâche du « Forum », lancé aux AMFiS, lieu de discussions et de débats qui réunira intellectuels, acteurs politiques, sociaux et associatifs.

Il fallait surtout remettre les pendules à l’heure après les propos de Sahra Wagenknecht, co-présidente du groupe parlementaire Die Linke (la gauche radicale allemande proche de FI) appelant à durcir la politique migratoire en Allemagne. S’il a salué l’Aquarius, le bateau de SOS Méditerranée, fustigé l’attitude du gouvernement italien et les fantasmes des uns et des autres à propos d’un quelconque envahissement, Jean-Luc Mélenchon a néanmoins estimé que « les vagues migratoires peuvent poser des problèmes quand certains s’en servent pour faire baisser les salaires et les acquis sociaux ». Sans dire clairement comment FI entend régler ces « problèmes ».

Ses électeurs de gauche se rassureront avec cette déclaration : « Nous sommes internationalistes depuis toujours », concrétisée pour les européennes de 2019 par la liste « Maintenant le peuple », réunissant outre la FI, Podemos (Espagne), Le Bloc de Gauche (Portugal), Alliance Rouge et Verte (Danemark), Alliance de gauhe (Finlande) et peut-être le Sinn Fein (Irlande) et le parti socialiste hollandais avec qui les discussions sont en cours.

Angers : Ian Brossat charge l’Europe de la finance

Désigné chef de file des communistes pour les élections européennes en juin, Ian Brossat a tenu meeting samedi à Angers, où avait lieu l’université d’été du PCF ce week-end. Une prise de parole devant l’hôpital de la ville, à l’issue d’une « grande marche pour les services publics ». De quoi donner une idée de la tonalité que souhaite donner le jeune candidat communiste à sa campagne. « J’entends que la rentrée des partis politique se fait sous le signe de la morosité, et bien non, au PCF, elle se fait sous le signe de la solidarité », lance-t-il, saluant l’engagement des communistes pour la défense et le développement des services publics, mais aussi pour un accueil digne des migrants ou encore pour le pouvoir d’achat avec l’organisation cet été de ventes solidaires de fruits et légumes.

Ian Brossat fustige ensuite l’austérité et les libéraux qui l’imposent partout en Europe : « Si l’argent donné aux banques l’avait été pour les infrastructures, le pont de Gênes ne se serait pas effondré. […] Ces gens ont du sang sur les mains ! » Pour lui, les tenants du libéralisme ont façonné l’Union européenne pour en faire « une machine à régression sociale » et ce sont eux qui sont responsables de la montée « des nationalistes, de l’extrême droite » dans tout le continent. « Ils avaient promis de faire diminuer le nombre de pauvres de 20 millions en Europe, non seulement ce n’est pas le cas mais en réalité, il y en a 10 millions de plus sur la période 2010-2016 selon Eurostat », dénonce-t-il.

Appelant à rompre avec une Europe « machine à imposer l’austérité à coups de lattes », le communiste défend une Europe de « l’Humain d’abord ». « L’Union européenne est une passoire fiscale, l’évasion fiscale c’est 1 000 milliards d’euros qui partent en fumée chaque année. Allons-nous continuer à croire ceux qui nous disent qu’il n’y a plus ou pas d’argent ? », interpelle Ian Brossat.

Très remonté contre les annonces anti-sociales d’Edouard Philippe, le chef de file des communistes estime qu’il y a urgence à contrecarrer le gouvernement : « à croire que ces gens se réveillent le matin en se demandant comment pourrir la vie des Français », lâche-t-il.

Avant lui, samedi matin, Pierre Laurent a souligné la constance des communistes dans le combat contre l’Europe libérale et les dérives nationalistes : « Dans aucune bataille depuis l’acte unique de 1986, nous n’avons failli ».

Favorable à l’émergence d’une « nouvelle union de nations et de peuples souverains et associés », Pierre Laurent a reconnu les difficultés de rassemblement à gauche et plaidé pour « une liste qui soit celle de toutes les mobilisations ». Reste à connaître son périmètre.

À cet égard, la tournure de la rentrée sociale devrait être déterminante.

D.S à Marseille et Léo Purguette à Angers
Article tiré de la Marseillaise  le 28 août 2018

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s