Emmanuel Macron réhabilite la politique de Nicolas Sarkozy

TRIBUNE. Pour Vincent Brengarth, avocat au barreau de Paris, l’exercice extrêmement présidentialiste du Président actuel a indéniablement participé à réhabiliter l’ancien, puisqu’il ajoute un cran à la droitisation et en emprunte la rhétorique.

Le quinquennat d’Emmanuel Macron emporte déjà son lot de désillusionnés, tant la promesse d’un renouveau s’est rapidement évanouie. À son corps défendant, l’on sait que le fait politique s’assortit souvent d’une déception qui en constitue le corolaire, aussi parce que l’exigence démocratique se durcit. Là où se singularise cependant le système macronien, c’est qu’il a désarticulé la vie politique, en mettant à mal la logique de partis. L’affaiblissement de l’échiquier politique traditionnel n’a toutefois pas donné lieu, comme d’aucuns pouvaient encore l’espérer, au triomphe d’idées nouvelles mais à un recyclage d’idées de droite au nom de l’apolitisme.

Le « mérite » d’Emmanuel Macron est ainsi de mettre en évidence un mode de gouvernance technocratique, semblable à celui d’une direction générale, qui obéit à des mouvements mondiaux, sans plus feindre la possibilité de l’autodétermination, notamment sur les aspects environnementaux.

C’est finalement confronté à l’exercice du pouvoir que le gouvernement aura révélé sa vraie nature, définitivement confirmée par l’annonce des prochaines orientations budgétaires. Les pensions de retraite, les APL et les allocations familiales subissent les conséquences d’une politique qui impose l’austérité comme un modèle économique et social. Prise comme une fin et non plus simplement comme un moyen, elle donne l’illusion d’une idée qui se confond avec l’action. Les annonces faites par le gouvernement à la rentrée marquent également le retour d’une désocialisation des heures supplémentaires, qui n’est évidemment pas sans rappeler la mesure de Nicolas Sarkozy, au début de son quinquennat, dans une version toutefois plus aseptisée.

Pratique antisociale

Ces mesures économiques accompagnent ce qui est à l’œuvre depuis déjà plusieurs mois, notamment à l’égard des migrants et du droit d’asile, comme autant de touches apportées au tableau d’une politique en manque de vision sociale et, à certains égards, profondément déshumanisante. La démission de Nicolas Hulot, presque concomitante aux orientations économiques, est également la signature d’un gouvernement obnubilé par la seule réduction des coûts et qui associe la société civile à des lobbys.

La politique du chef de l’État, ajoutée au morcellement de la droite, normalise également le comportement d’autres figures politiques, qu’on pouvait croire évincées de la vie publique et appartenant au passé. L’exercice extrêmement présidentialiste d’Emmanuel Macron a indéniablement participé à réhabiliter Nicolas Sarkozy, puisqu’il ajoute un cran à la droitisation et qu’il en emprunte également la rhétorique. C’est aussi dans la pratique que la ressemblance frappe, notamment dans une aspiration commune et manifeste à occuper la sphère publique.

Les deux hommes partagent également la même vision quant à la rémunération de l’activité, contre l’augmentation des prestations sociales et concernant le statut des fonctionnaires. Des deux presque jumeaux, Nicolas Sarkozy avait au moins le mérite de la franchise, en particulier dans son attrait pour plus les fortunés.

En mars 2018 et lors d’une réunion du groupe de travail sur la réforme des institutions, c’est Nicolas Sarkozy qui appelait, comble de l’ironie, à l’équilibre et venait au secours de la démocratie « une démocratie forte est une démocratie équilibrée, où l’opposition a des droits. Une majorité forte doit s’accommoder d’une opposition puissante ». C’est dire le chemin parcouru par Emmanuel Macron pour être rappelé à l’ordre par un inspirateur de l’hyper-présence.

Plus encore que d’autres, le mandat de Macron est expérimental, parce qu’il a proposé la fin des clivages, dans un panorama politique où le parti socialiste se recompose et se cherche, à l’instar des Républicains. Le relai parlementaire dont l’exécutif bénéficie lui offre une marge de manœuvre inédite, sans possibilité d’exciper d’une entrave institutionnelle à son action. Mais quelle utilisation a été faite de cette liberté ? Le visage d’une politique qui avance sans le masque d’un parti politique établi, que le présent régime incarne, enfante une politique qui déplace le curseur de l’échiquier politique à droite, contraignant à une radicalisation plus forte encore de la politique.

Il n’est pas exclu que d’aucuns se faufilent dans cette configuration nouvelle, conscients de ce que la pratique antisociale actuelle permet de relativiser leur propre bilan pour, presque, en faire des hommes de gauche.

Vincent Brengarth
Article tiré de Politis  le 29 août 2018


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