La droite leur va si bien

Il apparaît désormais nettement que ce sont les 7 à 10 milliards de cadeaux fiscaux faits aux riches depuis un an que la majorité des citoyens est désormais sommée de financer.

Il faut savoir quitter la scène quand on ne sait pas jouer plus longtemps la comédie. » C’est par ces mots qu’Arnaud Montebourg quittait le ministère de l’Économie et des Finances en 2014 et accueillait son successeur… Emmanuel Macron. Nicolas Hulot vient de leur redonner du sens, avec une sincérité manifeste qu’il convient de saluer, tant elle est devenue rare. Le bilan qu’il tire de ces quatorze derniers mois est implacable : la transition écologique – pourtant une question de survie – est entravée par le libéralisme économique, l’austérité budgétaire et le verrouillage de l’exécutif. Face au défi anthropocène, il est des grandes décisions, radicales et coûteuses et qui touchent au cœur même de notre mode de production et de consommation, qui méritent d’être débattues et prises. Naïf en cédant au charme macroniste il y a un an, Nicolas Hulot constate avec lucidité que les petits pas sont comme des reculs quand le tapis roulant va en sens inverse.

Nous verrons les conséquences politiques pour la majorité de cette crise au sommet. Ce qui semble certain, c’est que l’espace de l’écologie politique retrouve paradoxalement une bouffée d’oxygène et que toute la gauche s’en retrouvera également impactée. Rendez-vous aux européennes.

Il en est d’autres, à droite – Laurent Wauquiez en tête –, dont on peut comprendre le malaise à l’égard de la doctrine (anti)sociale et de la politique économique du gouvernement. Et pour cause : ils conduiraient la même. Tous les ingrédients y sont : politique de l’offre au détriment des salariés (le CICE du précédent quinquennat est d’ailleurs maintenu), mésestime des fonctionnaires, mépris des pauvres, fiscalité favorable aux grandes fortunes. D’ailleurs, les premiers fonctionnaires visés par la purge annoncée sont les agents de l’administration fiscale, ceux-là mêmes qui ont pour mission, notamment, de lutter contre la fraude et l’évasion fiscales (estimées entre 60 et 80 milliards d’euros par an).

Chacun a compris qu’en « augmentant peu » les pensions de retraite, le gouvernement a en réalité choisi de faire perdre beaucoup aux retraités. La mathématique est simple : en ne les revalorisant que de 0,3 % quand l’inflation est de 2,3 %, la perte est de 2 %, à laquelle il faut ajouter la hausse de la CSG. Il apparaît désormais nettement que ce sont les 7 à 10 milliards de cadeaux fiscaux faits aux riches depuis un an que la majorité des citoyens est désormais sommée de financer. La baisse des prévisions de croissance invoquée par le gouvernement n’est dans cette affaire qu’un prétexte, d’autant qu’il y a quelques causes à chercher d’abord dans ses choix économiques et fiscaux pour expliquer ce ralentissement général et cette baisse des ressources fiscales. Au demeurant, il y a quelque chose de scandaleux à faire des retraites une variable d’ajustement comptable, alors que cet argent n’appartient pas au gouvernement mais aux anciens actifs ; c’est même une partie substantielle de leur salaire, ce que les fondateurs de la Sécurité sociale avaient appelé le salaire différé. En affirmant, comme d’autres avant, vouloir « revaloriser le travail », le gouvernement fait exactement le contraire en dévalorisant la valeur de ce qui avait été pourtant dûment gagné par les salariés. On n’est pas loin du vol.

Toujours dans les pas de Nicolas Sarkozy, Emmanuel Macron renoue également avec l’adage « travailler plus pour gagner [à peine] plus », en exonérant de cotisations sociales les heures supplémentaires, ce qui va surtout inciter les entreprises aux carnets de commandes bien remplis de tourner le dos à l’embauche, pour préférer l’augmentation des heures travaillées… à effectifs constants. Une augmentation de la charge de travail et des conséquences en matière de bien-être, pour un gain estimé à environ… 83 euros par an par ménage.

Plus soucieux de faire des économies que de relever les défis nouveaux de la santé au travail, Édouard Philippe a osé le pire des cynismes à propos des arrêts-maladies. Constatant l’augmentation de 11 à 12 le nombre de journées indemnisées, il a renoncé à en faire payer directement une partie par les employeurs et a déclaré, toute honte bue : « C’est comme si on avait instauré un jour de congé supplémentaire. » Il faudra désormais s’excuser d’être malade. Le Medef apprécie déjà.

On a au moins enfin compris ce qu’« en même temps » voulait dire : c’est beaucoup pour les riches et, en même temps, très peu pour les autres.

Lâche avec les migrants, dure avec les salariés, crispée sur une politique sécuritaire, cette droite-là s’assume désormais, et la gauche doit d’autant plus s’en inquiéter que sur le plan des idées, en France comme ailleurs, les idées inégalitaires et discriminatoires, voire xénophobes, progressent, en même temps que la parole raciste se libère. Quant au péril écologique, qui ne tombe pas plus du ciel que les injustices sociales, il est plus grand que jamais.

Certes, il y aura des élections européennes et des stratégies distinctes. Mais il faut bien que les gauches organisent leurs divergences, exposent leurs convergences, bref qu’elles cherchent à reprendre le fil d’une union féconde. Car il ne s’agit pas seulement pour la gauche de sauter sur la moindre faiblesse de l’exécutif pour se refaire la cerise, comme on dit des convalescents, mais bien de préparer l’avenir à un autre modèle, un autre en même temps : décroissant et partageux. C’est précisément ce qu’ont dit cet été les militants d’Attac et d’Alternatiba.

Photo : AFP – Fred Tanneau
Pouria Amirshahi
Article tiré de Politis  le 29 août 2018

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