Prélèvement à la source – L’exécutif tergiverse

Face à la presse à Helsinki, le chef de l’État a confirmé qu’il n’était pas sûr à 100% d’une mise en place de la réforme au 1er janvier. Mettant de fait en difficulté son ministre Gérald Darmanin.

Ce n’est plus un petit flottement, mais un gros doute. A quatre mois du coup d’envoi du prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu, Emmanuel Macron, depuis Helsinki, a confirmé qu’il n’excluait pas de renoncer à la mise en œuvre de ce big-bang fiscal prévu au 1er janvier 2019, un héritage du précédent quinquennat dont la mise en œuvre avait déjà été repoussée d’un an.

«J’ai plutôt l’intention de conduire cette réforme à son terme mais j’ai demandé aux ministres compétents de répondre à toutes les questions qui se posent encore, avant de donner une directive finale, a déclaré le président de la République depuis la Finlande, où il achève ce jeudi une visite de trois jours en Europe du Nord. J’ai besoin d’une série de réponses très précises et d’être sûr de ce que nos concitoyens vivront le jour où on la mettra en place si on la met en place. Il est normal que nous nous assurions que les détails soient bien clairs.»

Ces réserves suivent de peu celles du Premier ministre : «Nous ferons le point sur la préparation de cette réforme dans les prochaines semaines», avait indiqué dimanche Edouard Philippe dans le JDD, sans s’engager sur sa mise en œuvre. Mardi, devant les patrons réunis à l’université d’été du Medef à Jouy-en-Josas (Yvelines), le chef du gouvernement n’a, curieusement, pas eu un mot sur le sujet dans son discours.

Darmanin en difficulté

La situation sonne comme un désaveu pour le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin, qui s’est, lui, démené tout l’été pour défendre le prélèvement à la source. Récemment adressé aux contribuables, un courrier de sa part détaille les bienfaits de cette «simplification», et une grande campagne de communication, avec des spots à la télévision, a débuté en cette fin d’été.

En déplacement ce jeudi à Pau, Darmanin n’a pas affiché de doutes : «Aujourd’hui, je suis certain que les choses fonctionneront très bien et j’aurais l’occasion de le dire au président de la République et au Premier ministre», a-t-il déclaré aux médias. Le ministre a visité un centre d’appels de la direction générale des finances publiques, dont les agents doivent notamment répondre des questions sur… le prélèvement à la source. Gérald Darmanin a pris soin de rappeler qu’il avait «échangé»avec Emmanuel Macron mercredi et ce jeudi matin, avec Edouard Philippe sur le sujet… Comme pour bien souligner le fait que le couple exécutif est tenu au courant des avancées de la réforme, et qu’il ne compte pas être tenu pour responsable d’un éventuel abandon.

Quelque peu frondeuse, la Direction générale des Finances publiques (DGFIP) s’est dite, dans un tweet assorti du hashtag «GauloisPasRéfractaire» et supprimé quelques minutes après, «confiante sur le fait que toutes les réponses à toutes [l]es questions [du président de la République] seront apportées et que le calendrier sera tenu».

 

L’Elysée veut une «absolue certitude»

Joint par Libération, l’Elysée ne détaille pas les demandes «précises»adressées par le chef de l’Etat à l’administration fiscale : «Il s’agit d’avoir l’absolue certitude que tout se fasse dans les meilleures conditions possibles, explique-t-on simplement dans son équipe. Un peu comme on a cherché, autrefois, à éviter le « bug de l’an 2000 », qui n’a finalement pas eu lieu. Pas question d’y aller la fleur au fusil». La présidence assure toutefois n’entretenir «aucune anticipation négative» au sujet de la réforme. Et même que la question de son report ne se pose pas «aujourd’hui». Des explications qui ne facilitent pas la tâche du ministre des Comptes publics.

Car aux questions techniques s’ajoutent des préoccupations très politiques. Depuis plusieurs mois, certains membres de la majorité redoutent l’effet psychologique du prélèvement à la source sur les contribuables. Leur salaire net diminué donnerait le sentiment d’une perte de pouvoir d’achat, annulant dans les esprits le bénéfice de la suppression des cotisations salariales chômage et maladie, prévue pour le 1er octobre. Avec un double risque : économique, en cas de contrecoup sur une consommation déjà en berne ; et politique, à quelques mois des européennes et alors que l’opposition attaque déjà l’exécutif sur la désindexation annoncée de certaines prestations, dont les retraites et les allocations familiales.

Ce nouveau pataquès de rentrée risque de coûter cher à l’exécutif. En laissant publiquement le doute s’installer jusqu’à laisser penser qu’il prépare le terrain à un report ou un abandon, il se paie de nouveau une très mauvaise séquence : Macron et Philippe donnent le sentiment de ne pas contrôler Bercy. On imagine pourtant mal la DGFIP se lancer dans une telle réforme sans le feu vert de l’Elysée et de Matignon pour passer à une phase «communication» grand public qui coûte de l’argent et passe généralement par le service d’information du gouvernement sous l’autorité de… Matignon. En tout cas, pas de quoi mettre Gérald Darmanin dans de bonnes dispositions à quelques jours de la présentation du projet de loi de finances pour 2019 et de sa discussion à l’Assemblée nationale.

Photo : AFP – Thierry Zoccolan
Lilian Alemagna et 
Dominique Albertini
Article tiré de Libération le 30 août 2018

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :