«La politique sur les contrats aidés illustre le manque de soutien à l’économie sociale et solidaire»

Le président de l’ESS, Hugues Vidor, alerte sur le double manque de reconnaissance et de soutien à l’égard des associations, mutuelles et coopératives qu’il représente.

Dans son programme, Emmanuel Macron voulait «libérer l’énergie» des entreprises de l’économie sociale et solidaire (ESS) «trop souvent dans l’angle mort des politiques économiques et sociales». Il promettait aux acteurs du secteur de «prendre en compte leurs spécificités». Mais au lendemain d’une rencontre avec le Premier ministre, l’union des employeurs de l’économie sociale et solidaire (Udes), dresse un bilan morose de la première année du quinquennat. Et se dit «préoccupée par le sort réservé à l’économie sociale et solidaire». Le président de l’Udes, Hugues Vidor, alerte sur le manque de reconnaissance et de soutien à l’égard des associations, mutuelles et coopératives qu’il représente.

Hugues Vidor. DR

Vous êtes sorti amer de votre rencontre, mardi à Matignon. Vous pointez le manque de soutien à l’ESS de la part de l’exécutif. Mais des choses n’ont-elles pas été faites ? Début 2018, a été lancé un label des «acteurs de l’innovation sociale», French impact, avec à la clé une enveloppe d’un milliard d’euros…

French impact est un acte fort, mais nous avons quelques inquiétudes, car on ne sait pas comment le fonds d’amorçage destiné à financer les nouvelles initiatives d’économie sociale et solidaire sera financé. On parle d’un milliard d’euros, certes, mais cette annonce n’est pas étayée. Dans l’ensemble, depuis quinze mois, on n’a pas eu de gages positifs et concrets du gouvernement. On nous a aussi promis un «pacte de croissance de l’ESS» avec des mesures pour financer et aider le développement du secteur. Mais il ne cesse d’être reporté.

A l’inverse, d’autres mesures ont, dites-vous, pénalisé le secteur, comme la refonte des contrats aidés…

La politique sur les contrats aidés illustre aussi le manque de soutien à l’ESS. De nouvelles baisses ont été annoncées, la ministre du Travail jugeant que le dispositif n’était pas efficace. Pourtant, on ne peut pas dire qu’il ne marchait pas : lorsqu’il était couplé à une formation, 50% des personnes en emploi aidé trouvaient un emploi à la fin de leur contrat. Sans ces contrats aidés, et alors que les parcours emploi compétences (PEC) qui leur ont succédé, peinent à se mettre en place, cela va être compliqué pour certains employeurs. D’autant que la baisse générale des charges qu’on nous a promise n’interviendra qu’en octobre 2019. C’est un mécanisme de double peine !

Au point que certaines structures risquent de mettre la clé sous la porte ?

Dans certains domaines, cela peut être le cas, par exemple dans celui de l’aide à domicile ou des établissements d’accueil. Ou encore dans l’insertion et l’animation, deux secteurs qui se sont beaucoup appuyés sur les emplois aidés.

Depuis septembre 2017, l’ESS a tout de même aussi son Haut Commissaire à l’économie sociale…

Oui, mais auparavant, nous avions un secrétaire d’Etat, et même un ministre délégué avec Benoît Hamon, en 2012. Il y a une volonté politique incarnée par Christophe Itier, le Haut Commissaire à l’économie sociale et solidaire et à l’innovation sociale. Mais ce dont nous avons besoin c’est d’un rattachement fort à un ministère, et ce doit être à celui de l’Economie et non à celui de la Transition écologique. Aujourd’hui, le budget ESS est intégré au programme «météorologie» du projet de loi de finances, c’est dire… Si la dimension sociale et écologique est bien dans notre ADN, nous sommes d’abord des entreprises.

Il ne s’agit donc pas que d’un problème de financement ?

Notre déception est aussi liée à un manque de reconnaissance. Notre organisation multiprofessionnelle rassemble 40 000 entreprises et couvre l’ensemble de l’activité socio économique. Nous représentons et défendons les intérêts de 14% de l’emploi privé en France. Et pourtant, le gouvernement tient peu compte de nos avis et refuse de nous inscrire dans la dynamique du mouvement social de ce pays. Lors de la réforme de la formation professionnelle, nous avons certes été écoutés, mais nous sommes exclus de la gestion paritaire des dispositifs. C’est la même chose dans le champ de la protection sociale. Quand nous demandons d’intégrer les instances de dialogue social, on nous oppose toujours une fin de non-recevoir.

Etes-vous aussi sévère avec la loi Pacte sur les entreprises ?

Nous avions beaucoup d’espoir sur la loi Pacte. Mais sur 71 articles, un seul concerne l’ESS. Quelques points sont positifs, comme la création du statut des entreprises à mission [qui intègrent dans leur objet social, une référence à l’intérêt général, ndlr]. Nous souhaitons que cette loi aille plus loin. Le texte pourrait par exemple renforcer l’attractivité de l’épargne salariale solidaire.

N’y a-t-il pas un risque, dans la loi Pacte, que l’ESS se retrouve noyée dans un discours sur l’entreprise responsable ?

C’est une bonne chose qu’au travers de ce que propose la loi Pacte, les entreprises prennent mieux en compte le social et l’environnement, et les salariés. On peut voir cela comme une pollinisation des valeurs de l’ESS. Mais il ne faut pas non plus tout mélanger, car les acteurs de l’ESS vont beaucoup plus loin. Il faut faire attention à ce que cette confusion ne pénalise pas l’ESS.

Amandine Cailhol
Article tiré de Libération  le 6 septembre 2018

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