À la Marche pour le climat, des citoyens mobilisés par l’effet Hulot

50 000 personnes ont participé à la Marche pour le climat à Paris, 115 000 dans toute la France. Des participants en partie mobilisés par le « coup de gueule » de Nicolas Hulot.

Au beau milieu de la place de l’Hôtel de Ville de Paris, une femme distribue des gants aux jeunes qu’elle croise. « Je leur demande de ramasser les mégots », explique Martine. Pourtant, il y a de l’agitation le long de la rue Rivoli : nous sommes ce samedi 8 septembre à la Marche pour le Climat. Des milliers de personnes attendent devant l’institution municipale parisienne pour défiler jusqu’à place de la République. Pour la septuagénaire, c’est « clairement » Nicolas Hulot qui l’a motivée à venir aujourd’hui. « C’est ma première marche tout court. J’ai fait deux manifestations dans ma vie : celle après les attentats à Charlie Hebdo et celle-ci pour le climat. Ce sont des convictions qui dépassent tout clivage politique. »

Cette Parisienne est venue seule, pour proposer « une action concrète au lieu de seulement parler et marcher. Faire quelque chose. Je crois que c’est le sens profond que Nicolas Hulot a donné à son coup de gueule. » Son but dans son action est aussi de « toucher un maximum de jeunes ». Aisé de les trouver. S’il fallait faire un sondage sur la part que représente chaque catégorie d’âge au sein de la foule, les 18-30 ans gagneraient haut la main. Beaucoup de mineurs accompagnent leurs parents également.

Solidarité générationnelle

« On vient de loin. De Bourges. On voulait marquer le coup, surtout après la nomination de de Rugy »,raconte Nolwenn. Son fils Jérémy, pré-adolescent, l’accompagne. « Quand le petit a su que je venais, il a demandé s’il pouvait venir avec moi. Il a fait son affiche, et nous voilà. » Pour Jérémy, s’il est là, « c’est surtout pour défendre ma génération et celle d’après, parce que c’est nous qui allons le plus vivre le réchauffement climatique et la montée des eaux. Il faut faire un message d’alerte. Alerter les politiciens, pour réduire la température. »

Pour Nathalie, venue avec sa fille, ça concerne « toutes les générations ». Leurs pancartes ont été réalisées par une artiste autochtone de la réserve indienne de Standing Rock, aux États-Unis, et interpellent sur la gestion de l’eau. « Les nappes phréatiques en France sont polluées par les pesticides. Les industriels rejettent ouvertement toutes les saloperies chimiques dans les cours d’eau, petits, moyens ou grands, sans que personne ne dise jamais rien. C’est plus possible, l’eau, on l’ingère tous les jours, c’est la vie. » Malgré l’enjeu, Nathalie ne veut pas verser dans l’utopie politique : « On ne peut plus attendre des gouvernements qu’ils agissent pour nous. Aujourd’hui, chaque citoyen doit agir à son niveau pour pouvoir faire bouger les choses. »

Discrète récupération politique

C’est justement sur la question de la politique que cette Marche, sans doute, diffère de la plupart des autres grandes manifestations. Certes, des pancartes de la France insoumise circulent, le chaton du Parti animaliste est présent, et on peut croiser dans le cortège Pierre Larrouturou, du parti Nouvelle Donne, ou Yannick Jadot, en tête d’un cortège EELV. Mais la masse citoyenne présente écrase les discours et revendications politiques. Quelques heures après la fin du rassemblement, Yannick Jadot concèdera d’ailleurs au micro de France info que « l’action politique » pour l’écologie « ne fait pas consensus » chez les citoyens.

Car les électeurs ont encore du mal à croire à l’écologie politique, craignant l’écologie d’apparence ? Mais peut-être aussi parce qu’ils n’ont pas besoin des politiciens pour s’unir. En témoigne l’organisation de la Marche. « Apparemment, c’est un particulier qui a lancé ça », s’enthousiasme Sylvain, venu malgré ses béquilles, au tout début de l’événement. Aidé dans l’organisation par une myriade d’associations et ONG tels que 350 France, Greenpeace ou les Amis de la Terre, Maxime Lelong, simple citoyen créateur de l’événement sur Facebook, viendra remercier la foule une fois celle-ci arrivée à République.© Politis

« C’est à vous de lancer l’alerte »

Reprenant le discours de démission de Nicolas Hulot, il rappelle : « La protection de l’environnement doit être le prisme à travers lequel on regarde pour toutes les décisions politiques qui doivent être prises.» Mais les décisions politiques peuvent être influencées par le peuple : « Créer un événement Facebook, n’importe qui aurait pu le faire, ce qui est important et ce dont il faut prendre conscience, c’est que si jamais un jour vous êtes confrontés à un décideur qui ne prend pas en compte le climat et l’environnement, c’est à vous de lancer l’alerte. »

Selon la préfecture de police de Paris, 18.500 personnes se sont déplacées pour participer au rassemblement dans la capitale. Les organisateurs annoncent de leur côté 50.000 citoyens sur le chemin entre l’Hôtel de Ville et République, et 115.000 participants dans toute la France.

A Marseille, Jean-Luc Mélenchon a défilé au côté de 2.500 personnes, et déclaré : « Nous autres les Méditerranéens, on est au cœur d’un drame écologique qui est la plastification de la mer Méditerranée. On dit qu’au rythme où on va, en 2050 il y aura plus de plastiques que de poissons dans la mer. » Les participants étaient aussi 10.000 à Lyon et plus de 3.000 à Rennes.

Ce n’est pas la première fois qu’une Marche pour le Climat était organisée en France. Celle du 29 novembre 2015, prévue à la veille de l’ouverture de la COP 21, avait été annulée en raison des attentats. Le dimanche 21 septembre 2014 en revanche, avait vraiment eu lieu une Marche avant un sommet extraordinaire de l’ONU sur le changement climatique : entre 5.000 et 25.000 manifestants, selon les chiffres donnés respectivement par la police et les organisateurs.

Par ailleurs, d’autres marches ont eu lieu partout dans le monde, dans le cadre de l’appel baptisé « Rise for climate » (« Debout pour le climat »), notamment à Bruxelles (Belgique), San Francisco (États-Unis), Manille (Philippines), Bangkok (Thaïlande) et Sydney (Australie).

Mathieu Pedro
Article tiré de Politis . le 9 septembre 2018

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