UE – Et à la fin, c’est l’Allemagne qui gagne les présidences

A la tête des institutions comme des partis politiques représentés au Parlement européen, Berlin accapare la majorité des strapontins. Ce qui pourrait poser, à terme, des problèmes avec le reste des peuples du Vieux Continent.

L’Allemand Manfred Weber, 46 ans, espère succéder au Luxembourgeois Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission européenne. Le patron du groupe PPE (parti populaire européen, conservateur) au Parlement européen et vice-président de la CSU bavaroise, l’aile droitière de la CDU, a annoncé mercredi qu’il était candidat à la candidature pour devenir tête de liste (Spitzenkandidat, en allemand) de son parti aux élections européennes de mai 2019. S’il l’emporte, lors du congrès du PPE qui aura lieu à Helsinki les 7 et 8 novembre il aura alors toutes ses chances, le Parlement européen ayant imposé en 2014 que la tête de la liste arrivée en tête aux élections soit automatiquement désignée président de l’exécutif européen.

La candidature à la candidature de Manfred Weber, adoubée par la chancelière, Angela Merkel, tout comme les visées germaniques sur la Banque centrale européenne, est symptomatique de l’Europe allemande qui se met impitoyablement en place depuis la crise de la zone euro en 2010. Déjà, le social-chrétien Jean-Claude Juncker, sans être l’homme choisi par Berlin, est extrêmement proche des intérêts allemands, comme il l’était déjà lorsqu’il était ministre des Finances puis Premier ministre du Grand-Duché. L’homme qui l’a propulsé à la tête de la Commission et dont il a fait le haut fonctionnaire le plus puissant de l’Union en le nommant secrétaire général de la Commission, Martin Selmayr, est lui-même Allemand. D’ailleurs, il est frappant de constater que trois institutions sur quatre ont des secrétaires généraux allemands : outre la Commission, le Parlement européen (Klaus Welle) et le Service européen d’action extérieure (Helga Schmid). Cela aurait pu être quatre sur quatre si l’Allemand Uwe Corsepius n’avait pas préféré quitter son poste au Conseil des ministres pour retourner à la chancellerie allemande en 2015 après quatre ans passés à Bruxelles… Mieux, le secrétaire général adjoint du Parlement est lui aussi allemand, une institution qui a été dirigée pendant cinq ans par un Allemand (Martin Schulz, 2012-2017). Sur huit groupes politiques, quatre, dont les deux plus importants (PPE et PSE), sont présidés par des Allemands. Pour compléter ce tableau, il ne faut pas oublier que les présidents de la Banque européenne d’investissement (Werner Hoyer), du mécanisme européen de stabilité (Klaus Regling) et du Conseil de résolution unique des crises bancaires (Elke König) sont allemands tout comme le commissaire européen chargé du budget, le nerf de la guerre, Günther Oettinger.

«Il ne s’agit pas d’une volonté délibérée, mais simplement les Allemands considèrent qu’ils sont les meilleurs Européens et donc qu’ils doivent faire le job pour pallier l’absence des autres capitales», explique Daniel Cohn-Bendit, ancien député européen (Grünen). Et il est vrai qu’en dehors de la présidence de la BCE, que vise le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, les candidats allemands ne rencontrent aucune opposition sérieuse et organisée. «En 1953, Thomas Mann tint à Hambourg un discours devant un parterre d’étudiants qu’il implorait d’aspirer non pas à une “Europe allemande”, mais à une «Allemagne européenne», résume l’historien anglais Timothy Garton Ash. Nous avons cependant aujourd’hui affaire à une variante […] : une Allemagne européenne dans une Europe allemande.» Question : les peuples européens sont-ils prêts à accepter d’être ainsi dirigés par l’Allemagne ?

Photo : AFP – Ben Stansall
Jean Quatremer 
Article tiré de Libération  le 9 septembre 2018

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