«56 ans trop tard» – Les associations de harkis demandent plus que la Légion d’honneur

Emmanuel Macron a décerné la Légion d’honneur à une vingtaine de harkis ce vendredi 21 septembre. Ce geste intervient à quelques jours de la Journée nationale d’hommage à ces anciens supplétifs de l’armée française pendant la guerre d’Algérie, le 25 septembre. Le gouvernement devrait présenter des mesures et pourrait suivre les propositions du groupe de travail, lancé à l’initiative du chef de l’État, comme la création d’un fonds doté de 40 millions d’euros. Insuffisant pour les associations, qui suivront de près les annonces faites. Elles envisagent déjà de porter plainte contre la France pour crimes contre l’humanité.

56 ans après la fin de la guerre d’Algérie, le Parlement va-t-il reconnaître le sort des harkis, ces supplétifs musulmans de l’armée française durant la guerre d’Algérie (1954-1962) ? « Je ne sais pas si j’ai encore espoir. Il faudrait un miracle maintenant », confie Boaza Gasmi, président du Comité national de liaison des harkis (CNLH), regroupant 150 associations. Il juge insuffisant le geste d’Emmanuel Macron, qui a décerné ce vendredi 21 septembre la Légion d’honneur à une vingtaine de harkis : « Notre communauté est vieillissante. Cela arrive 56 ans trop tard », critique-t-il.

Le gouvernement doit surtout annoncer des mesures ce mardi 25 septembre, à l’occasion de la journée nationale d’hommage aux harkis. S’il suit les recommandations émises l’été dernier par le groupe de travail, lancé à l’initiative du chef de l’État, il pourrait annoncer la création d’un « fonds de réparation et de solidarité » de 40 millions d’euros. Insuffisant pour les associations.

«Les politiques poussent à la radicalité»

« Ces 40 millions d’euros sont une insulte, un manque de respect », s’insurge Boaza Gasmi. Le Comité national de liaison des harkis avait demandé de son côté 40 milliards d’euros. « On a évalué le préjudice avec intelligence, dans un document de 52 pages : les discriminations, les biens laissés en Algérie, la souffrance. Nos parents, citoyens français, soldats, ont renié leurs racines, et ont été enfermés dans des camps de la honte », souligne le président du comité.

Outre ces considérations financières, les associations demandent une loi pour graver dans le marbre la responsabilité de la France dans « l’abandon » des harkis, des dizaines de milliers d’entre eux ayant été assassinés en Algérie. Le débat mémoriel sur la guerre d’Algérie a été relancé par le président lui-même, le 13 septembre dernier, lorsqu’il a reconnu l’implication de la France dans la mort sous la torture de Maurice Audin, suspecté d’avoir aidé les indépendantistes du FLN. « Emmanuel Macron est pris à son propre piège. Il doit reconnaître la vérité dans les deux côtés », déclare Boaza Gasmi.

Il met en garde : « La communauté des harkis est trop gentille. Aujourd’hui, c’est comme s’il fallait casser, brûler des voitures pour être entendu. Les politiques poussent certains enfants et petits-enfants de harkis à la radicalité. Jusqu’à voter pour l’extrême droite car ils n’ont plus rien à perdre. »

La menace d’une plainte pour crimes contre l’humanité

Si le Comité national de liaison des harkis a soutenu Emmanuel Macron à la présidentielle de 2017, il prévient que ce dernier « se mettra la communauté à dos si les mesures sont insuffisantes. » : « On va voir ce qui est annoncé mardi, même si je n’attends rien. Et on va immédiatement décider », annonce le président du comité, qui estime à près de 2 millions de voix le potentiel électoral de la communauté harkie.

En cas de désaccord, les associations de harkis envisagent déjà de porter plainte contre la France pour crimes contre l’humanité. « On va internationaliser le problème. Des dizaines de milliers de harkis ont été assassinés, c’est un génocide. La France est coupable. » En 2016, François Hollande avait reconnu « les responsabilités des gouvernements français dans l’abandon des harkis, les massacres de ceux restés en Algérie et les conditions d’accueil inhumaines de ceux transférés en France ».

David Pauget
Article tiré de RFI  le 21 septembre 2018

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