Assurance chômage – Les injonctions à peine voilées du gouvernement

Le gouvernement a précisé ses attentes, mardi, dans une lettre de cadrage envoyée aux partenaires sociaux, en amont de la négociation sur les règles d’indemnisation des chômeurs. Un document jugé assez ouvert par le patron du Medef. Mais l’avis n’est pas partagé par tous.

Le chiffre est confirmé : les partenaires sociaux devront bien réaliser des économies comprises entre 3 et 3,9 milliards d’euros sur trois ans, dans le cadre de la réforme de l’assurance chômage. Objectif : «financer les mesures nouvelles et accélérer le désendettement du régime», précise la lettre de cadrage que leur a envoyée le gouvernement, mardi, afin de borner leurs négociations. Pour l’exécutif, il est nécessaire de «créer les conditions d’un retour à l’emploi plus rapide, vers des emplois de meilleure qualité et permettre aux entreprises de trouver sur le marché du travail les compétences dont elles ont besoin». Est ainsi mentionnée l’«activité réduite», dispositif qui permet de cumuler une part d’allocation-chômage et un petit salaire, dont le gouvernement veut revoir les règles. Et notamment son articulation avec le système de «droits rechargeables» qui, lui, permet à un chômeur indemnisé de recharger ses droits au chômage lorsqu’il travaille.

«Base de discussion»

A demi-mot, la dégressivité des allocations des cadres, c’est-à-dire le fait qu’elles diminuent au fil du temps, une idée récemment défendue par un député LREM, est également évoquée. «Des règles identiques pour tous les demandeurs d’emploi, sous l’apparence de l’égalité, ne tiennent pas compte des différences de capacité à retrouver un emploi. Les partenaires sociaux sont invités à corriger cette situation», explique le document. L’expression «bonus-malus», la modulation des cotisations sociales des entreprises pour pénaliser celles qui abusent des contrats courts n’est pas non plus au menu. Du moins, pas noir sur blanc. Car le gouvernement invite toutefois à trouver des «mécanismes» pour les «responsabiliser». Autre commande adressée aux partenaires sociaux, qui ont quatre mois pour négocier : revoir l’articulation entre solidarité et assurance de l’indemnisation chômage et travailler à une allocation-chômage longue durée. Mais seulement, «s’ils le souhaitent». Sauf, que l’exécutif a déjà en tête le nom du futur dispositif qui pourrait être créé : l’«allocation-chômage de longue durée (ACLD)».

Jusque-là hésitant, le Medef semble plutôt enclin, désormais, à participer à cette négociation, jugeant, par la voix du patron du Medef Geoffroy Roux de Bézieux, interrogé par Le Monde, que «les orientations esquissées par le ministère du Travail […] semblent suffisamment ouvertes pour permettre la discussion». La CFDT, pour qui le document envoyé par l’exécutif n’est «qu’une base de discussion», la CFTC et la CGC sont aussi partantes. Mais la CGT et FO – qui invitent par ailleurs les Français à descendre dans la rue le 9 octobre pour dénoncer «la politique de casse sociale du gouvernement» – ne se sont toujours pas prononcées. Quant à la CPME, elle reste critique. Et d’expliquer : «Au vu de cette lettre de cadrage, le risque est de passer à côté de cet enjeu majeur pour notre pays.»

Photo : AFP – Ludovic Marin
Amandine Cailhol
Article tiré de Libération  le 26 septembre 2018

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