Contre-projet citoyen pour les écoles marseillaises…

Depuis près d’un an, un collectif hétérogène s’est créé pour combattre un plan de rénovation des écoles à un milliard d’euros, confié au privé. Les protagonistes ont présenté leurs solutions alternatives, permettant d’économiser plus de 300 millions d’euros.

Il y a un an, personne n’aurait imaginé voir à la même table lors d’une conférence de presse des syndicats d’enseignants, des parents d’élèves, des architectes et des professionnels du bâtiment. Un tour de force rendu possible par la Ville de Marseille.

En octobre dernier, les élus ont en effet lancé, en conseil municipal, le « plan écoles d’avenir ». « Un véritable plan Marshall, sans aucun autre équivalent », vantait, le maire (LR) Jean-Claude Gaudin. Et pour cause, celui-ci prévoit de rénover ou reconstruire une trentaine d’écoles (voir les chiffres) en ayant recours à un partenariat public-privé (PPP). Pour un coût total de 1,03 milliard d’euros.

Si chacun est unanime pour investir massivement dans les écoles, la somme a de quoi faire bondir n’importe quel citoyen. Dès lors, les membres du collectif – « nous sommes des lanceurs d’alerte »  disent-ils – se sont structurés. À la fois pour dénoncer le principe du PPP mais aussi pour plancher sur une solution alternative.

Une économie de 30%

Un contre-projet, très détaillé, présenté hier matin et qui bat en brèche tous les arguments et – maigres – études municipales. Pour aboutir, in fine, à une économie de 313 millions d’euros. Soit 30% du budget global de l’opération de la Ville. Quant au contre-projet, il s’élève à 723 millions d’euros.

Premier écueil dénoncé, la méthode de travail de la Ville. À la hussarde, sans concertation, une procédure de PPP a été lancée. Sauf que celle-ci s’est faite sans études de diagnostic et de faisabilité en amont. « Sans données rationnelles et objectives », juge le collectif qui opte pour la maîtrise d’ouvrage publique (MOP). Ce choix permet à la Ville de rester maître des travaux, là où le PPP la transforme en obligé.

Dans le droit fil, le collectif pointe le parti pris de FIN Infra. Depuis le début, la municipalité se range derrière cet organisme du ministère de l’Économie, qui a validé la procédure de PPP. Sauf que le rôle de FIN Infra est justement de promouvoir les PPP. De plus, son étude « faussée » pour Marseille est faite à partir de paramètres par défaut et non en fonction de la réalité du terrain. Élément déterminant, car c’est cet organisme qui chiffre la variable risque du projet. Ainsi, avec la méthode de FIN Infra, la MOP est subitement devenue plus chère de 110 millions d’euros que le PPP, lui qui était initialement plus onéreux de 55 millions.

Joyeux anniversaire monsieur le maire !

Le collectif a ensuite passé à la loupe trois écoles (Azoulay, Bouge et Vayssière) avec un diagnostic poussé, tout en analysant les données fournies par la Ville sur les autres écoles. Résultat, « il n’y a absolument pas d’urgence d’un point de vue de la sécurité des élèves ni d’impératif technique qui nécessite de déconstruire puis reconstruire ces écoles », estime le collectif. Plutôt que de raser et reconstruire, il serait plus économique d’opter pour une lourde réhabilitation, qui insisterait sur l’amélioration énergétique des ces écoles vétustes.

Enseignants, architectes, professionnels du bâtiment, parents d’élèves demandent donc à la Ville d’interrompre sa procédure et de lancer des études de faisabilité sur son parc immobilier des écoles. Trois recours en justice sont toujours en cours d’instruction (lire page suivante). La mairie devrait choisir en octobre les lauréats du premier lot de l’appel d’offres. Le collectif souhaite directement s’entretenir avec le maire. Jean-Claude Gaudin devrait avoir sous peu sur son bureau les contre-propositions.

De quoi pouvoir les étudier avant le prochain conseil municipal du 8 octobre. Ce jour-là, Jean-Claude Gaudin fêtera ses 79 ans. Mais l’opposition lui soufflera certainement dans les bronches en guise de cadeau. Si les PPP ne devraient pas être à l’ordre du jour, les communistes et socialistes se feront l’appui du collectif dans l’hémicycle. Comme à l’accoutumée depuis un an, ce dernier sera présent en marge de la séance pour se faire – enfin – entendre auprès des élus.

Florent de Corbier
Article tiré de la Marseillaise  le 26 septembre 2018

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