Congrès du PCF - L’heure des choix

 

Les communistes choisissent du 4 au 6 octobre, leur « base commune ». Un première option importante en vue d’un congrès extraordinaire qui doit redessiner le parti en profondeur.

Pour les communistes, l’heure des choix approche. Le congrès extraordinaire entre dans sa phase décisive. Les adhérents du PCF doivent, désormais, choisir le texte qui leur servira de base d’une discussion qui se clôturera la 25 novembre , lors du Congrès national. Le texte élaboré par le Conseil national ainsi que 3 textes alternatifs sont soumis au vote. Comment remettre les idées communistes à l’ordre du jour et refaire du PCF une force politique de premier plan ? Voilà les questions auxquelles chacun des textes tente de répondre. « Pour faire la révolution, nous avons aussi besoin de la nôtre », disait encore Pierre Laurent lors de la Fête de l’Humanité.

Rendre le communisme visible

« La question est de ré-identifier ce que l’on entend par communisme », selon Guillaume Roubaud-Quashie, qui a coordonné le travail du Conseil national pour sa proposition de base commune, « Le communisme est la question du XXIe siècle ». « Notre congrès s’inscrit dans le paradoxe du moment : l’urgence de dépassement du capitalisme est presque palpable, mais nous avons subi un revers électoral très sérieux », analyse-t-il. Il y a en fait deux paradoxes pour les communistes : pour la première fois depuis 1969, le candidat qu’ils ont soutenu à la présidentielle de 2017 a obtenu près de 20 % des suffrages mais, faute d’accord politique, les candidats communistes aux législatives ne réalisent que 2,79 % des voix, score historiquement bas, tout en faisant élire 4 députés de plus qu’en 2012.

« L’effacement » explique les difficultés actuelles du PCF pour les rédacteurs du texte « Reconstruire le parti de classe, donner la priorité au rassemblement dans les luttes » qui se veut en rupture avec les 3 autres. Il est soutenu par Emmanuel Dang Tran, plusieurs fois candidat à la tête du parti, et le réseau Vive le PCF, classé comme orthodoxe. Pour Dominique Negri, membre du PCF dans l’Isère, « il faut en finir avec la politique de liquidation-mutation-effacement et reconstruire un parti de classe ». « L’effacement » est également dénoncé par les signataires du texte « Pour un manifeste du Parti communiste du XXIe siècle ». Ce texte est notamment soutenu par plusieurs parlementaires, les animateurs de la section économique du PCF, les dirigeants de la fédération du Pas-de-Calais (qui présentaient leur propre texte lors des derniers congrès), le réseau Faire vivre le PCF – réputé identitaire –, et quelques anciens soutiens de Robert Hue. Pour Frédéric Boccara, économiste et l’un des rédacteurs du texte, « la question est : “Est-ce qu’on continue en améliorant un peu les choses ou est-ce qu’on réoriente la stratégie du parti ?” » Pour lui, le PCF doit faire le bilan de ses stratégies des dernières années, et notamment celle du Front de gauche, qui ont conduit à son « effacement ».

Une analyse que ne partage pas Frédérick Genevée, historien, promoteur du texte « Se réinventer ou disparaître, pour un printemps du communisme », qui se situe dans la lignée des « rénovateurs » dans le PCF. « Ce n’est pas qu’une question stratégique, mais une question beaucoup plus radicale qui nous est posée, tous les PC du monde sont confrontés à de profondes difficultés », argue-t-il. «je crois cependant qu’un parti communiste a une pertinence et le communisme une actualité.»

Sans être d’accord sur le constat, les communistes dans leur diversité se posent la question : que faire ? Pour Guillaume Roubaud-Quashie, « il faut ré-identifier le communisme autour de 3 axes : d’abord, sur le fait d’être les porteurs de l’idée que le grand nombre qui produit les richesses doit être celui qui décide. Ensuite, sur la question écologique qu’on ne peut pas penser en fermant les yeux sur le capitalisme. Et, enfin, sur la question de l’épanouissement des individus contre le patriarcat et le racisme, qui sont des combats essentiels qui ne nous sont pas forcément associés dans la société ».

Que faire  ?

Pour Frédéric Boccara, il s’agit pour le PCF de s’affirmer et d’« arrêter de croire que le rassemblement passe par l’effacement de nos propositions. Des idées comme la BCE abondant un fonds de développement des services publics ou la lutte contre le coût du capital sont de nature à rassembler ». Pour les économistes communistes, la proposition de sécurité d’emploi ou de formation est également au cœur d’un projet communiste pour transformer le marché du travail.

« Il faut sortir du carcan de l’Union européenne qui détermine toute notre politique, dénonce, pour sa part, Dominique Negri. Nos propositions doivent attaquer le cœur de la politique de l’UE et celle de Macron en demandant, par exemple, le monopole public sur le transport des voyageurs et du fret. »

Du côté du « printemps du communisme », on cherche à élaborer « une nouvelle fonction révolutionnaire pour le PCF », basée sur des « évolutions révolutionnaires » que l’on trouve chez Marx, puis chez Jaurès : « Il ne s’agit pas seulement de cumuler les réformes, mais, à partir des mouvements progressistes de la société, de proposer des réformes qui soient en elles-mêmes des ruptures qui permettent d’avancer vers une autre société. Et ce dans tous les domaines, sans hiérarchie des luttes », décrit Frédérick Genevée. Pour l’historien, « cela pourrait commencer par les sujets écologiques, on ne peut plus être le parti du tout-nucléaire et de Notre-Dame-des-Landes ».

Comme souvent, la question de la stratégie électorale fait débat. Pour Marie-Christine Burricand, qui soutient le « manifeste », le PCF doit travailler « à présenter des candidats à toutes les élections pour porter nos propositions », regrettant 2017 et la candidature Mélenchon. Il faut construire une « unité populaire et politique agissante en mettant au défi les forces politiques sur les réponses aux questions posées par les luttes », estime, pour sa part, Frédéric Boccara. « Des alliances, pourquoi pas ? Mais pour quoi faire ? On voit où a mené l’union de la gauche. Pour s’allier, il faut des positions très claires », revendique Dominique Negri. Pour le soutien du « printemps », il faut au contraire cons­truire « un front commun qui permette la convergence des forces antilibérales » au premier rang desquelles la France insoumise. Le Conseil national propose de son côté la mise en place de fronts de luttes divers, « parce que le spectre des gens à rassembler n’est pas toujours le même en fonction du sujet », et d’un « forum national politique » qui permettrait débats, campagnes et constructions programmatiques ou électorales communes sans frontières fixes.

Enfin, la question de l’organisation du parti est, elle aussi, en débat à l’heure de l’émergence des « mouvements » politiques. « Nous voulons un parti et pas un mouvement », dit, sans ambages, Marie-Christine Burricand, pour qui « il faut consacrer plus de temps et d’énergie à la reconstruction d’une organisation, à commencer par les cellules et les sections ». Le texte appuie aussi sur l’implantation dans l’entreprise. « Il est essentiel d’être sur le front de classe et donc dans les entreprises », abonde Dominique Negri.

Innovations

Du côté du Conseil national, comme du « printemps », on regarde plus volontiers vers des innovations organisationnelles : « Il faut un parti beaucoup plus horizontal, des fonctions moins centralisées et des commissions élues par les communistes », relève Frédérick Genevée. Pour Guillaume Roubaud-Quashie, « notre force militante est l’une des plus importantes du pays, il faut réussir à la rendre plus efficace ». Pour le professeur d’histoire, « une nouvelle plateforme numérique doit nous permettre d’être plus efficaces sur les réseaux sociaux et davantage en prise avec ce que les adhérents veulent faire de leur parti ». La base commune du Conseil national propose également « la mise en place de réseaux d’initiative permettant à des personnes de s’investir sur une question précise et donc pour le PCF d’être utile au plus grand nombre ».

Le vote des communistes, du 4 au 6 octobre, doit donc décider d’une première orientation pour le PCF. Les adhérents pourront, ensuite, amender le texte jusqu’au Congrès national, du 22 au 25 novembre, et choisir le Parti communiste qu’ils veulent pour demain.

Cédric Clérin
Article tiré de l’Humanité le 27 septembre 2018

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