Afghanistan – Le cauchemar des victimes civiles de frappes aériennes

Les Nations Unies s’inquiètent du nombre croissant de victimes civiles de frappes aériennes en Afghanistan. Celles-ci, menées par l’aviation afghane et américaine sous mandat de l’Otan, se sont accentuées au cours des derniers mois dans le cadre de la lutte contre les talibans et l’organisation Etat islamique. Au cours des six premiers mois de l’année, 353 victimes civiles de frappes aériennes ont été recensées parmi lesquelles 149 morts. Une hausse de 52 % par rapport à la même période l’année dernière. A Tagab, dans la province de Kapisa, les cérémonies de deuil se poursuivent une semaine après un raid aérien qui a coûté la vie à 9 personnes d’une même famille, en blessant 14 autres.  Roshan, 45 ans, raconte comment cette nuit d’horreur s’est déroulée.

Roshan tient une feuille, sur laquelle tous les noms des victimes sont inscrits au feutre noir. « Amrullah Khan, sa mère, sa femme », l’épouse d’Amrullha Khan était sa sœur. Ils vivaient tous dans le village de Budrab frappé par des raids aériens samedi dernier 22 septembre vers minuit.

« J’étais à la maison, j’ai entendu le bombardement le lendemain matin on m’a dit que c’était la maison de ma sœur. Sur place, les forces spéciales ou les commandos afghans avec des étrangers ne nous ont pas laissé approcher disant qu’il y avait des talibans. Les morts et les blessés sont restés deux jours au sol. » Cinq enfants et 3 femmes ont été tués,9 autres enfants ainsi que 4 femmes et un homme blessés.

Ils ont tué ma famille répète Roshan. « Pourquoi ils ont bombardé ? Le jour d’après, quand on est allé récupérer les corps il n’y avait pas de taliban, il n’y avait pas de kalachnkinov. Quand j’ai enterré les enfants, il y avait des soldats, je leur ai dit : « Regardez, alors ou sont les talibans, celui-ci a 5 ans, celui-là deux ans, lui 1 an, 12 ans, 8 ans. Ils sont où les talibans ?«  »

Ces bombardements, Roshan y est habitué et vit dans la crainte de devenir à son tour la victime d’une bavure. « J’ai peur, moi, ma femme, mes enfants, à chaque fois qu’il y a un avion on sait qu’il va bombarder quelque part. »

Le ministère afghan de la Défense a annoncé l’ouverture d’une enquête. Elle s’ajoute à la liste d’autres, ouvertes après, des histoires similaires, mais aucune conclusion n’a été rendue publique à ce jour.

Photo : REUTERS – Omar Sobhani
Sonia Ghezali
Article tiré de RFI  le 29 septembre 2018

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