Khan el-Ahmar, nouveau symbole de la cause palestinienne

Israël avait donné jusqu’à minuit (21h TU), ce lundi 1er octobre, aux Bédouins de Khan el-Ahmar pour quitter volontairement leur communauté menacée de destruction. Mais les habitants palestiniens n’ont pas bougé et promettent de rester sur place pour défendre ce qu’ils jugent être leurs terres. Pour Israël, cette communauté est installée illégalement, mais le sort de Khan el-Ahmar suscite beaucoup d’inquiétudes. Les pays européens voient dans cette possible destruction une menace à la viabilité d’un futur Etat palestinien. Et les Palestiniens en ont fait un symbole de leur lutte. Chaque jour, des habitants d’autres villes de Cisjordanie se rendent sur place. Reportage.

Depuis deux mois, Abdallah Bahish a quitté le confort de sa maison familiale de Naplouse pour camper à Khan el-Ahmar, en plein désert. Ce jeune infirmier fraîchement diplômé ne travaille pas, concentrant ses efforts sur ce combat dans l’espoir d’empêcher la destruction de cette communauté.

« Si les gens viennent ici en nombre, peut-être qu’on pourra éviter que l’occupation ne détruisent ce lieu. L’union fait la force », dit-il Abdallah Bahish

Hadil Ziad, elle, n’est pas là tous les jours, mais ces trois dernières semaines, cette étudiante de Jérusalem est venue plusieurs fois. Car elle estime que le sort des habitants de Khan el-Ahmar pourrait être celui de n’importe quel Palestinien.

« Ce ne sera jamais le dernier village. Aujourd’hui, c’est Khan el-Ahmar. Demain, c’est peut-être mon village. Les attaques israéliennes sur les Palestiniens qui vivent en Palestine ne cesseront jamais », déplore Hadil.

Chaque soir actuellement, quelques centaines de personnes dorment sur place, assure Abdallah Abu Rahma, coordonnateur de la campagne « Sauvez Khan el-Ahmar ». En journée, le nombre de soutiens est inférieur. Mais c’est en raison des obstacles mis en place par les Israéliens, juge-t-il.

« C’est ce qu’ils essayent de faire. Il y a beaucoup de barrages militaires. Parfois, ils ferment la porte d’accès à la communauté. Et ils forcent les bus en route vers ici à faire demi-tour », explique Abdallah.

De plus en plus de personnes passent la nuit à Khan el-Ahmar sur de petits matelas, afin d’essayer de bloquer les bulldozers israéliens qui tenteraient d’approcher.RFI / Guilhem Delteil

Une grève très suivie à Khan el-Ahmar

Ce lundi était une journée de grève contre la politique israélienne à l’égard des Palestiniens. La défense de Khan el-Ahmar avait été incluse dans les motivations du mouvement. Et l’appel a été largement suivi dans les territoires occupés.

L’école de Khan el-Ahmar était donc fermée. Mais Manal sait se faufiler par la fenêtre entrouverte dans sa salle de classe. Le bâtiment est sommaire : il a été construit en boue et en pneu. Mais cette petite fille en troisième année de maternelle l’aime bien et elle désigne fièrement son bureau.

Mais son école, comme le reste du village, est menacée de destruction par les Israéliens. « Ils peuvent commencer à démolir ce soir, peut-être demain. Vous ne savez jamais »précise Hussein Abou Daouq, l’un des habitants de la communauté. Les autorités israéliennes ont donné jusqu’à ce lundi soir aux Bédouins pour partir de leur plein gré. Mais les tentes des habitants sont toujours là.

« Bien sûr, c’est ma terre. Où irais-je Je ne quitterai pas ma terre, promet Hussein Abou Daouq. Nous resterons et nous serons fermes. Nous nous battrons pour survivre, assure le quinquagénaire. Au sein de la communauté, la motivation est la même pour tous. »

« Nous ne partirons que par la force », prévient Eid Abu Khamis, le représentant de ces résidents menacés d’expulsion.

Photo : Guilhem Delteil
Guilhem Delteil
Article tiré de RFI  le 1er octobre 2018

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