A Lyon, l’atterrissage pas si simple de Collomb

Ancien maire de Lyon sur le point de le redevenir, Gérard Collomb devra compter avec une opposition remontée et des soutiens démobilisés.

Gérard Collomb est libre. Pour la première fois depuis dix-sept ans, le désormais ex-ministre de l’Intérieur n’occupera aucun poste de pouvoir entre Saône et Rhône, mais la situation de l’ancien maire de Lyon, qui souhaite si ardemment le redevenir, devrait se clarifier rapidement.

Preuve que tout est parfaitement prêt pour l’atterrissage, Gérard Collomb a convié mardi Georges Képénékian à participer à l’interview scellant son départ de Beauvau. L’ancien maire de Lyon et l’actuel installés dans le bureau ministériel pour parler de l’avenir municipal : pas banal. Képénékian a donc pu réitérer sa promesse de quitter son poste. «Nous avions un contrat moral», fait valoir l’édile dans les colonnes du Figaro. «Il avait dit dès le départ qu’il était là pour assurer la continuité, mener les projets et que le retour de Gérard Collomb en tant que maire était entendu», souligne le cabinet du maire lyonnais.

Les modalités de ce turnover annoncé devaient être dévoilées mercredi après-midi. Gérard Collomb, qui était resté simple conseiller (municipal, d’arrondissement et métropolitain) depuis sa nomination au gouvernement en mai 2017, devrait se faire réélire par son conseil municipal dans les quinze jours à l’occasion d’une session extraordinaire. Elu maire du 9e arrondissement en 1995, sénateur du Rhône en 1999 puis maire de Lyon de 2001 à 2017, Collomb a confié son «immense plaisir» de retrouver «l’immense beauté de cette métropole et l’attrait qu’elle peut susciter» au quotidien Le Progrès publié mercredi. L’occasion d’assurer au passage que son «engagement» et sont «attachement» à Lyon étaient «compris» par le président de la République, à qui il a pourtant imposé le timing de sa démission au prix d’un bras de fer inédit dans la Ve République.

«Ni loyal, ni moral»

«C’est de l’abandon de poste, Collomb ne pense qu’à une chose, « moi je » et « moi à Lyon », déplore Alexandre Vincendet, nouveau patron des Républicains du Rhône et proche de Laurent Wauquiez, qui n’a pour l’instant pas dévoilé les ambitions de son parti pour la troisième ville de France. On a l’impression de quelqu’un qui veut revenir à tous prix car il a peur de perdre son jouet.» Maire de Rillieux-La-Pape, une petite ville de la métropole lyonnaise, Vincendet tacle le chef de l’Etat et l’impréparation au sommet : «Il y a un an, on nous expliquait que Macron était un réel magicien : il l’est, car il nous a fait regretter en quelques mois François Hollande.»

De leur côté, les élus communistes de Lyon déplorent dans un communiqué un «bien triste spectacle» et des «petits arrangements entre amis pour s’assurer une place au chaud». Maire centriste du 2e arrondissement de Lyon, président de Lyon Divers Droite, Denis Broliquier a, lui, critiqué un comportement «ni loyal, ni moral» de la part de Gérard Collomb ainsi que des «manœuvres d’un autre âge» marquant un «retour dans l’ancien monde». Pour le Parti socialiste du Rhône, ce maelström signe la «déroute politique de l’exécutif».

Le désamour des marcheurs

Un déluge de critiques qui ne devrait pas faire reculer Collomb, qui après la mairie remettra le cap sur la Métropole lyonnaise, même s’il n’a pas évoqué le sujet publiquement pour l’instant. Sur le principe, David Kimelfeld, qu’il avait désigné à la tête de la Métropole en partant pour le ministère de l’Intérieur, «a toujours dit, comme Georges Képénékian, que si Gérard Collomb revenait, s’il le souhaitait, il céderait à nouveau la place», rappelle le cabinet du président de la métropole. Mais il n’y a aucune raison de bousculer le calendrier. «Le processus est beaucoup plus lourd à la métropole qu’à la mairie, on ne va pas reprocéder tout de suite à des élections alors qu’on prépare un scrutin métropolitain totalement différent pour 2020, au suffrage universel, ce n’est peut-être pas la peine de tout défaire à quelques mois des élections», indique l’entourage de Kimelfeld. Ces arguments techniques sont bien pratiques : ils permettent de passer sous silence les velléités d’émancipation que le dauphin de Collomb exprime en petit comité, mais aussi la démobilisation des «marcheurs» du Rhône.

Samedi, le désamour était palpable et le clan Collomb a eu du mal à le glisser sous le tapis à l’occasion de son événement national de la «Rentrée des territoires». Comme il l’a fait plusieurs fois par mois depuis 2017, Gérard Collomb a profité de l’occasion pour revenir à Lyon, avec Marlène Schiappa dans ses bagages pour ce «temps de rassemblement dédié aux marcheurs».

Dans un premier temps, la réunion a été interdite à la presse, avant d’être autorisée in extremis et strictement encadrée : difficile d’approcher les militants, impossible de s’adresser au ministre qui, à la tribune, a vanté avec emphase son action gouvernementale. Pas question que cette réunion publique soit décrite comme le premier de la campagne du couple Collomb. Réputé pour son autoritarisme sur ses terres lyonnaises, Gérard Collomb semble avoir cette fois péché par excès de confiance : c’est lui qui a propulsé son épouse, Caroline, à la tête de la fédération LREM du Rhône. Ce que les adhérents du parti présidentiel apprécient moyennement. Du coup, pas question non plus que les journalistes puissent documenter le nombre de participants à la réunion de samedi et leur motivation. «Collomb s’est pris un gros flip, lâche un député LREM. On avait tous des salles pleines dans le reste de la France et lui a vu le bide en direct à Lyon. On ne savait pas que c’était autant la pagaille et lui a perdu les pédales.»

Photo  : AFP – Jeff Pachoud
Maïté Darnault 
Article tiré de Libération  le 3 octobre 2018

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