Prix Nobel de la paix 2018 – Les défenseurs des droits humains en première ligne

Nombre de défenseurs des droits humains risquent leurs vies chaque jour au nom des droits de l’homme. Leur décerner ce prix serait une arme de dissuasion contre tous ceux qui veulent les faire taire.

Tribune. Parfois, leur nom apparaît dans la presse, immanquablement associé à la cause qu’ils portent ou aux attaques qu’ils subissent. Mais le plus souvent, les défenseurs des droits humains restent anonymes. Cette année, Marielle Franco, femme politique brésilienne qui dénonçait les exactions commises dans le cadre des politiques sécuritaires à Rio de Janeiro, a été assassinée de quatre balles dans la tête. Cette année, Tashi Wangchuk, commerçant tibétain, a été condamné à cinq ans de prison pour «incitation au séparatisme», après avoir déploré le recul de sa langue face au mandarin dans une vidéo diffusée sur Internet. Cette année, Oleg Sentsov, cinéaste ukrainien détenu en Sibérie, a entamé une grève de la faim pour demander la libération de prisonniers politiques de Crimée. Cette année, en Arabie saoudite, alors même que les autorités reconnaissaient aux femmes le droit de conduire, des dizaines de militantes féministes étaient arrêtées et détenues sans procès.

Cette année, en France, des personnes ont été poursuivies en justice et condamnées pour être venues en aide à des personnes migrantes. Au-delà des différences dans les causes politiques, sociales, économiques, culturelles ou environnementales défendues par ces personnes, elles ont un point commun : elles sont des défenseurs des droits humains au sens du droit international. Et elles ne sont pas les seules. Chaque jour, des femmes et des hommes prennent la parole, manifestent, s’associent, aident, critiquent et exigent. Ces personnes agissent pacifiquement pour le respect des droits humains : les leurs, ceux de leurs proches, ceux d’un groupe discriminé, les nôtres ou ceux d’inconnus. Elles font vivre, pour nous tous, les articles de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Ce faisant, elles deviennent, elles aussi, des défenseurs des droits humains.

Demain, le Comité Nobel remettra le prix Nobel de la paix 2018. Comme chaque année, nombreux sont les candidats qui méritent, à titre individuel, ce prix. Pourtant, cette année, une candidature collective mérite toute l’attention du Comité, car précisément elle englobe tous les acteurs qui, à titre individuel ou en groupe, protègent nos droits et libertés, si indispensables à la paix. Les défenseurs des droits humains contribuent ensemble, chacun à leur échelle, à un monde plus juste et pacifié. Ils le font malgré les intimidations, menaces, poursuites judiciaires et autre attaques qu’ils subissent au quotidien. Beaucoup de militants sont isolés et la plupart des attaques à leur encontre, lorsqu’elles sont répertoriées, ne donnent lieu à aucune condamnation. Selon un décompte de l’association Global Witness, l’année 2017 a été la plus meurtrière pour les défenseurs de l’environnement, et l’année 2018 s’annonce tout aussi sombre.

Cette année, nous célébrons le 20anniversaire de la Déclaration sur les défenseurs des droits de l’homme, adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies en 1998. Cette déclaration historique reconnaît le rôle et la responsabilité de chacun dans la poursuite des objectifs des Nations unies, et appelle la communauté internationale, y compris les Etats, à respecter les droits de tous ceux qui défendent et protègent les droits humains. Vingt ans plus tard, à l’heure où la nécessaire contribution de chacun face au changement climatique est rappelée à chaque instant, où des démocraties européennes prônent le repli sur soi, où certains Etats cherchent à revenir sur le concept même de droits humains, l’action des défenseurs n’a jamais été aussi impérieuse.

Décerner le prix Nobel de la paix aux défenseurs des droits humains signifierait reconnaître haut et fort que la paix est l’affaire de chacun. Ce prix serait à la fois une récompense méritée pour tous les défenseurs anonymes qui risquent leur vie au quotidien, et une arme de dissuasion contre tous ceux qui cherchent à les faire taire.

Michel FORST, rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des défenseurs des droits de l’homme
Article tiré de Libération  le 4 octobre 2018

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