Une loi inopérante pour le revenu paysan

Le hasard du calendrier permet cette semaine de prendre la mesure des escroqueries dont usent le président de la République et son gouvernement pour refuser de rémunérer le travail des paysans. La loi « Agriculture et Alimentation » votée voilà deux jours n’empêchera pas les prix de baisser alors que les conséquences de la sécheresse augmentent durablement les coûts de production. Nous vous révélons les raisons de cette trahison du monde paysan par le président de la République, le gouvernement et la majorité parlementaire alors que le ministre de l’Agriculture rencontre aujourd’hui les paysans au Sommet de l’élevage. 
Stéphane Travert , ministre de l’Agriculture se rend ce jeudi au Sommet de l’élevage qui se tient chaque année durant la première semaine d’octobre à Cournon, dans la banlieue de Clermont-Ferrand . Ce sommet annuel a lieu alors que les éleveurs du grand Massif Central voient leurs coûts de production augmenter du fait de la sécheresse qui dure depuis des mois. Que l’on soit producteur de bovins à viande , d’agneaux de boucherie, de volailles ou de porcs , de lait de vache, de brebis ou de chèvre, les conséquences de la sécheresse se traduisent par un manque de fourrage pour les ruminants , des achats de céréales dont les prix d’achat ont augmenté de 25% pour compléter l’alimentation des herbivores. Cette hausse des coûts de production est aussi difficilement supportable pour les éleveurs de porcs et de volailles dont la nourriture est essentiellement granivore.

Le prix de revient des œufs a augmenté de 10%


Ainsi, les prix des aliments destinés aux poules pondeuses ont augmenté de 16,6% entre décembre 2017 et août 2018. Cette hausse se traduit par une augmentation de 10% du prix de revient de chaque œuf pondu dans la mesure où l’aliment consommé par les pondeuses correspond à 60% du prix de revient des œufs. Le même constat vaut pour la production porcine. Mais le prix du kilo de carcasse de porc était coté à 1,22€ à la fin du mois de septembre au marché de Plérin alors qu’il atteignait 1,50€ en septembre 2016, année où les prix des céréales étaient 25% plus bas qu’aujourd’hui.

Dans les élevages de ruminants, l e manque de nourriture du bétail et l’augmentation du prix des fourrages grossiers comme ceux des céréales amène les paysans à pratiquer un début de « décapitalisation». Afin d’avoir moins d’animaux à nourrir, les éleveurs de bovins à viande ont envoyé à l’abattoir 4% de vaches de réforme de plus que l’an dernier sur les huit premiers de l’année. Le même phénomène se constate dans les fermes laitières où 6% de vaches de réforme supplémentaires sont allées à l’abattoir en août 2018 par rapport à août 2017. Ce phénomène risque de durer et même de s’accentuer. Du coup, l’offre de viande bovine dépassera durablement la demande et les prix au départ de la ferme baisseront sensiblement.
Ce risque était pointé par un communiqué de la Coordination rurale le 2 octobre. Evoquant les relations avec les transformateurs et les distributeurs, Alexandre Armel, responsable du secteur viande de ce syndicat paysan, indiquait que les négociants des secteurs de l’aval ont choisi de « multiplier les indicateurs » (de coûts de production, ndlr)selon les races et des systèmes « pour opposer les éleveurs entre eux, faire pression sur ceux dont les coûts sont les plus élevés et ainsi tirer les prix vers le bas ». Son syndicat demande « un indicateur unique qui tienne compte des charges subies par le plus grand nombre ». Il rappelle aussi que « le gouvernement n’a pas voulu introduire dans la loi » votée le 2 Octobre en dernière lecture par les députés « les outils permettant d’imposer une augmentation de prix payés aux agriculteurs ».

Où est la « contractualisation rénovée » promise en octobre 2017 ? 

Dans son discours de Rungis, le 11octobre 2017, Emmanuel Macron promettait pourtant « la mise en place d’une contractualisation rénovée avec un contrat qui sera proposé par les agriculteurs et non plus par les acheteurs, ce qui est à ce titre à mes yeux fondamental. Nous modifierons la loi pour inverser cette construction des prix qui doit pouvoir partir des coûts de production », ajoutait-il ce jour là. Ce qui conduit la Confédération paysanne à poser ces questions dans un communiqué en date du 2 octobre : « Où est donc passé le « changement de paradigme » exprimé dans le discours de Rungis du président de la République ? Ce qui est certain c’est qu’il n’est pas dans la loi », observe le syndicat.
La loi vient d’être définitivement votée alors que la sécheresse fait monter sensiblement les coûts de production dans tous les élevages. Mais c’est à la demande de président de la République et du gouvernement que les députés du groupe LaREM ont refusé d’introduire dans cette loi des indicateurs précis des coûts de production dont ceux produits chaque année par « l’Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires ». Macron et le gouvernement ont voulu que cette évolution des coûts soit discutée, au coup par coup, dans une négociation de marchands de tapis entre les fournisseurs de matières premières que sont les différentes filières de production agricole , les transformateurs et les distributeurs . Ce qui relève de la mission impossible, mais aussi du « même temps » si cher au président Macron !
Photo : AFP – Jean-Sébastien  Avard
Gérard Le Puill
Article tiré de l’Humanité  le 4 octobre 2018
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