La hausse de la prime d’activité en octobre n’est finalement que de 8 euros

Le décret qui revalorise de 20 euros le montant forfaitaire de cette prestation change en catimini les règles de calcul de cette prime réservée aux travailleurs modestes.

Le gouvernement va décidément avoir beaucoup de mal à vendre l’une de ses mesures phares sur le pouvoir d’achat. «Nous faisons le choix d’une augmentation significative de la prime d’activité», avait confirmé Edouard Philippe, début septembre, à la sortie du séminaire de rentrée du gouvernement à l’Elysée. Ses ministres martèlent sur tous les fronts que cette prime d’activité sera «revalorisée» de 20 euros ce mois-ci comme cela avait été annoncé lors des débats budgétaires l’an dernier. La semaine dernière encore, mécontent d’un article de Libération, le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, affichait ce même montant à deux chiffres.

Si ce décret confirme la «revalorisation exceptionnelle de vingt euros du montant forfaitaire de la prime d’activité», il procède au passage à une toute petite modification dans le calcul de cette prestation. «Le taux : « 62 % » est remplacé par le taux : « 61 % »», est-il écrit dans ce même décret signé par Edouard Philippe, Agnès Buzyn (ministre des Solidarités et Santé) et Gérald Darmanin (ministre de l’Action et des Comptes publics). Résultat de cette toute petite baisse d’un taux appliqué au salaire perçu par le bénéficiaire pour calculer le montant auquel il a droit chaque mois : cet automne, la prime d’activité d’un salarié au Smic augmentera en réalité de… huit euros. Et non de vingt comme les responsables de la majorité risquent de continuer à le clamer pour défendre la politique sociale du gouvernement.

Nouveau tour de passe-passe

«C’est quand même des enfoirés, peste un député de l’opposition. Il faudrait demander à Buzyn s’il est prévu de procéder à la même baisse du taux de cumul lors des prochaines hausses de 20 euros de la prime promise aux smicards. Ils vont commencer à déformer le barême pour se rapprocher d’un dispositif capable de s’intégrer dans le revenu universel d’existence», la future prestation sociale quasi unique annoncée par Emmanuel Macron en septembre lors de la présentation de son plan pauvreté.

Ce nouveau tour de passe-passe vient après ceux, repérés par Libération, nichés dans le projet de loi de finances pour 2019. Que ce soit sur la prime d’activité ou l’allocation adultes handicapés, le gouvernement inscrit bien, comme annoncé, des «revalorisations exceptionnelles»(20 euros pour la première, 40 euros pour la seconde) mais, pour faire des économies, supprime l’indexation de ces prestations sur l’évolution des prix – alors que l’inflation devrait frôler les 2 % fin 2018 selon l’Insee – et, surtout, décale en fin d’année ces coups de pouce quand ils étaient prévus traditionnellement au printemps. Le débat budgétaire qui débute lundi en commission des finances de l’Assemblée promet une belle bataille de chiffres entre une majorité qui tient à prouver qu’elle agit pour les plus modestes et l’opposition de gauche, dont les députés dénonceront à coup sûr ces coups de rabots.

Photo  : AFP – Jean-Pierre Clatot
Lilian Alemagna
Article tiré de Libération  le 5 octobre 2018

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