Sept ministres démissionnaires en 500 jours – Y a t-il un record sous Macron ?

Emmanuel Macron a accepté dans la nuit de lundi à mardi la démission de Gérard Collomb. Il signe ainsi le septième départ de ministre depuis son arrivée au pouvoir. Un chiffre bien plus élevé que celui de ses prédécesseurs au même moment de leurs mandats.

Et si c’était le nouveau record d’Emmanuel Macron ? Sept démissions de ministres en l’espace de quelques mois… Avait-on connu un tel phénomène en 1995, en 2002, en 2007 ou 2012 ? Hollande, Sarkozy et Chirac avaient-ils les mêmes effets sur leurs ministres que Macron sur les siens ? Petit retour dans le temps et dans les chiffres.

Depuis l’élection d’Emmanuel Macron en mai 2017, les départs se sont enchaînés. Avec des causes très différentes : si la première série de départs a été plutôt subie par les intéressés, embarqués dans des affaires qui auraient pu gêner l’exécutif, les plus récents sont davantage le fait de décision personnelle des ministres sortants, imposant leur agenda propre.

Passage éclair

La première vague de démissions au sein du gouvernement Edouard Philippe a eu lieu à peine un mois après l’annonce de sa composition. Tout d’abord, avec l’affaire Ferrand : le ministre de la Cohésion des territoires est suspecté d’être intervenu dans une opération immobilière qui a profité à sa compagne. A la demande d’Emmanuel Macron, Richard Ferrand démissionne et prend la présidence du groupe La République en marche à l’Assemblée nationale. Puis vient le tour de François Bayrou, Sylvie Goulard et Marielle de Sarnez. Cernés par une enquête qui vise le Modem à propos d’emplois fictifs présumés, ils quittent un à un le gouvernement au mois de juin.

Après une année de calme relatif, la deuxième vague a lieu à la rentrée 2018. Le 28 août, Nicolas Hulot annonce sa démission au micro de France Inter. Le ministre de la Transition écologique et solidaire a l’impression d’être «seul à la manœuvre d’une transformation sociétale et culturelle». Las de se sentir impuissant face aux lobbys, il finit par jeter l’éponge. Laura Flessel, ministre des Sports, suit quelques jours après, évoquant des «raisons personnelles» qui pourraient bien avoir un rapport avec sa situation fiscale. Et début octobre, animé par la volonté de se représenter à la mairie de Lyon, c’est Gérard Collomb qui impose sa démission.

Au total, Emmanuel Macron assiste aux départs de sept de ses ministres en seulement dix-sept mois.

Chez ses prédécesseurs, on ne trouve pas une telle concentration en début de mandat. Chirac et Hollande, au même stade de leurs mandats, affichaient chacun une seule démission au sein de leurs gouvernements, deux pour Sarkozy. A mi-mandat, ils n’atteignaient pas encore le nombre de départs volontaires des gouvernements Edouard Philippe.

Des remaniements pour cacher les départs

C’est un record qu’il faut toutefois contraster : les nombreux remaniements sous Hollande ont engendré sept cessations de fonction ministérielles ; treize sous Sarkozy. Parfois, ces remaniements cachent des départs volontaires, qui ne sont donc pas officiellement des démissions. C’est le cas en février 2016, pendant le mandat de François Hollande. Le Premier ministre Manuel Valls remanie son gouvernement par communiqué de presse. Parmi les sortants se trouvent Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères et du Développement international ainsi que Sylvia Pinel, ministre du Logement, de l’Égalité des territoires et de la Ruralité. Les deux ministres ayant obtenu des postes en dehors du gouvernement, ce remaniement leur permet de s’éclipser. Une semaine après son départ, Laurent Fabius intègre le Conseil constitutionnel et Sylvia Pinel prend en main la vice-présidence du conseil régional de Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées (depuis renommé Occitanie), pour laquelle elle avait été élue en janvier 2016.

Les gouvernements précédant ceux d’Edouard Philippe ont évidemment eu leurs lots de démissions. Depuis 1995, 41 ministres et secrétaires d’Etat ont posé une lettre de démission sur le bureau des présidents de la Ve République. Vingt démissions sur les douze ans de présidence de Jacques Chirac, 12 lors du quinquennat de Nicolas Sarkozy et 12 pour François Hollande. Mais jamais les ministres n’étaient partis si vite que sous Macron. Il semble avoir pris de l’avance sur la course aux démissions, un record à confirmer à la fin de son mandat.

Savinien de Rivet et Lucie Bédet
Article tiré de Libération le 5 octobre 2018

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