Un mot d’ordre : pouvoir d’achat !

Macron affirme qu’il ne s’était pas engagé à augmenter le pouvoir d’achat… Une énième provocation qui donne une raison de plus de se mobiliser le 9 octobre, avec l’intersyndicale.

« Une augmentation des salaires,des pensions et des minima sociaux pour gagner du pouvoir d’achat». La revendication occupe la première place de la plateforme interprofessionnelle adoptée par l’intersyndicale CGT, FO, Solidaires, Unef, Fidl et UNL. Elle sera omniprésente dans les manifestations et rassemblements de la journée de mobilisation et de grève qu’elle organise le 9 octobre.

Mobilisés également à l’appel de la CFE-CGC et de la CFTC, les retraités devraient être nombreux à défiler. Déjà durement frappées par la hausse en 2018 du taux de CSG de 1,7 point, leurs pensions ne seront que faiblement revalorisées. Le gouvernement a annoncé qu’elles n’augmenteraient que de 0,3 % en 2019 et 2020 alors que l’inflation devrait s’établir aux environs de 1,6 %. Pour faire passer la pilule, celui-ci met en avant l’exonération de la taxe d’habitation pour 80 % des ménages à l’horizon 2020 et la revalorisation de l’Aspa (allocation de solidarité aux personnes âgées). Le « minimum vieillesse » va ainsi augmenter de 35 euros en janvier 2019 et à nouveau en janvier 2020. Mais cette hausse, plus forte qu’à l’accoutumée, risque d’être rapidement effacée puisque l’Aspa, comme la plupart des autres minima sociaux, ne suivra pas l’évolution de l’inflation. Au total, les mesures annoncées en faveur du pouvoir d’achat des retraités ne compenseront pas les pertes occasionnées par les décisions du gouvernement. Ainsi l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) a calculé que le solde serait négatif pour une majorité des ménages comprenant au moins un retraité. En 2019, ils devraient être 73 % à être pénalisés par une perte annuelle moyenne de 200 euros. En 2020, ils devraient être 79 % par une perte moyenne de 400 euros.

Le 9 octobre, les revendications salariales figureront en bonne place dans les cortèges des actifs. Et pour cause, reçus le 18 juin dernier par le secrétaire d’État à la Fonction publique, Olivier Dussopt, les syndicats ne décolèrent pas contre le gouvernement qui a confirmé la poursuite du gel du point d’indice des fonctionnaires en 2019 et 2020. En dix ans, il n’a été relevé que de 0,6 %, occasionnant, selon les calculs de la CGT, une perte de 9 % du pouvoir d’achat des agents sur la même période. Dans le privé, le gouvernement, qui se refuse à augmenter les salaires et le Smic en particulier (voir entretien avec Nasser Mansouri-Guilani, page 20), se targue d’un coup de pouce à la feuille de paie via la suppression des cotisations maladie et chômage des salariés. Celle-ci engendre une baisse globale de 3,15 points du montant des cotisations intervenue en deux fois, le 1er janvier dernier et ce 1er octobre, provoquant une hausse du salaire net de 17 euros pour un smicard. Cette mesure, qui compense le bond de 1,7 point de la CSG, ne constitue pas pour autant un progrès. D’une part, elle n’a aucun impact sur le salaire brut des salariés dont l’évolution peine à emprunter la courbe de l’inflation. Une étude du ministère du Travail de septembre dernier montre que le salaire mensuel de base n’a augmenté que de 1,5 % entre juin 2017 et juin 2018 alors que l’indice des prix à la consommation (hors tabac) a progressé de 1,7 % sur la même période. D’autre part, elle fragilise un peu plus la Sécurité sociale qui franchit un pas de plus vers l’étatisation, son financement reposant de plus en plus sur l’impôt.

Revendication numéro un des syndicats, la hausse du pouvoir d’achat est aussi la principale préoccupation des Français. Selon un sondage ViaVoice du 24 septembre dernier, 59 % des personnes interrogées estiment que cela doit être la priorité du gouvernement, loin devant la réduction des dépenses publiques (38 %) ou la baisse des impôts des entreprises (28 %). Selon une enquête Odoxa du 27 septembre, 86 % des Français estiment que leur pouvoir d’achat s’est dégradé en un an et, visiblement, ils en rendent responsable le chef de l’État. Ainsi l’Ifop relève que le pouvoir d’achat est une des raisons qui explique la dégringolade de la cote de popularité du chef de l’État en septembre (– 6 points à 29 %).

Pour tenter de débarrasser Emmanuel Macron de l’image de « président des riches » qui lui colle à la peau depuis, notamment, la disparition de l’ISF et la mise en place d’un taux maximum de seulement 30 % de taxation sur les revenus du capital qui ont permis aux plus aisés d’économiser 4,5 milliards d’impôts pour la seule année 2018, le gouvernement a profité de la présentation du projet de loi de finances le 24 septembre dernier. Le ministre du Budget, Gérald Darmanin, a affirmé que le gouvernement avait procédé à « la plus grande baisse d’impôt pour les ménages depuis 2008 », la chiffrant à 6 milliards d’euros. Pour parvenir à ce résultat, le ministre affirme que les baisses de prélèvements en 2019 vont engendrer une réduction des impôts de 9,1 milliards d’euros, dont 3,5 milliards d’euros au titre de l’exonération de la taxe d’habitation, alors que la totalité des hausses, en particulier sur les carburants et le tabac, va atteindre 3 milliards d’euros. Reste que cette présentation omet de prendre en compte l’impact de décisions gouvernementales, comme la désindexation des retraites et des minima sociaux de l’inflation. Selon une étude de l’OFCE, leur prise en compte réduirait à 3,5 milliards d’euros le gain des ménages en 2019.

Interrogé sur ce tour de passe-passe, Emmanuel Macron y est allé d’une nouvelle provocation. « Je suis bien sûr sensible à la problématique du pouvoir d’achat, mais, moi, je ne me suis pas engagé là-dessus», a-t-il déclaré au « JDD », le 30 septembre dernier. À bon entendeur, rendez-vous le 9 octobre…

Pierre-Henri Lab
Article tiré de l’Humanité  le 6 octobre 2018
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