A Marseille, une «vague orange citoyenne» pour soutenir l’Aquarius

Plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées samedi à Marseille et dans toute la France pour dénoncer la situation du navire humanitaire.

Un drapeau du Panama flotte dans un angle du Vieux-Port de Marseille, volant dans l’air au-dessus d’une foule de tee shirts de couleur orange, comme les gilets de sauvetage. C’est au pied du consulat du pays qui vient de retirer son pavillon à l’Aquarius, que l’association SOS Méditerranée avait donné rendez-vous aux Marseillais ce samedi après-midi pour soutenir son bateau humanitaire.

Depuis jeudi, l’Aquarius est bloqué à quai à deux pas de là, près de la Joliette, empêché, faute de pavillon, de poursuivre sa mission de sauvetage des migrants en Méditerranée. C’est pour convaincre le Panama de changer d’avis et reprendre au plus tôt son action humanitaire que SOS Méditerranée, qui a affrété l’Aquarius avec Médecins du Monde, a lancé un appel à une «vague orange citoyenne» ce samedi. «Aujourd’hui, plus que jamais, il est important de nous avoir à nos côtés, a lancé à la foule Sophie Beau, la directrice de SOS Méditerranée France, avant le départ du cortège. Il n’y a pas d’alternative: soit on tend la main, soit on laisse les gens mourir sous nos yeux.»

Si la première revendication reste de retrouver un pavillon pour reprendre la mer au plus tôt, la directrice générale a aussi lancé un appel aux pays européens à «prendre leurs responsabilités» en déployant une vaste flotte de sauvetage pour venir en aide à ceux qui tentent la traversée. «Ce n’est pas aux ONG de mener ces sauvetages seules, a-t-elle insisté. L’inaction des Etats européens est criminelle, merci de leur rappeler que non, nous ne sommes pas indifférents.»

Manifestation à Marseille pour l'Aquarius, le 6 octobre 2018. COMMANDE N° 2018-1288A Marseille, samedi. Photo Yohanne Lamoulère pour Libération.

Le siège de l’association envahi par des identitaires

Outre la pétition en ligne, lancée il y a une semaine par l’ONG, qui a déjà recueilli plus de 200 000 signatures, près d’une cinquantaine de villes en France, mais aussi dans plusieurs capitales européennes, avaient organisé des rassemblements ce samedi pour témoigner leur soutien. A Marseille, ils étaient quelque 4 000 personnes à s’être réunies le long des quais.

Une façon de répondre par le nombre à l’attaque menée la veille par un groupuscule d’extrême droite sur le siège local de SOS Méditerranée. Vendredi, en début d’après-midi, une vingtaine de militants d’extrême droite s’étaient introduits dans les locaux de l’ONG, expulsant dans la foulée le personnel présent sur place avant de déployer, sur la façade de l’immeuble, une banderole. «SOS Méditerranée complice du trafic d’êtres humains», proclamait leur bâche photographiée et diffusée ensuite sur les réseaux sociaux identitaires, qui ont également relayé un communiqué du groupe Génération identitaire revendiquant l’action. Après intervention de la police, 22 personnes ont été interpellées et placées en garde à vue. Une enquête a été ouverte pour «violences en réunion», «séquestration» et «participation à un groupement en vue de commettre des violences», a précisé ce samedi le parquet de Marseille, indiquant que la garde à vue des 22 militants d’extrême droite avait été prolongée de 24 heures.

Si aucun blessé n’est à déplorer, les membres de l’équipe de SOS Méditerranée présents lors de l’intrusion sont «extrêmement choqués», a indiqué Frédéric Penard, le directeur des opérations de l’ONG. SOS Méditerranée ayant déposé plainte, ses membres ne souhaitent pas pour l’heure faire plus de commentaire, le temps de l’enquête.

Défilant parmi les manifestants marseillais, le député FI Jean-Luc Mélenchon, lui, indique que son groupe parlementaire avait déposé une demande de commission d’enquête auprès de l’Assemblée nationale pour faire la lumière sur cette affaire. Si plusieurs responsables politiques ont condamné l’action de Génération identitaire, le sénateur RN des Bouches-du-Rhône, Stéphane Ravier, a lui applaudi des deux mains: «L’ONG pseudo-humanitaire SOS Méditerranée est bel et bien complice des trafiquants d’êtres humains: bravo à Génération identitaire pour son action pacifique devant leurs locaux à #Marseille! Le temps de l’impunité est terminé!», a-t-il ainsi tweeté hier.

Face à la foule marseillaise, Sophie Beau, la directrice générale de SOS Méditerranée, a demandé aux Etats européens de choisir leur camp: «Qu’ils condamnent ces pratiques. Qu’ils soient à nos côtés et pas en travers de notre chemin. Nous en appelons à sauver le devoir d’assistance.» Depuis le début de sa mission, en février 2016, l’Aquarius a sauvé près de 30000 vies en Méditerranée.

Manifestation à Marseille pour l'Aquarius, le 6 octobre 2018. Antifas. COMMANDE N° 2018-1288A Marseille, samedi. Photo Yohanne Lamoulère pour Libération.

Photo de garde : Yohanne Lamoulère
Stéphanie Harounyan 
Article tiré de Libération  le 6 octobre 2018

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