La réduction des inégalités, une question de volonté politique

Le dernier rapport d’Oxfam publié ce mardi mesure l’effet des politiques publiques sur les écarts de richesse. Et invite les gouvernements à adopter une fiscalité progressive et un haut niveau de dépenses sociales.

Depuis 2016, les 1% les plus riches du globe possèdent davantage de ressources que les 99% restants de la population. Et cette concentration ne tend qu’à s’aggraver. «Depuis le début du XXIe siècle, la moitié la plus pauvre de la population mondiale a bénéficié de seulement 1% de l’augmentation des richesses mondiales, alors que les 1% les plus riches ont profité directement de la moitié de cette hausse», écrit Oxfam dans son dernier rapport, consacré à la lutte contre les inégalités.

A voir ces chiffres se creuser d’année en année depuis trois décennies, on pourrait croire cette hausse inéluctable. Le rapport publié aujourd’hui par l’ONG vient nous rappeler qu’il n’en est rien. Oxfam a mis en place un nouvel indice, baptisé ERI (pour Engagement à la réduction des inégalités), pour mesurer les efforts des Etats à réduire les écarts entre les riches et les pauvres. L’indice se fonde sur trois domaines d’action : les dépenses sociales (qui financent des services publics accessibles à tous), une fiscalité progressive et bien collectée, et le droit au travail, accompagné d’un salaire minimum. «Le but de l’indice est de mesurer l’impact des politiques publiques sur les inégalités, d’avoir une mesure dynamique plutôt que statique, et donc d’anticiper, même s’il est difficile d’établir le temps qu’il faut à une politique pour agir», précise à Libération Manon Aubry, porte-parole d’Oxfam et contributrice du rapport.

Privatisation 

Sur la base de cet indice, Oxfam a établi un classement de 157 pays – ceux pour lesquels on dispose de données suffisamment fiables – en fonction non du niveau d’inégalité mais de ce qui est fait pour les réduire. La Namibie, qui est l’un des pays les plus inégalitaires du monde, pointe ainsi en 32e position grâce à des dépenses sociales élevées, surtout en matière d’éducation, et à une fiscalité très progressive. Le haut du tableau, avec en tête le Danemark, l’Allemagne et la Finlande, reste occupé par les pays occidentaux. «Il existe une certaine corrélation entre la richesse d’un pays et la lutte contre les inégalités : plus on a de moyens, plus on en a à y consacrer. Mais ce n’est pas indépassable : des pays aux revenus limités accordent une grande part de leurs revenus aux efforts de redistribution», explique Manon Aubry. L’Ethiopie, par exemple, consacre 23% de son budget à l’école, ce qui en fait proportionnellement le sixième plus gros budget d’éducation au monde.

Au-delà de leur volume, les dépenses doivent aussi cibler les bonnes personnes. «Le Maroc consacre des sommes assez importantes à l’éducation, mais si on regarde de près, elles incluent les réductions d’impôts accordées aux écoles privés. Alors que la privatisation nuit à l’accès équitable à une éducation de qualité», précise Manon Aubry. La présence en bas de classement de pays riches, comme Singapour (149e), ou en plein boom économique, comme l’Inde (147e), achève de montrer que tout est question de volonté politique.

Pente glissante

Parmi les pays bien classés, certains profitent de politiques publiques redistributives établies de longue date, et qui portent encore leurs fruits, mais dont les gouvernements commencent à se détourner. La France est notamment pointée du doigt pour sa nouvelle politique fiscale. La diminution des impôts progressifs – qui s’adaptent à la richesse de chacun, comme l’ISF supprimé l’an dernier – et l’augmentation des impôts régressifs, qui sont les mêmes pour tous, comme la CSG, inquiète l’ONG, qui y voit un élément de fragilisation du modèle social français.

Oxfam va désormais publier ce classement tous les ans, pour avoir des analyses fines d’une année sur l’autre. «L’objectif est de créer un élan positif en incitant les Etats à améliorer leur classementEn donnant aux citoyens les moyens de mesurer l’impact des politiques publiques sur les écarts de richesse, et de confronter les paroles aux actes, le classement crée un instrument de pression», détaille Manon Aubry. Le détail des mesures prises pays par pays est aussi destiné à dessiner des axes de progrès sur certaines mesures concrètes, comme l’allongement du congé paternité, facteur d’une plus grande égalité salariale entre les sexes.

Principale limite de l’indice, sa concentration exclusive sur les mesures de redistribution de richesse, qui laisse de côté celles qui pourraient empêcher leur création dès l’origine. «C’est un choix assumé : la création des inégalités relève plutôt des entreprises, alors que les Etats ont un rôle plus direct à jouer sur la redistribution, précise Manon Aubry. C’est à eux, ainsi qu’aux citoyens qu’on s’adresse avec ce rapport.»

Photo AFP/Miguel Medina
Nelly Didelot
Article tiré de Libération  le 9 octobre 2018

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