Réforme des retraites – Le gouvernement avance points à points

L’exécutif a dévoilé mercredi soir les grandes lignes de son projet d’ampleur. De premiers éléments plutôt bien accueillis par les syndicats. Le texte final, lui, ne devrait cependant pas arriver devant le Conseil des ministres avant l’été 2019.

Ce coup-ci, c’est vraiment parti. Après des mois de discussions préalables avec les partenaires sociaux, le gouvernement a présenté mercredi soir les grandes lignes de sa réforme des retraites. Comme prévu et annoncé par Emmanuel Macron durant sa campagne présidentielle, le big bang est en marche : un système «universel» englobera à l’avenir les 42 régimes obligatoires qui coexistent aujourd’hui. La concertation entre gouvernement, syndicats et patronat ne fait que commencer : l’adoption du projet de loi était, au départ, prévu pour la fin 2018. Puis avant l’été 2019… A cette date-là, le texte devrait à peine être présenté en conseil des ministres. L’entrée en vigueur, elle, est annoncée pour 2025…

Que va changer la réforme ?

Le futur système sera «par points». Pour «qu’un euro cotisé donne lieu aux mêmes droits pour tous» n’a cessé de répéter Macron avant même son accession à l’Elysée. Une formule reprise par ses ministres et Jean-Paul Delevoye, haut commissaire chargé de cette réforme.

Le régime restera «par répartition» – les pensions des retraités seront toujours financées par les cotisations des actifs – mais les très hauts revenus (plus de 120 000 euros bruts par an) pourraient être exclus du système et couverts par les assurances privées. «Il faut changer ce système. Il n’est pas adapté au futur car personne ne sait comment le monde professionnel et économique va évoluer. Il faut embarquer toute la société et de manière intergénérationnelle, a plaidé Delevoye ce jeudi matin sur France Inter. Il faut aider les carrières en rupture. Le système à points fait qu’on n’aura pas de droits perdus.»

Le haut commissaire a confirmé au passage que «l’âge minimum»– il ne parle plus d’«âge légal» – resterait à 62 ans et que des mécanismes prenant en compte, comme aujourd’hui, la pénibilité seront bien instaurés. Tous les points récoltés durant la carrière compteront à l’avenir pour le calcul de la pension : exit donc les vingt-cinq dernières années dans le privé et les six derniers mois chez les fonctionnaires pour le calcul des droits et du minimum d’«annuités» pour partir en retraite «à taux plein». Par ailleurs, contrairement à aujourd’hui, les primes des fonctionnaires seront prises en compte. Quant aux travailleurs modestes, outre le minimum vieillesse qui ne bougera pas, ils bénéficieront d’un minimum de pension.

Quel sort pour les femmes ?

Aujourd’hui, il faut avoir trois enfants pour que les deux parents bénéficient d’une «bonification» de leur pension. Demain, plus qu’une simple «majoration de durée d’assurance» pour les mères qui ont dû s’arrêter pour un congé maternité (donc connu des coupures de plusieurs mois dans leur carrière), ces dernières auront droit à des points supplémentaires au titre des «nouvelles solidarités» que Delevoye dit vouloir instaurer. «Nous souhaitons donner des points dès le premier enfant, a confirmé le haut commissaire jeudi matin. 20% des femmes doivent travailler jusqu’à 67 ans. Si on fait un système solidaire et égalitaire on pourra prendre en compte ces situations.» Enfin, le gouvernement semble disposé à ne pas toucher aux pensions de réversion après la polémique connue il y a quelques mois. Pour les actuelles, c’est sûr. Reste à connaître tous les détails de la réforme pour savoir si les futures seront tout aussi préservées.

Qu’en disent les syndicats ?

Mis à part la CGT – opposée au projet du gouvernement car il «fera baisser» les futures pensions «à un niveau proche du seuil de pauvreté pour beaucoup», a expliqué Catherine Perret, numéro 2 du syndicat –, tous sont sortis plutôt satisfaits, mercredi soir, de la réunion avec le gouvernement. Favorable depuis des années à un régime par points, le numéro 1 de la CFDT, Laurent Berger, a salué «une réunion utile qui a rappelé que la réforme est qualitative, et non punitive» et permis de mettre sur la table «un certain nombre d’éléments arbitrés». Le secrétaire général du syndicat réformiste demande cependant une garantie plus précise pour les petits retraités : «Au moins 100% du smic pour ceux qui ont cotisé toute leur vie.»

Même le patron de FO, Pascal Pavageau, très critique sur la formule «par points», s’est dit lui «satisfait» d’avoir obtenu «plus d’éléments concrets que lors des six derniers mois». Mais il exige toujours «que soient faites des simulations». Pavageau continue aussi de mettre en garde contre une «instabilité permanente» de la valeur du point servant à calculer les pensions de retraites.

La CFTC, par la voix de sa vice-présidente Pascale Coton, estime, elle, avoir «été entendue» sur les «mécanismes de solidarité», notamment pour les femmes.

Et le patronat ?

De son côté, le nouveau patron du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, s’est évidemment montré «relativement satisfait dans l’ensemble» de la présentation du gouvernement, mais il demande toujours que le futur système de retraite «prenne en compte l’espérance de vie et d’éventuels gains de productivité». Le successeur de Pierre Gattaz continue également de réclamer un mécanisme «qui peut être l’âge pivot» pour inciter les Français à travailler plus longtemps. Mais cette piste, que n’a pas écartée Jean-Paul Delevoye ce jeudi matin, reste un «casus belli»pour la CFDT. Au bout du compte, comme le gouvernement a fixé un plafond au poids des pensions – 14% du PIB «maximum» –, les prochains arbitrages que rendra le gouvernement risquent d’être beaucoup moins consensuels. Tout le monde fera ses comptes et on sera alors dans le dur de la réforme des retraites.

Photo  : Boris Allin. Hans Lucas
Lilian Alemagna
Article tiré de Libération  le 11 octobre 2018

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