Les enjeux inédits des élections européennes

La chronique de Francis Wurtz, député honoraire du Parlement européen. Sans initiative mobilisatrice de sa part, la gauche risque d’être marginalisée dans le prochain Parlement. Et le piège du « moins pire entre Macron et Le Pen » ou l’abstention menace de se refermer sur le peuple.

L’Union européenne est, on le sait, confrontée à une crise existentielle : la confiance de la majorité de ses citoyens est rompue ; les États membres sont plus divisés que jamais, l’un d’eux, et non des moindres, fait sécession ; l’Italie, pays fondateur, a, pour nouvel homme fort, un personnage d’extrême droite ; un nouvel « axe » brun Allemagne-Autriche-Italie s’est constitué entre ministres de l’Intérieur contre les migrants et donne désormais le « la » à toute l’UE ; l’offensive ultranationaliste de Donald Trump reste sans réponse européenne sérieuse ; l’engagement, pourtant faible, pris par les Vingt-Huit dans le cadre de la lutte contre le changement climatique n’est plus respecté… Tout va à vau-l’eau. Un profond changement de cap s’impose !

C’est dans ce contexte que vont se tenir les élections européennes du 26 mai. Or, la gauche française, qui se réclame de la transformation de la construction européenne, est aujourd’hui éparpillée, divisée. Sans initiative mobilisatrice de sa part, montrant qu’elle prend toute la mesure de l’enjeu sans précédent de ce scrutin par rapport à toutes les élections européennes qui l’ont précédé, elle risque d’être marginalisée dans le prochain Parlement européen. Et, dans l’immédiat, le double piège tendu au « peuple de gauche » menace de se refermer sur lui : le choix du moins pire entre Macron et Le Pen ou l’abstention ! Avec, dans les deux cas, un fiasco garanti.

Macron, chantre de l’Europe « progressiste » ? La supercherie est énorme et éclate sous nos yeux. Comme l’a exprimé avec force Patrick Le Hyaric la semaine dernière : « En détruisant un à un tous les outils de solidarité (…), le pouvoir macroniste cultive la conscience du chacun pour soi (…), terrain où se tisse le long manteau de la réaction extrême. » Quant à l’abstention, c’est, dans le contexte actuel, le cadeau royal par excellence à cette « réaction extrême » dont la tache brune ne cesse de se répandre à l’est comme à l’ouest de l’Europe.

Alors, quoi faire ? Redoubler d’efforts pour sensibiliser, mobiliser, rassembler les citoyens et citoyennes sur une vision de la construction européenne fondée – pour aller vite – sur « l’Humain d’abord » par opposition à celle qui ne jure que par « la priorité aux marchés ». Et, parallèlement, se voir et se parler entre forces de gauche ! Je salue, à cet égard, l’appel lancé par Ian Brossat, le chef de file des communistes pour ce scrutin, « à Hamon, Mélenchon, Besancenot, pour se retrouver autour d’une table et discuter de ce que nous pouvons faire ensemble » (1).

Est-ce à dire qu’il faudrait désormais cacher les différences d’approche, voire les divergences réelles entre formations politiques sur les enjeux européens ? Surtout pas ! La démocratie citoyenne suppose le débat public en toute franchise, mais dans une démarche résolument constructive. Seules des options de fond antagonistes sur l’avenir de l’Europe sont des obstacles rédhibitoires aux actions communes. Réfléchissons-y. C’est le moment.

(1) Sur Public Sénat le 28 septembre. Le même appel a été réitéré sur d’autres chaînes, notamment lors de l’émission de Laurent Ruquier, « On n’est pas couché », le 29.

Article tiré de l’Humanité  le 11 octobre 2018

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