Brésil – Bolsonaro ameute ses soldats du crime

À l’appel du candidat d’extrême droite, ses partisans multiplient les agressions et les meurtres à l’encontre de militants de gauche et de la communauté LGBT. La police ferme les yeux.

Qu’importe, au fond, que les Nations unies dénoncent les violences massives qui agitent l’entre-deux-tours de la présidentielle au Brésil, le candidat d’extrême droite, Jair Bolsonaro, n’exclut pas de quitter l’instance multilatérale, un repaire de « droits-de-l’hommistes » et, pire, de «  communistes ». Alors que les crimes de ses partisans se multiplient depuis le premier tour, il y a une semaine, le représentant du Parti social-libéral (PSL) n’a pas jugé utile de condamner ces actes exclusivement dirigés contre des sympathisants de gauche et les minorités. Les résultats venaient de tomber quand une jeune femme de 19 ans qui portait un tee-shirt « Ele nao » (lui non), en référence à Jair Bolsonaro, a été rouée de coups à Porto Alegre. Les agresseurs ont achevé le travail en lui gravant une croix gammée sur le ventre. Symbole de la dérive du pays vers le fascisme, le chef de la police a affirmé au micro de la BBC que la croix gammée était un emblème de paix bouddhiste. Dans l’État de Bahia, le même soir, Romualdo Rosário da Costa, maître de capoeira et électeur du Parti des travailleurs (PT), a été tué de douze coups de couteau pour avoir exprimé en public son choix politique. Une vague de violences s’abat également sur les lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres (LGBT). À Curitiba, José Carlos de Oliveira Neto, un coiffeur de 57 ans, a ainsi été molesté jusqu’à la mort. L’un de ses assassins aurait crié : « Vive Bolsonaro ! » à l’annonce du décès, ce qui n’empêche pas la police d’enquêter pour un « vol ayant entraîné la mort ».

Jair Bolsonaro, favorable à une libéralisation du port d’armes

« Qu’est-ce que j’ai à voir avec cela ? » s’est contenté de balayer Jair Bolsonaro en appelant à ne pas inverser les rôles alors qu’il a lui-même passé plusieurs semaines à l’hôpital après une agression au couteau : « Qui a été poignardé ? C’est moi (…) Je demande aux gens d’arrêter, mais je n’ai pas le contrôle. La violence vient de l’autre côté, l’intolérance vient de l’autre côté. » Fermez le ban. À cet égard, l’hommage rendu dimanche par plusieurs milliers de personnes à la conseillère municipale Marielle Franco, avocate œuvrant à la défense des droits des personnes LGBT et des Noirs, assassinée il y a sept mois à Rio de Janeiro, avait valeur de symbole. Les manifestants ont brandi des plaques portant la mention « rue Marielle-Franco », en référence à une photo circulant sur les réseaux sociaux montrant des élus d’extrême droite brisant fièrement la même plaque. Quelques jours plus tard, le député Rodrigo Amorim (PSL), réélu dès le premier tour, menaçait : « Préparez-vous, les gauchistes, vos jours sont comptés. »

En réalité, Jair Bolsonaro, favorable à une libéralisation du port d’armes, incite ses partisans au passage à l’acte. « Mon adversaire fomente la violence, y compris la culture du viol. Il a dit à une députée qu’il ne la violerait pas parce qu’elle ne le méritait pas. Vous voulez un signal plus fort ? » a lancé son concurrent Fernando Haddad (PT), rappelant les propos de Jair Bolsonaro à l’encontre de la députée du PT Maria do Rosario, datant de 2014. Si l’insécurité quotidienne est un sujet de préoccupation réelle au Brésil avec 553 000 homicides de 2006 à 2016, comment le candidat d’extrême droite peut-il se faire le garant du retour à l’ordre en suggérant lui-même que la justice est inopérante ? Son colistier, le général Hamilton Mourão, candidat à la vice-présidence, laisse entendre qu’il procéderait à un « auto-coup d’État » en cas d’« anarchie ».

« Imaginez une personne qui a pour héros un des plus grands tortionnaires du continent », renchérit Fernando Haddad. En 2016, alors qu’il se prononçait en faveur de la destitution de la présidente Dilma Rousseff, Jair Bolsonaro dédiait son vote « à Dieu » et au « colonel Carlos Alberto Brilhante Ustra », premier responsable militaire à être reconnu en tant que tortionnaire durant la dictature (1964-1985) par un tribunal civil à São Paulo en 2008. À la bibliothèque centrale de l’université de Brasilia, des ouvrages consacrés à la dictature faisant référence à la « lutte pour les droits humains » ont également été endommagés. « Là où l’on brûle les livres, on finit par brûler des hommes », disait l’écrivain Heinrich Heine.

Photo AFP/Carl de Souza
Lina Sankari
Article tiré de l’Humanité  le 16 octobre 2018

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