Mélenchon pense législatives et cause budget – «Nous, on est prêt»

Le chef de file des insoumis a soutenu, ce lundi, les contre-propositions de ses députés sur le projet de loi de finances 2019 discuté à partir de cette semaine à l’Assemblée nationale.

Alors que son camarade Eric Coquerel déroule le «contre-budget 2019» de La France insoumise (LFI) devant la presse, Jean-Luc Mélenchon esquisse un sourire et envoie un coup de coude amical à son autre député, Alexis Corbière, assis à sa droite. Sur son portable, une brève de Libération avec les propos de François Hollande sur une éventuelle dissolution. Quelques minutes plus tôt, en guise d’introduction, le député LFI des Bouches-du-Rhône «blaguait» déjà sur d’éventuelles législatives anticipées qu’il aimerait tout de même voir arriver après les élections européennes. «Ce que dit M. Hollande n’a jamais aucun contenu mais sérieusement, on peut imaginer que si nous arrivons à nos fins, pendant l’élection européenne qui consiste pour nous à faire un score maximal et pour [Emmanuel Macron] le score minimal, il va se retrouver placé devant une crise d’autorité que ses prédécesseurs n’ont pas eue», lance Mélenchon juste avant d’aller dans l’hémicycle participer à la discussion générale sur le projet de loi de finances 2019 présenté par les ministres Bruno Le Maire (Economie et Finances) et Gérald Darmanin (Action et Comptes publics).

«Démantèlement des centrales nucléaires»

«Vous avez affaire à un pouvoir qui dit lui-même qu’il est entré par effraction à la suite d’une période politique calamiteuse, poursuit l’ex-candidat à la présidentielle. Il est clair que s’il subissait un tel revers, il devrait trouver un moyen de dépasser cette situation. Enfin, si la politique continue à avoir un peu de rationalité…» Mélenchon poursuit : «On commence à rentrer dans des eaux inconnues. Quinze jours pour un remaniement […] On voit que la crise politique qui est née à l’intérieur de la macronie est en train de diffuser et devient une crise de régime. Est-ce qu’on le souhaite ? Ouais… Je ne vais pas vous dire le contraire. En tout cas, vous avez vu, nous, on est prêt.»

«Prêt», c’est ce que Mélenchon et ses troupes tentent de marteler chaque année à l’occasion de la présentation du budget, pour prouver qu’ils sont une «alternative crédible» et contrer les critiques qui leur sont faites d’une politique économique «irréaliste». En 2019, le petit livret du «contre-budget» des insoumis est donc vert, pour rappeler que la priorité doit être la lutte contre le réchauffement climatique. Car, explique Eric Coquerel, chef de file des députés LFI sur le projet de loi de finances, «on considère que c’est l’urgence de toutes les urgences et dans ce cas, on met le paquet». Les insoumis proposent ainsi un «plan d’investissement» de «30 milliards d’euros supplémentaires» pour déployer les énergies renouvelables, mettre en place un «pôle public de l’énergie»«engager le démantèlement des centrales nucléaires», isoler «700 000 logements par an» ou encore subventionner les agriculteurs qui choisiraient de se mettre au bio. Ils envisagent également de récolter près de 9 milliards d’euros de fiscalité écologique via différentes abrogations de niches fiscales (kérosène, transport routier, gazole non routier, pick-up…) ou la création d’une «contribution carbone» sur le transport routier aux frontières du pays.

«Grand plan handicap»

Autre investissement affiché : «l’urgence sociale». 13 milliards d’euros seraient ainsi investis dans la rénovation des universités, la construction de 15 000 logements étudiants et 200 000 publics, l’ouverture de 70 000 places en crèches, la mise en place d’un «grand plan handicap»ou l’ouverture de 10 000 places en maisons de retraite. «C’est sur l’investissement que nous assumons de faire du déficit. Il y a de la bonne et de la mauvaise dette», insiste Coquerel. Car s’il présente un «équilibre» entre «dépenses totales» (50 milliards d’euros) et «recettes supplémentaires» (52 milliards d’euros) – regroupant notamment un impôt sur le revenu «progressif» à quatorze tranches, dont la dernière à 90% au-dessus de 400 000 euros, ou encore une TVA à 33% sur les «produits de luxe» – ce contre-budget des insoumis creuserait le déficit public français, selon Coquerel, de «4% à 4,5%» du PIB «la première année». Mélenchon lui souffle qu’«à la fin du cycle», soit 2022, son mouvement prévoit de revenir à 3%. «Cette question est politique», ajoute Coquerel, rappelant que les Italiens, aujourd’hui, et – peut-être demain – les Espagnols ne respectent pas leurs engagements vis-à-vis de Bruxelles. « Il faudra qu’on assume cette désobéissance vis-à-vis de nos partenaires européens et nous l’assumerons, dit le député de Seine-Saint-Denis. Contrairement à ce que dit Le Maire, cela fait trente ans qu’on mène cette politique et elle ne produit aucun résultat.»

Au passage, Coquerel précise que ce contre-budget s’est fait «sans l’armada de Bercy». Mélenchon sourit une fois de plus et glisse à Corbière : «Heureusement !» Après un week-end où il a retrouvé une partie de ses ex-amis socialistes, l’insoumis a l’air requinqué.

Photo AFP/Paul Ellis
Lilian Alemagna
Article tiré de Libération  le 15 octobre 2018

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