Précarité et mauvaise santé – L’implacable constat

L’association Médecins du monde alerte dans son rapport annuel sur la détérioration des conditions de santé des exilés vivant en France.

Si la pédagogie est un art de la répétition, alors l’association Médecins du monde est particulièrement pédagogue. Dans le 18e rapport annuel de son observatoire de l’accès aux droits et aux soins, l’organisation alerte : «Les plus précaires sont aussi les plus mal soignés.» Et de rappeler que pour de nombreuses personnes, «la santé passe souvent après les besoins vitaux et immédiats : un abri, un repas…» Médecins du monde quadrille le territoire français : actions en milieu rural, dans les bidonvilles, en prison, auprès de personnes se prostituant… En 2017, l’association comptait 61 programmes dans plus d’une trentaine de villes.

Ce sont notamment les Centres d’accueil de soins et d’orientations (Caso), qui lui permettent de toucher un large public. Au nombre de 15, ces Caso ont accueilli l’an passé près de 25 000 personnes. «Il s’agit d’une population jeune et majoritairement masculine (moyenne d’âge 32,7 ans ; 63% d’hommes)», note MDM, avant de signaler que l’immense majorité des bénéficiaires sont des ressortissants étrangers (96,6%). Tous sont exposés «à la précarité administrative et financière», puisque 98,5% des personnes reçues dans les Caso vivent en dessous du seuil de pauvreté. Les mineurs représentent aussi une part non négligeable, puisqu’ils constituaient l’an dernier 14,3% de la file active.

«Aggravation des conditions de vie des exilés»

Les pathologies les plus fréquentes sont digestives (24,7%), respiratoires (20,9%) et ostéoarticulaires (19,7%). MDM constate également un manque important d’accès à la prévention et aux soins en matière de santé sexuelle et reproductive. Ainsi, «seules 12% des femmes en âge de procréer ont indiqué utiliser une contraception». Autre indicateur alarmant : «45,2% des femmes enceintes présentaient un retard de suivi de grossesse.»

L’association s’inquiète des obstacles que rencontrent ces personnes déjà en situation de précarité économique pour accéder à leurs droits. «Seules 13,3% des personnes disposent d’une couverture maladie en France […] alors même que 7 personnes sur 10 relèvent théoriquement d’un dispositif de couverture maladie au regard de leur situation administrative», note-t-elle.

Présente dans l’Hexagone depuis plus de trente ans, l’organisation pointe du doigt la politique migratoire française. Elle constate une «aggravation des conditions de vie et de santé des exilés, avec une augmentation des espaces d’indignité comme à Paris, Calais, Dunkerque ou encore à la frontière franco-italienne».

Photo Cyril Zannettacci pour Libération
Sylvain Mouillard
Article tiré de Libération . le 16 octobre 2018

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